Buch 
4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
Seite
467
JPEG-Download
 

PASCAL

46 *

Il y avait dans cc fait plus quune image: cétait une sensation des plusvives qu'il était contraint de subir tout en en reconnaissant la faus-seté (1). »

Le docteur Moreau (de Tours ), qui, de nos jours, a soutenuavec talent, dans son ouvrage intitulé La Psychologie mor-bide (2), cette thèse, que le génie et la folie sont prochesparents, et, pour ainsi dire, se donnent la main, pourraittrouver à lappui de son opinion un argument saisissant dansles dernières années de la vie de Pascal. Cest au plus fortde sa manie religieuse, cest-à-dire en lfiôG, que Pascal,grâce aux instants lucides oii se réveillait son génie, écrivit,du fond de sa retraite de Port-Royal, louvrage qui a été consi-déré comme une des plus brillantes productions de lesprit hu-main : nous voulons parler des ladres provinciales. Cet écrita été admiré pour la prodigieuse force de la logique, pour len-chaînement sévère du raisonnement et lironie mordante, quel-quefois sublime, qui court dans ses pages inspirées. Mais cenest pas son seul mérite. Aujourdhui, tous les vains débatsde controverse, religieuse portant sur ces pointes daiguilles dela foi quon appelait la grâce suffisante et la grâce efjlcien te, sontenveloppés dun juste oubli; cependant les I J rovinciales sonttoujours considérées comme lun des plus précieux monumentsde notre littérature nationale. Cest que ce livre, tant par lajustesse des expressions, que par les formes du style, fixa défi-nitivement la langue française, dont la perfection éclata presqueaussitôt dans les chefs-dœuvre des Racine, des Molière , desBossuet , et de tous les grands écrivains de la fin du dix-sep-tième siècle.

Ce fut également dans les intervalles lucides que lui lais-saient ses souffrances, que Pascal écrivit les fragments admi-rables, qui, réunis après sa mort, constituent ce quon acoutume dappeler les Pensées. Ce ne sont que quelques idéesdétachées que Pascal jetait, par moments, sur. le papier. Lemanuscrit vingt fois recommencé, chargé de ratures et decorrections, a fait le tourment des hommes distingués qui, denos jours, tels que M. Cousin, M. Ilavet, ont voulu reconstituer

(1) VAmulette de Pascal.

(2) In-B°, Paris , 18-59.