PASCAL
46 *
Il y avait dans cc fait plus qu’une image: c’était une sensation des plusvives qu'il était contraint de subir tout en en reconnaissant la faus-seté (1). »
Le docteur Moreau (de Tours ), qui, de nos jours, a soutenuavec talent, dans son ouvrage intitulé La Psychologie mor-bide (2), cette thèse, que le génie et la folie sont prochesparents, et, pour ainsi dire, se donnent la main, pourraittrouver à l’appui de son opinion un argument saisissant dansles dernières années de la vie de Pascal. C’est au plus fortde sa manie religieuse, c’est-à-dire en lfiôG, que Pascal,grâce aux instants lucides oii se réveillait son génie, écrivit,du fond de sa retraite de Port-Royal, l’ouvrage qui a été consi-déré comme une des plus brillantes productions de l’esprit hu-main : nous voulons parler des ladres provinciales. Cet écrita été admiré pour la prodigieuse force de la logique, pour l’en-chaînement sévère du raisonnement et l’ironie mordante, quel-quefois sublime, qui court dans ses pages inspirées. Mais cen’est pas là son seul mérite. Aujourd’hui, tous les vains débatsde controverse, religieuse portant sur ces pointes d’aiguilles dela foi qu’on appelait la grâce suffisante et la grâce efjlcien te, sontenveloppés d’un juste oubli; cependant les I J rovinciales sonttoujours considérées comme l’un des plus précieux monumentsde notre littérature nationale. C’est que ce livre, tant par lajustesse des expressions, que par les formes du style, fixa défi-nitivement la langue française, dont la perfection éclata presqueaussitôt dans les chefs-d’œuvre des Racine, des Molière , desBossuet , et de tous les grands écrivains de la fin du dix-sep-tième siècle.
Ce fut également dans les intervalles lucides que lui lais-saient ses souffrances, que Pascal écrivit les fragments admi-rables, qui, réunis après sa mort, constituent ce qu’on acoutume d’appeler les Pensées. Ce ne sont que quelques idéesdétachées que Pascal jetait, par moments, sur. le papier. Lemanuscrit vingt fois recommencé, chargé de ratures et decorrections, a fait le tourment des hommes distingués qui, denos jours, tels que M. Cousin, M. Ilavet, ont voulu reconstituer