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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
un mitre arrêt, du 30 décembre 1038, il est nommé Pierre de Fermât . La particule nobiliaire est ainsi officiellementacquise à sa famille. C’est que l’admission, à titre de conseil-ler dans un parlement, conférait la noblesse de robe. Il y avaitaussi quelques professions dans lesquelles on jouissait d'unprivilège analogue ; telle était, par exemple, la profession deTerrier.
Il est établi, par les documents patiemment compulsés àBeaumont, par M. Taupiac, que Pierre de Fermât avait des pro-priétés considérables dans cette localité, et qu’il s’y rendait sou-vent. Il y fit baptiser ses enfants ; il présidait quelquefois leconseil de la commune. Il aimait son pays natal, rendait à sescompatriotes tous les services qui dépendaient de lui, et nelaissait échapper aucune occasion de multiplier ses relationsavec eux.
« On aime, dit 31. Libri, à voir celui auquel Pascal, saisi d'admiration,écrivait: Je vous liens pour te plus grand géomblrede- l'Europe ; vos enfantsparlent le nom du premier homme du monde, prendre la défense des pau-vres habitants de Beaumont, soutenir leurs privilèges et assister à leursdélibérations (1). »
Un jour, il rédige des remerciements adressés au princede Conti, qui a donné l’ordre de ne plus loger une compagnie deehevau-légers chez les habitants. Un-autre jour, il prend soind’expliquer à de pauvres paysans, leurs vieilles coutumes ,écrites en latin du Moyen âge , sollicitude affectueuse propre àmontrer que, dans Fermât , la vraie noblesse, celle du cœur,se trouvait jointe à la supériorité de l’esprit.
Conseiller à la Chambre des requêtes du Parlement deToulouse, Fermât avait à rapporter des affaires, c’est-à-direà faire, devant ses collègues, une exposition écrite des pro-cès qu’il était chargé d’examiner. C’était une tâche délicate,qui exigeait tout à la fois une conscience intègre et les lumièresd’un jurisconsulte éclairé. Fermât réunissait en lui ces deuxconditions. Les documents trouvés dans les papiers de l’ancienparlement, par Pelleport, archiviste de la cour royale de Tou louse , pourraient en fournir plus d’une preuve. Il consacrait àla culture des lettres et des sciences tous les moments de loisir
(1) Kevuc des Deux Mondes^ 15 mai 1845.