FKRMAT
478
que ses devoirs de magistrat, l'éducation de ses enfants, lesservices qu'il avait à rendre et Ingestion de ses biens, pouvaientlui laisser. Il est vraiment surprenant que malgré tant d'occu-pations diverses, capables de le distraire ou de le fatiguer, ilait pu développer les théories numériques, méditer profondé-ment sur l’analyse et sur la géométrie, et entretenir une vastecorrespondance avec les plus célèbres mathématiciens de sontemps. Maislecaractèredesgénies créateurs esttelque, d’uncoupd’œil, pour ainsi dire, ils embrassent les principes de toutes lesconnaissances, l'objet propre à chacune, son état actuel, et cequi manque à son développement. Fermât était doué, à untrès-haut degré, de cette facilité de concevoir et d’imaginerqu’on ne rencontre guère que dans les esprits de premier ordre.On voit par ses lettres, qu’avant l'àge de trente-cinq ans, il était.en possession de ses méthodes de calcul analytique.
Fermât écrivait peu, comparativement au travail qui se fai-sait dans sa tête, et au grand nombre d’idées, souvent neuveset profondes, qui germaient dans son esprit. Le 20 avril 1G37,il écrit à Roberval, au sujet d’une théorie qu'il lui envoie :
« Je ne doute pas que la chose ne pût se polir davantage, mais je suisle plus paresseux de tous les hommes. »
Il écrit au P. Mersenne :
<< J'ai si peu de -commodité d’écrire mes démonstrations que je mecontente d’avoir découvert la vérité et de savoir le moven de la prouver,lorsque j'aurai le loisir de le faire. Si je puis trouver l’occasion d'allerpasser trois ou quatre mois à Paris , je les emploierai à mettre par écrittoutes mes nouvelles pensées (1;. »
On ignore s’il vint jamais à Paris . Il est vrai que le P. Bi'a-fion Coste, dans sa Vie de Mersenne, cite Fermât au nombredes personnes qui allaient voir le P.'Mersenne . Mais le P. Mer-senne avait quelquefois voyagé, et son biographe ne dit passi c’était à Paris ou ailleurs que Fermât faisait des visites ausavant Minime.
Non-seulement Fermât ne publia aucun ouvrage, mais il neparaît même pas qu’il ait sérieusement songé à rien publier. Leplaisir de communiquer h quelques esprits d’élite, une vérité
(1) Lettre du 3 juin 1636.