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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
qu'employait Fermât était le même que celui qu’on recommandeaujourd’hui dans les traités d’algèbre; Descartes , auquel cettequestion fut proposée, la regarda comme un problème d’écolier.Il voulut la résoudre, sans même se donner le temps d’en aper-cevoir la difficulté. Il ne considéra que le cas où les équationsne renferment que des radicaux d’une même espèce et du se-cond degré, et malgré cela, dit l’abbé Genty « sa solution con-duit à une équation finale, composée d’un nombre si prodigieuxde termes, qu’il n'entreprend pas même d’assigner ce nombre,et que, de son propre aveu, il faudrait avoir recours à un co-piste pour parvenir au résultat cherché. » La manière dont Des cartes s’y prenait pour éliminer les assymmétries, prouve assezque ce problème n’était pas aussi facile qu’il l'avait d’abordpensé.
Il ne reste que quelques vestiges des procédés d'analyse qu’i-magina Fermât pour former sa théorie du calcul des probabi-lités. On voit, dans sa correspondance avec Pascal, que c’est fices deux grands géomètres qu’il faut attribuer les premierséléments de la science des probabilités.
« La méthode de Pascal, dit Laplacc, est fort ingénieuse, et n’est aufond que l'emploi de l’équation aux dilfércntes partielles relative à ceproblème, pour déterminer les probabilités successives des joueurs, enallant des nombres les plus petits aux suivants. Cette méthode estlimitée au cas de deux joueurs. Celle de Fermât , fondée sur les combi-naisons, s’étend à un nombre quelconque de joueurs. Pascal crutd’abord qu’elle devait être comme la sienne restreinte à deux joueurs,ce qui établit entre eux une discussion à la lin de laquelle Pascal recon-nut la généralité de la méthode do Fermât ( 1). »
Ce calcul qui d’abord ne se rapporta qu’aux hasards du jeu,d’oii il était né, fut appliqué ensuite aux effets infiniment va-riés qui résultent des lois de la nature, ainsi qu'aux diversescombinaisons qui peuvent se produire dans les événements re-latifs à la vie civile. Daniel Bernouilli, très-habile géomètre,chercha, au moyen de ce nouveau calcul, par quelle raison lesorbites des planètes sont renfermées dans une très-petite zoneparallèle à l’écliptique, et qui n’est que la dixième partie de lasphère; il calcula combien il y aurait à parier que Saturne ,
(1) Laplace, Essai philosophique sur le calcul il s probabilité^.