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construire la fameuse digue dont parlent tous les historiens dece temps, y rencontra son ami Désargues , et le sujet de leursentretiens fut certainement ce magnifique travail, auquel avaientconcouru, avec Désargues , plusieurs autres ingénieurs mili-taires. Quant à Désargues , en rapport direct avec Richelieu , ilmettait le cardinal-ministre, par de fréquentes visites dans leschantiers, au courant des progrès de ce grand ouvrage.
Après la prise de La Rochelle , Désargues revint h Paris , et,pour se livrer avec plus de liberté à l’étude des mathématiques,il quitta le service militaire. Il appartenait sans doute aucorps des ingénieurs de l’armée, et il dut donner sa démis-sion pour éviter d’avoir à s’éloigner, en temps de guerre, deParis , qui était devenu le centre principal de ses habitudes etde ses relations. Mais il est probable qu'il ne renonça pas auxfonctions d’architecte et d’ingénieur, qu’il remplissait au-près du cardinal de Richelieu. Nous sommes d’autant plusfondé à le supposer que, longtemps après son retour de La Ro chelle , Désargues se trouve encore en assez bons rapportsavec Richelieu , pour que le cardinal soit pour lui d’un accèsfacile et continue à lui donner des marques d’estime. C’estainsi que, dans le temps où Descartes était en Hollande, cefut à la sollicitation de Désargues qu’une pension lui futofferte, à condition qu’il viendrait se fixer en France . Des cartes refusa, mais il n’en fut pas moins reconnaissant envers* son ami.
A Paris , Désargues fut du nombre des savants qui formaientle noyau de la future Académie des sciences , et qui se réu-nissaient, les samedis, chez M. Le Pailleur, ou les mardischez Chantereau-Lefèvre, pour discuter sur des questions demathématiques. Ce fut dans ces réunions que Désargues selia avec Gassendi , Bouillaud, Pascal, Roberval, Carcavi et plu-sieurs autres savants de cette époque. Il se distinguait non-seulement par la grande variété de ses connaissances, mais en-core par une rare aptitude à imaginer des applications de laphj-sique et de la géométrie à la mécanique, à la perspective,à l’architecture, à la gnomonique, à la coupe des pierres, ap-plications non moins ingénieuses en théorie qu’utiles au pointde vue pratique. On lit en tète de sa Perspective, rédigée parAbraham Bosse , un de ses disciples :