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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
« Désargues s’est aperçu qu'une bonne partie îles arts pratiques sefonde sur la géométrie, qui est une base assurée; tels sont, par exemple,en architecture, celui de la coupe des pierres qu’on nomme pratique duIrait géométrique; celui des cadrans solaires, dénomination qui enexplique assez l’origine et le but; celui de la perspective en l'art de lapuurtraiclure. Après avoir considéré, au double point de vue de l’agré-ment et de l’utilité, tous les avantages que ces arts peuvent offrir, iltâcha de découvrir les principes et les règles sur lesquels étaient fondéesleurs applications pratiques telles qu'on les voyait alors en usage : ils’aperçut que ceux qui se. livrent à ces applications pratiques ont étéobligés, pour chacune d'elles, à charger leur mémoire d’un grand nombrede leçons, d’où est résulté un incroyable embarras dans leur entende-ment. Aussi, loin d’exécuter diligemment l’ouvrage, perdent-ils unepartie de leur temps à chercher, en tâtonnant, et comme au hasard, sur-tout dans la pourlraiclure , l’une des plus belles inventions de l’esprithumain, où la plupart des peintres et autres ouvriers travaillent sansguide et sans direction précise, se donnent, pour faire peu et mal, unefatigue qu’on ne saurait imaginer. Ce fut un désir très-vif de les soulagerdans l'accomplissement de leur tâche, si laborieuse et souvent si ingrate,qui le détermina à chercher des règles abrégées pour chacun desarts, etc. »
Nous avons rapporté, dans ce passage, les idées de Désar-gues, en modifiant un peu le style d’Abraham Bosse , qui étaitun habile graveur, mais un fort mauvais écrivain.
Désargues passait pour être, après Descartes , de tous lesmathématiciens français , celui qui écrivait le mieux. Il ex-cellait surtout dans l’art de généraliser les idées. Ce futen faisant dériver d’un principe commun une foule de détailsjusque-là isolés, et en ramenant diverses règles particulièresà une règle générale qui les embrassait toutes, qu’il par-ant à abréger les procédés de raisonnement et d’applicationou d’exécution, dans les arts dont il s’occupa. Montesquieu a dit : Celui qui voit tout, abrège tout; cette considé-ration doit donner une très-haute idée du génie de Dé sargues .
On lui a reproché, d’une part, son extrême concision, d'ourésulte parfois un peu d’obscurité, et de l’autre, l’emploi,sans nécessité évidente, d’expressions et de termes nouveauxdans le langage de la science. Il donne à son Traité des co-niques ce titre bizarre ; Brouillon-Projet d'une atteinte aux évé-nements des rencontres d'un cône avec un plan.
A la vérité, ses ouvrages n’étaient que des brouillons , com-posés sur des feuilles volantes et en caractères très-menus. Il