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SAVANTS I)U DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
par le moyen fie l’autre, où il est plus clair et non contraire. Je n'ajouterien de ce (pie vous écrivez du centre de gravité d’une sphère, car j'aiassez mandé au P. Mersenne ce que j’en pensais, et vous mettez un motà la tin de vos corrections qui montre ce qui en est ; mais je vous demandepardon si le zèle m’a emporté à vous écrire si librement toutes mes pen-sées (1). »
Nous avons rapporté dans son entier cette lettre de Des cartes , parce qu’elle est curieuse à plus d’un titre. Mais l’opi-nion de Descartes sur le Traité des coniques de Désargues, ne s’ytrouve pas complètement exprimée. En effet, dans une lettreadressée au P. Mersenne, Descartes écrit :
« Je vous supplie trcs-luimhlement, une fois pour toutes, non-seule-ment de ne convier personne à m’envoyer quelque chose de leurs écrits,mais même de refuser autant civilement qu’il se pourra tous ceux qu’onpourrait avoir envie de m’envoyer. J’ai excepté toutefois les coniques deDésargues , car je lui ai tant d'obliynlion, qu’il n’y a rien que je ne vou-lusse faire pour le servir ; et cependant, entre nous, je no saurais guèrem’imaginer ce qu’il peut avoir écrit de bon touchant les coniques, car,bien qu'il soit aisé de les expliquer plus clairement qu’Apollonius , niaucun autre, il est toutefois, ce me semble, fort difficile d’en rien diresans l'algèbre, etc. »
Descartes ne nommait jamais Désargues , soit dans ses lettres,soit dans ses entretiens, sans parler des obligations qu’il luidevait. Bien que généralement admiré, le grand géomètre étaitquelquefois en butte à de vives attaques. Désargues le défen-dait, en toute occasion, avec la chaleur et l’entraînement d’uneamitié absolue. Or, pour être à même de soutenir avec efficacitéDescartes dans ses disputes scientifiques, il fallait que Désargues se trouvât à la hauteur des questions qu’on agitait. Il prit leparti de Descartes contre Fermât , ce qui n’empêcha pas Fer-mât de rendre justice à son mérite, parce qu’il était lui-mêmeun esprit supérieur. Dans une lettre au P. Mersenne, Fermât s’exprime ainsi :
« J’estime beaucoup M. Désargues , et d’autant plus qu’il est lui seulinventeur de scs coniques. Son livret, qui passe, dites-vous, pour jargon,n’est pas très-intelligible, mais est très-ingénieux. ■>
(1) Lettre du 4 janvier 1639.