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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
fortune et de l’incertitude de son avenir qu’il dut renoncer àl’épouser. Mais il eut toujours du plaisir à revoir cette personne,et lorsque parvenu à l’apogée de la gloire, il faisait un voyagedans le Lincolnshire, il ne manquait jamais d’aller lui rendrevisite. Il vint même plusieurs fois en aide à divers membresde sa famille, en proie à des embarras pécuniaires.
Jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, Newton jouit d’une assezbonne santé. Il ne se servit jamais de lunettes, et pendant toute savie ne perdit qu’une seule dent. Vers sa quatre-vingtième année,il commença à être incommodé d’une incontinence d’urine. Ilétait pourtant loin d’éprouver de véritables souffrances. Les signesde l’affection de la pierre à laquelle il devait succomber ne semanifestèrent que dans les vingt derniers jours de sa vie.
Fontenelle, dans son Éloge de Newton, raconte ainsi la der-nière maladie du célèbre philosophe anglais :
« On jugea sûrement, qu’il avait la pierre, et qu’il n’en pouvaitrevenir. Dans des accès de douleur si violents que les gouttes de sueurlui en coulaient sur le visage, il ne poussa jamais un cri, ni ne donnaaucun signe d’impatience; et dès qu’il avait quelques moments derelâche, il souriait et parlait avec sa gaieté ordinaire. Jusquedà il avaittoujours lu ou écrit plusieurs heures par jour. Il lut les gazettes, lesamedi 18 mars, au matin, et parla longtemps avec le docteur Mead,médecin célèbre. Il possédait parfaitement tous ses sens et tout sonesprit; mais le soir il perdit absolument connaissance, et ne la repritplus, comme si les facultés de son âme n’avaient été sujettes qu’às’éteindre totalement, et non pas à s’affaiblir. Il mourut le lundi sui-vant (20 mars 1727), âgé de quatre-vingt-cinq ans.
« Son corps fut exposé sur un lit de parade,*dans la chambre deJérusalem , endroit d’où l’on porte au lieu de leur sépulture les per-sonnes du plus haut rang, et quelquefois les tètes couronnées. On leporta dans l’abbaye de Wetminster, le poêle étant soutenu par milordgrand chancelier, par les ducs de Montrose et Boxburgh, et par lescomtes de Pembroke, de Sussex et de Maclesfield. Ces six pairs d’An-gleterre, qui firent cette fonction solennelle, font assez juger quelnombre de personnes de distinction grossirent la pompe funèbre.L’évêque de Rochester fit le service, accompagné de tout le clergé del’église. Le corps fut enterré prés de l’entrée du chœur (1). »
C’est là qu’en 1731 sa famille lui fit élever un monumentmagnifique, surlequel fut gravée une épitaphe, rappelant ses prin-cipales découvertes. Le docteur Robert Smith, son élève, auteur
(1) Ces détails avaient été transmis à Fontenelle par Conduitt.