18
SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Mais il ne faut pas oublier qu’elles n’eussent pas été possiblessans les belles méthodes de calcul qu’il avait créées dans sajeunesse.
La tradition veut que l’idée de la gravitation ait été suggérée àNewton, tout jeune encore, par la chute d’une pomme. Onraconte que, se trouvant assis sous un pommier, dans sa fermede Woolsthorpe, une pomme vint à tomber devant lui.
t Ce hasard, dit Biot , réveillant peut-être dans son esprit les idéesdes mouvements accélérés et uniformes, dont il venait de faire usagedans sa méthode des fluxions, il se mit à réfléchir sur la nature de cesingulier pouvoir, qui sollicite les corps vers le centre de la terre, quiles y précipite avec une vitesse continuellement accélérée, et quis’exerce encore sans éprouver aucun affaiblissement appréciable surles plus hautes tours et au sommet des montagnes les plus élevées.Aussitôt une nouvelle idée s’offrant à son esprit, comme un trait delumière : « Pourquoi, se demanda-t-il, ce pouvoir ne s’étendrait-il pasjusqu’à la lune même, et alors que faudrait-il de plus pour la retenirdans son orbite autour de la terre? » Ce n’était là qu’une conjecture;mais quelle hardiesse de pensée ne fallait-il pas pour la former et ladéduire d’un si petit accident (1). »
L’anecdote que rappelle Biot avait été racontée, pour la premièrefois, par un contemporain et ami de Newton, par Pemberton, quifut son éditeur. Voltaire , dans ses Éléments de philosophie, ditqu’elle lui a été attestée par M me Conduitt, nièce de Newton.
En dépit de cette dernière autorité, nous ne saurions croire àl’authenticité de l’anecdote, c’est-à-dire admettre que la décou-verte de l’attraction ait tenu à un si mince événement. Suppri-mez, en effet, le pommier du jardin de Woolsthorpe, et le systèmedu monde resterait à découvrir! Nous pensons, nous, que n’eût-iljamais vu tomber une seule pomme dans le cours entier de sonexistence, Newton n’en aurait pas moins découvert et démontréle principe de la gravitation universelle.
Les grandes découvertes ne sont jamais le fait d’un seul homme.Ce n’est qu’après avoir subi une sorte d’incubation dans une fouled’esprits, qu’un homme de génie arrive et formule en règles pré-cises, des principes que chacun est tout préparé à recevoir. Ladécouverte de l’attraction fut formulée et démontrée mathémati-