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SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Dans un ouvrage publié en 1645, Bouillaud formule cetteloi plus nettement encore. Il dit que « la force du soleil,agissant sur les planètes, est en raison inverse du carré de leurdistance (1). »
Quant à la généralisation de l’idée de la gravité et à son exten-sion à tous les corps célestes, avec un décroissement d’intensitédépendant des distances, elle est explicitement indiquée, dès 1666,par Borelli, dans son ouvrage sur les Satellites de Jupiter (2).Borelli montre très-bien comment les planètes peuvent êtreretenues et suspendues dans le vide, autour du soleil, de mêmeque les satellites autour de leur planète, par l’action d’un pouvoircentral, exactement équilibré par la force centrifuge qu’engendrele mouvement de révolution de ces mêmes planètes. De cettecombinaison de forces, il déduit même, hypothétiquement il estvrai, le mouvement en ellipse et les inégalités des satellites,qu’il juge en partie produits par l’action secondaire du soleil.
Ces aperçus sont très-justes; aussi, Huygens et Newton lui-même attribuent-ils à Borelli l’honneur de la première idée del’extension du principe de la pesanteur et de son application auxmouvements planétaires.
Enfin la loi de variation de l’attraction en raison inverse ducarré des distances, était admise par trois compatriotes et contem-porains de Newton, dont les deux premiers fort célèbres, Hooke,Hallev et le chevalier Wren, quoiqu’il leur fût imposible de ladémontrer. On voit même que, dès 1666, Hooke s’occupait devérifier cette loi expérimentalement, en cherchant à constater sile poids des corps variait à diverses distances du centre de la terre,depuis les plus grandes élévations jusqu’aux plus grandes pro-fondeurs où l’on pût atteindre. Deux mois après, il faisait devantla Société royale de Londres une expérience qui offrait l’exemple,alors nouveau, d’un mouvement curviligne, produit par la com-binaison d’une impulsion primitive avec un pouvoir attractifémané d’un centre. Un long fil terminé par une sphère de bois,figurant un planète, était supendu au plafond de la salle. Enécartant ce pendule delà verticale, et lui donnant une impulsionlatérale, perpendiculaire au plan de l’écart, on voyait la sphère dé-
(1) Astronomia Philolaïca.
(2) Theoricœ planetarum ex cousis physicis deductœ. Florence, 1600.