NEWTON
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crire des ellipses, plus ou moins allongées suivant la force de l’im-pulsion. Plus cette force était grande, plus l’ellipse s’ouvrait ; àun certain moment, celle-ci devenait un cercle parfait, qui setransformait, le moment d’après, en une autre ellipse, placée àl’inverse de celles de la première série. On voyait ainsi toutes cescourbes se former et se succéder les unes aux autres, par le seulchangement des énergies relatives des deux forces, l’une impul-sive, l’autre centrale (la pesanteur) qui sollicitait le mobile.C’était une image assez fidèle des orbites planétaires, si ce n’estque dans celles-ci, la force attractive est constamment dirigéevers un des foyers de l’ellipse, tandis que dans l’expérience dontil s’agit, elle se trouvait au centre même de la courbe.
Mais voici un passage remarquable, placé à la fin d’un ouvragepublié en 1674, et qui prouve avec évidence, que Hooke avait sus’élever, par une série de déductions physiques, à la véritableidée du système de l’univers, idée qu’il ne lui a manqué qued’asseoir sur des preuves mathématiques pour avoir des droitscertains à sa découverte.
« J’exposerai, dit Hooke, un système du monde, qui diffère, à beau-coup d’égards, de tous ceux qui sont jusqu’à présent connus, et quiest, en tout point, conforme aux lois ordinaires de la mécanique. Ilest fondé sur trois suppositions. La première, c’est que tous les corpscélestes, sans exception, exercent un pouvoir d’attraction ou de pe-santeur dirigé vers leur centre, en vertu duquel, non-seulement ilsretiennent leurs propres parties, et les empêchent de s’échapper dansl’espace, comme nous voyons que le fait la terre, mais encore ils atti-rent aussi tous les autres corps célestes qui se trouvent dans la sphèrede leur activité. D’où il suit, par exemple, que, non-seulement lesoleil et la lune agissent sur la marche et le mouvement de la terre,comme la terre agit sur eux, mais que Vénus, Mercure, Mars, Jupiteret Saturne ont aussi, parleur pouvoir attractif, une intluence consi-dérable sur le mouvement de la terre, de même que la terre en a unepuissante sur les mouvements de ces corps. La seconde suppositionest que tous les corps une fois mis en mouvement uniforme et recti-ligne, persistent à se mouvoir ainsi indéfiniment en ligne droite, jus-qu’à ce que d’autres forces viennent plier et fléchir leur route, suivantun cercle, une ellipse ou quelque autre courbe plus composée. Latroisième supposition est que les pouvoirs attractifs s’exercent avecplus d’énergie, à mesure que les corps sur lesquels ils agissent s’ap-prochent du centre dont ils émanent.
Maintenant quels sont les degrés successifs de cet accroissementpour des distances diverses? C’est ce que je n’ai pas encore déterminé
par expérience. Mais j’ose promettre à celui qui réussira dans cette
entreprise, qu’il trouvera dans ce principe, la cause déterminante des