fontenelle 173
« Je n'en suis pas surpris, lui dit, un jour son ami, l’abbéTrublet . On sait bien pourquoi vous avrez ete refuse et leslettre» de MM. Despréaux et Racine ont achevé d en instruire le
public. Auprès d’eux, le neveu des Corneüle était un pecheoriginel, et l’associé des Perrault un énorme péché actuel, dontje vois même que vous ne vous repentez point encore. G est vousqui aviez gâté M. de la Motte. Aussi Despréaux, qui 1 estimait,disait de lui : « C’est dommage qu il ait été s encanailler deFontenelle. »
« Et Fontenelle de rire, ou plutôt de sourire, car il avouait n’avoirjamais ri, ni pleuré, ajoute l’abbé Trublet . Seulement il souriaitsouvent et naturellement (1). »
Le nom de Perrault que nous venons de prononcer, annonceque la fameuse querelle sur les Anciens et les Modernes a déjàcommencé. Charles Perrault , qu’il ne faut pas confondre avec sonfrère Claude Perrault , le médecin devenu architecte, que Boileau ,du reste, n’a pas épargné non plus dans ses vers, fut, en effet, lepremier instigateur et le chef de la sédition littéraire qui éclata,vers la fin du xvn e siècle, contre les ouvrages de l’antiquité.
Charles Perrault était un écrivain d’un esprit original,doué d’heureuses qualités de style, qu’il avait compromises ens’adonnant trop longtemps au genre burlesque. Très-bien vude Colbert , il avait beaucoup contribué à faire installer l’aca-démie française au nouveau Louvre, construit sur les dessinsde son frère; et de plus, il avait eu une grande part à la fon-dation des académies des sciences, des inscriptions et belles-lettres et des beaux-arts. Il était membre de l’académie des inscrip tions , et l’académie française l’avait également admis dans son sein,non-seulement par reconnaissance, mais pour des titres littérairesplus sérieux, à coup sûr, que ceux de la grande moitié des acadé-miciens à cette époque. Beaucoup plus âgé que Fontenelle , ilétait depuis longtemps un des quarante, quand celui-ci entra àl’académie en 1G91, et il y avait alors cinq ans que le premiervolume de son Parallèle des anciens et des modernes était publié,le quatrième et dernier volume n’ayant paru qu’en 1696. C’étaitdonc tout justement au milieu du cours de cette publication queFontenelle arrivait à l’académie, et alors qu’il était bien connu