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5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
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FONTENELLE

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plutôt son esprit philosophique. Il avait reconnu combien uneadmiration aveugle et passionnée pour les travaux scientifiquesdes anciens, avait nui pendant longtemps aux progrès de laphilosophie chez les modernes, et il lui répugnait de croire quedans les sciences, pas plus que dans les lettres, il n y eût plus rien àinnover.

Pour ce qui regarde Fontenelle, nous adoptons pleinementlopinion de Sainte-Beuve , qui sexprime ainsi, à propos de laDiscussion sur les anciens et les modernes.

«Fontenelle, dit Sainte-Beuve , a raison sur presque tous les points,sur le chapitre de la poésie et de léloquence, surtout de la poésie,quil ne sait pas, et quil croit posséder et pratiquer. Totalementdénué de la forme poétique idéale supérieure, et de cette richesse dessens qui en est dordinaire laccompagnement et lorgane, il parle de lapoésie à toute occasion comme ferait son ami La Motte, cest-à-dire,comme un aveugle des couleurs. Il ne devine pas quil a pu y avoirautrefois, à un certain âge du monde, sous un certain climat, et dansdes conditions de nature et de société qui ne se retrouveront plus,une race heureuse, qui sest épanouie dans sa fleur, et que nous pou-vons, nous autres modernes, surpasser en tout, excepté en le premierdéveloppement délicat, en ce premier charme divin. Fontenelle nen-tendait rien à la Grèce . Il y a en toute chose un souille printanier etsacré quil ne sent pas. Hors de, il est dans le vrai et il a lœil danslavenir.

« La nature, dit-il, qui a entre les mains une certaine pâte quiest toujours la même, quelle tourne et retourne sans cesse en millefaçons, et dont elle forme les hommes, les animaux, les plantes. » Eth en conclut, poursuit M. Sainte-Beuve , que, puisquelle na pointbrisé son moule, il ny a aucune raison pour quil nen sorte pasdillustres modernes aussi grands à leur manière que les anciens. Laquestion littéraire se trouvait ainsi réduite, au grand scandale desérudits, à une question de physique et dhistoire naturelle. Fonte-Halle comprend avec son esprit tout ce qui peut être, quand même ilne le sentirait pas. On sourit de le voir plaider contre les partisansidolâtres des curieux en faveur de ces puissantes organisationsmodernes qui sont si peu semblables à la sienne; il plaide pourMolière en le sachant, et pour Shakespeare sans le savoir. Il supposeavec tranquillité des choses extraordinaires, et qui pourront bienarriver un jour. « Nous serons un jour des anciens nous-mêmes,i'emarque-t-il, et il faut espérer quen vertu de la même superstitionque nous avons à légard des autres, on nous admirera avec excèsdans les siècles à venir : Dieu sait^ivec quel mépris on traitera, encomparaison de nous, les beaux esprits de ce temps-, qui pourrontbien être des Américains (1). »

(1) Causeries du Lundi, t. III, 3 e édit, p., 330-332, iu-12, Paris , 1819.