FONTENELLE
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Gomme ceci ne s’appliquait pas au théâtre de Destouches , c’estbien, par un retour sur lui-même, que Fontenelle voulait ainsilu comédie «sans passion, sans gaieté, sans mouvement, en unmot, sans effet.
Quoique Fontenelle ne fût pas né poète, il versifiait aussi bienque le premier venu, que son ami La Motte, par exemple; etpourvu que le morceau ne fût pas de longue haleine, il ne s’entirait pas mal. C’est ainsi qu’il fit plusieurs petites pièces satiri-ques fort bien réussies.
Boileau avait assez souvent maltraité Fontenelle pour mériterque ce dernier fît contre lui sa meilleure épigramme. A l’occasionde l’Ode sur la prise de Namur et de la Satire sur les Femmes, deuxpièces dans lesquelles Boileau était presque descendu au dernier,r ang comme poète, Fontenelle lança contre lui les traits suivants :
Quand Despréaux fut sifflé sur son ode,
Les partisans criaient dans tout Paris :
Pardon, messieurs, le pauvret s’est mépris,
Plus ne louera, ce n’est pas sa méthode.
Il va draper le sexe féminin,
A son grand nom vous verrez s’il déroge.
Il a paru, cet ouvrage malin ;
Pis ne vaudrait, quand ce serait Éloge I
II
Nous venons de tracer le portrait de Fontenelle, bel esprit etécrivain. Nous avons maintenant à considérer notre personnagepar son autre côté, le côté du savant.
Et d’abord, disons comment le neveu des deux Corneille futconduit à délaisser les belles-lettres proprement dites, pours adonner aux sciences ou à leur littérature.
En 1697, Fontenelle, déjà depuis six ans membre de l’acadé-mie française, entra à l’académie des sciences , et au bout de deuxans (1699), lors de la réorganisation de l’académie des sciences ,il fut nommé secrétaire perpétuel de cette compagnie. Deux ansPlus tard (1701), il fut admis à l’académie des inscriptions et belles-lettres . Les titres de noblesse académique, les seuls qu’ileût ambitionnés, lui étaient conférés, on le voit, avec profusion,et pour ainsi dire, coup sur coup.
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