178
SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Il prit peu de part aux travaux de l’académie des inscriptions.Au bout de quatre ans, il demanda et obtint la vétérance, et s’abs-tint scrupuleusement de paraître aux séances où il y avait desélections. Mais il n’en fut pas de même des deux autres acadé-mies, entre lesquelles il partagea désormais son temps et ses tra-vaux. L’académie des sciences , en raison de sa position de secré-taire perpétuel, en réclamait naturellement la plus forte part.Cette place demandait, outre un travail immense, une certaineabnégation, puisque celui qui l’occupait devait s’employer toutentier à faire valoir les travaux de ses confrères.
Avant d’entrer à l’académie des sciences , on peut dire que Fon-tenelle n’était guère connu du public que par des œuvres littérai-res. A la vérité la plus éminente de toutes (les Entretiens sur lapluralité des mondes) pouvait passer pour un petit traité de phy-sique et de mathématiques. C’était là un titre scientifique biensuffisant pour le temps et pour les collègues à la tête desquelsFontenelle se trouvait placé ; mais ce n’était pas un titre véritable-ment scientifique, tel qu’on l’aurait pu exiger d’un secrétaireperpétuel de l’académie des sciences de Paris . Il fallut attendreprès de trente ans pour que Fontenelle se créât, après coup, letitre justificatif de sa position. Il se mit en règle sous cerapport, en publiant en 1727, sa Géométrie de l’infini, qui estune sorte d’introduction au calcul infinitésimal, que Newton et Leibniz avaient créé, mais qui alors était fort peu comprisdes plus savants géomètres. C’est ce que Fontenelle exprimaavec assez de sans-façon, en présentant cet ouvrage au filsdu Régent : « Monseigneur, lui dit-il, voilà un livre que huithommes seulement en Europe sont en état de comprendre, etl’auteur n’est pas de ces huit-là. »
On raconte, en effet, que lorsque Fontenelle composait cet ou-vrage de mathématiques transcendantes, s’il lui arrivait de sus-pendre son travail pendant quelques jours, il avait toutes lespeines du monde à comprendre ce qu’il avait écrit précédemment.Ses paroles au fils du Régent n’étaient sans doute que l’expres-sion de la vérité. Seulement il faut croire, pour son honneur desavant, que Fontenelle , pendant qu’il écrivait ce discours, était enétat de le comprendre, mais qu’il avait ensuite oublié ce qu ilavait appris avec tant de peine.
Parmi les titres purement scientifiques de Fontenelle, il faut