FONTENELLE
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<-‘Ompter la préface qu’il rédigea pour l’ouvrage du marquis de^Hôpital sur les infiniment petits , qui traitait également du calculinfinitésimal, inventé par Newton et Leibniz . Ce morceau futtrès-remarqué à une époque où les savants qui écrivaient sur depareilles matières, ne savaient être ni élégants, ni clairs.
Nous ne priverons pas nos lecteurs d’une jolie anecdote quei’abbé Trublet nous raconte au sujet de cette préface.
Fontenelle y avait beaucoup loué Pascal et les anciens géo-mètres, qui, pourtant, n’avaient pas eu le secours de la nouvelleanalyse.
« M. Rollin qui lut cette préface, nous dit Trublet , lorsqu’il voulutdire quelque chose sur la géométrie à la fin de son Histoire ancienne, etqui en ignorait le véritable auteur, fut enchanté des louanges don-nées aux anciens et à Pascal, et depuis il se plaisait à opposer, surles premiers, l’autorité du marquis de l’Hôpital à celle de M. de Fon-tenelle, qu’il croyait dans des sentiments bien différents. On en parlatant à M. de Fontenelle, qu’il désira de se trouver avec M. Rollin.11 s’y trouva, le mit sur les Anciens et sur la Préface, le laissa s’enprévaloir et la lui objecter, et lui révéla enfin que c’était lui quil’avait faite. M. Rollin fut un peu honteux, offrit à Dieu cette petitehumiliation, lit réparation d’honneur à M. de Fontenelle, et leremercia de la manière dont il avait parlé de Pascal (1). »
En résumé, ce fut l’esprit philosophique de Fontenelle qui ledésigna, plutôt que ses talents dans les sciences pures, pour les fonc-tions de secrétaire perpétuel de l’académie des sciences de Paris .
Jusqu a la réorganisation, ou plutôt, jusqu’au nouvel établisse-ment de cette académie, il avait suffi d’écrire en latin, comme°elase faisait partout, l’histoire de ses travaux; mais le xvm e sièclea llait s’ouvrir, siècle où un public plus nombreux qu’auparavant,s intéressait au progrès des sciences. L’académie ne pouvait plusmettre entre elle et ce nouveau public le voile épais d’une languemorte et ignorée de l’immense majorité de ceux qui aspiraient às instruire.
* Fontenelle , dit Sainte-Beuve , est le premier secrétaire per-pétuel de l’académie des sciences qui eût écrit en français : son pré-décesseur, Du Hamel, écrivait encore en latin. Fontenelle fut doncnovateur et innovateur dans ce mole d’exposition élégante et demi-mondaine. Son travail se composa de deux parties : les Extraits et
(1) Trublet , Mémoires sur M. de Fontenelle, Paris 17S9, in-12.