180
SAVANTS DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
analyses des travaux académiques, et les Éloges des académiciens.Dans les extraits, il s’attache, avant tout, à éclairer et à démêler cequ’il expose : il avait pour principe que, dans les sciences, la certi-tude elle-même des résultats ne dispense point de la clarté, et que laraison commune a droit à tout instant d’intervenir et de.demandercompte, autant qu’il est possible, de ce que les méthodes particulièreslui dérobent. Dans les éloges des académiciens, il sut garder de sonancienne manière quelque chose de perpétuellement ingénieux et fin;mais son amour de l’exactitude y introduisit de plus en plus la sim-plicité. La simplicité de Fontenelle, comme vous le pensez, est d’uneforme qui ne la laisse pas ressembler à celle des autres (1). »
Quand il fut nommé secrétaire perpétuel de l’académie dessciences de Paris, Fontenelle , sans être un savant profond, nien géométrie, ni en aucune autre science, était, sans contre-dit, l’homme le plus capable de toute l’académie, de remplir cesfonctions si lourdes et en même temps si délicates. 11 alla bienau delà de ce qu’on attendait de lui. Il écrivit d’abord l 'Histoirede l’académie des sciences , depuis 1666, date de sa première fon-dation, jusqu’en 1699, année où il avait été nommé secrétaireperpétuel. Et pendant la durée de ce labeur immense et rétros-pectif, il prononça les Éloges de tous les savants qui avaient ap-partenu à cette comprgnie.
Voilà ce que fit Fontenelle pendant quarante-deux ans, carce fut seulement après ce laps de temps qu’il obtint la per-mission d’abandonner ses fonctions. Existe-t-il une autre vielittéraire ou scientifique aussi remplie que celle-là? On saitque Fontenelle vécut tout un siècle, et comme il avait débutéde bonne heure dans les lettres, il eut la fortune, peut-êtreunique, d’écrire pendant quatre-vingts ans, et de jouir, on peutle dire, de quatre-vingts ans de célébrité !
Le recueil des Eloges de Fontenelle forme un livre qui étaitnon-seulement sans précédent dans aucun pays, mais qui est en-core aujourd’hui un des meilleurs de notre langue. S’il n’est paslu autant qu’il devrait l’être, si même il n’est consulté aujour-d’hui que parles savants et les curieux, cela tient à une cause queVoltaire a très-judicieusement marquée en parlant de l’Histoire del'académie des sciences , car les Éloges sont un peu dans le cas del’Histoire.
(1) Causeries du Lundi, t. III, page 333.