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5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
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LAVOISIER

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quable simplicité, et ce fut à cette qualité même quelle dut sarapide fortune.

Stahl rejette les éléments des chimistes du moyen âge; il regardecomme principes de tous les corps, leau, la terre et le feu. Ajoutezlair, comme le firent, peu de temps après, ses disciples, et vousavez les quatre éléments dAristote , qui, après dix-neuf siècles,reparaissent dans la science (1).

Lélément du feu, ou le phlogistique , joue, dans la doctrine deStahl, le rôle essentiel. Le phlogistique est la matière du feu. Ilexiste, à létat de combinaison, dans tous les corps combustibles.Dans les circonstances ordinaires, il ne trahit sa présence par au-cun phénomène apparent; mais vient-on à chauffer fortement lescorps qui le contiennent, le phlogistique brise les liens qui lefixaient; il devient libre et manifeste, au moment il se dégage,la lumière et la chaleur qui constituent son essence. Tous les corpscombustibles sont donc formés de phlogistique et dune autresubstance, variable selon les espèces. Le charbon, le soufre, lesgraisses, le phosphore, sont les matières qui contiennent le plusde phlogistique ou de feu combiné.

Avec cette simple hypothèse, Stahl rendait compte de tous lesgrands phénomènes chimiques. Ainsi la combustion, les altéra-tions chimiques quéprouvent les métaux et leurs composés, sex-pliquaient avec la plus heureuse simplicité.

Que se passe-t-il dans la combustion des matières organiques,dans la combustion du bois par exemple ? Porté à un degré de

(i) Il est de mode aujourdhui de parler avec mépris de la doctrine des quatreéléments dAristote . Cest un lieu commun d'érudition facile, et nos auteurs de chi-mie nont rien laissé à désirer sous ce rapport. Il serait sage cependant dy regarderde près avant de traiter du haut de notre science actuelle le plus vigoureux géniede lantiquité. Peut-être arriverait-on à reconnaître ainsi que, ce principe tant décrié,a suffi pour donner aux sciences physiques leur première impulsion.

Lorsque, développant une pensée de Platon , fort obscure dans le Timèc, Aristote déclara que tous les corps de la nature sont formés par lunion des quatre principesélémentaires, il voulut couper court aux subtilités philosophiques qui remplis-saient les écoles grecques. Avec la pluralité des éléments il arrêtait les discussionsinintelligibles sur lessence de la matière, et il échappait aux discussions de Thalèset dHéraclite qui, avec la plupart des philosophes de leur temps, nadinettaientquun seul élémeut, et ne discutaient que sur le choix du principe. Il forçait ainsi laphysique à descendre des nuages elle se perdait depuis lorigine des spéculationsphilosophiques. Depuis Aristote , la nature des éléments admis a changé bien des fois;mais si les mots ont passé, le principe dure encore. La chimie de tous les temps avécu sur la conception du philosophe grec.

Ajoutez ce fait qui peut donner à réfléchir : la chimie fut édifiée le jour Stahlreprit les éléments dAristote .