ARDOISES.
32 ARDOISES.
tandis qu’elle dure plus d’un siècle lorsque son épais-seur est convenable.
La quantité d’ardoises fabriquées annuellement estde '141,81)4,000 : elle représente une valeur de2,713,876 francs. On fabrique, en outre, ^divers pro-duits avec des dalles de schiste ardoisier, mais leurvaleur est seulement de 75,000 francs.
Ardoise émailiæe. — En Angleterre, M. Magnusest le créateur d’une industrie toute nouvelle, celle del’ardoise dite émaillée; et il a eu le rare bonheur dela porter à un degré de perfection tel, qu’il ne lui reste,pour ainsi dire, plus de progrès à faire.
Les premières recherches de M. Magnus datentde 1834, et elles lui ont été suggérées par un séjourde plusieurs années, qu’il fit dans les fabriques de po-teries du Straffordsliire. Il eut d’abord l’idée de sou-mettre l’ardoise à la chaleur graduée des fours de po-terie, et il vit qu’au lieu de s’altérer, elle devenaitplus dure et plus résistante; il songea ensuite à fixerdes couleurs sur l’ardoise, et il y réussit également. Ilprit un brevet en Angleterre, en 1838, et maintenantil possède à Pimlico (Londres ) une usine très-impor-tante, qui occupe une centaine d’ouvriers.
L’ardoise est une matière minérale qui réunit ungrand nombre de qualités ; en effet, elle est homogène,compacte; elle n’absorbe pas l’humidité, elle résistebien à l’action de la chaleur et elle se taille très-facile-ment, surtout en dalles ou en plaques. Dans l’étatnaturel, elle a cependant une couleur sombre et seraye très-facilement; aussi est-elle très-peu employée àcet état pour la décoration et l’ameublement; mais cesinconvénients disparaissent quand on la recouvre d’unvernis auquel on peut d’ailleurs donner les couleursles plus variées.
L’ardoise du pays de Galles est celle que M. Magnusemploie pour la fabrication de l’ardoise dite émaillée.L’application de la couleur imitant le marbre se fait àl’aide d’un vernis et par un procédé consistant à utiliserles effets produits par le mélange de corps pâteux, quiest celui même que la nature a employé pour créerles marbres.
Pour appliquer les couleurs sur l’ardoise, de manièreà imiter le marbre, on prépare des couleurs épaissiesavec un vernis ; on les répand sur un bain d’eau et onvient appliquer la surface de l’ardoise sur ce bain co-loré ; la fixation des couleurs sur l’ardoise a lieu im-médiatement.
Ce procédé est très-simple et très-rapide, puisqueun seul ouvrier peut marbrer plus de 50 pièces en unjour. L’ardoise, recouverte de son enduit coloré, estensuite introduite dans des fours, où elje est soumisegraduellement à une température de 200 à 300° cen-tigrades. Elle reste huit à dix jours dans ces fours.Lorsqu’elle en sort, elle possède, d’après M. Magnus,une grande résistance à la rupture ; car cette résistanceserait égale à celle d’une dalle de marbre d’épaisseurquadruple. L’enduit coloré qui recouvre l’ardoise n’aqu’une épaisseur très-mince, mais il est parfaitementfixé, et il ne s’enlève pas, même après un usage deplusieurs années. Il résiste bien à l’action de l’air qui,à ce qu’il paraît, l’altère moins rapidement que lemarbre. Toutefois sa dureté est beaucoup moindre quecelle du marbre, et il se laisse facilement rayer avecl’ongle. Pour rendre l’enduit brillant, lorsque l’ardoisesort du four, on la polit avec du tripoli et avec de lapotée d’étain.
Ce qui vient d’être dit sur la préparation de l’ardoiseémaillée, montre qu’elle n’est pas recouverte par unémail comme celui des poteries, ainsi que son nomsemblerait le faire croire ; mais qu’elle est simplementprotégée par un vernis ; il serait donc préférable de lanommer ardoise vernissée.
Par le procédé que nous venons d’indiquer, M. Ma-
gnus est parvenu à imiter la porcelaine et surtout à ro-présenter toute espèce de roches : l’albâtre d’Égypte ,la serpentine verte et rouge de Gênes , la griotte, leportor, le jaune de Sienne , le marbre weadien de Pur-beck, les granités, les porphyres de Suède et le por-phyre rouge antique.
La ressemblance de l’ardoise émaillée avec ces di-verses roches- est quelquefois si grande , qu’il fautl’examiner avec beaucoup de soin, pour reconnaîtreque c’est seulement une imitation qu’on a sous lesyeux ; nous citerons notamment le porphyre rouge an-tique, comme l’une des roches qui peuvent le mieuxêtre imitées.
Le prix de l’ardoise émaillée varie avec les diffi-cultés que présente la reproduction du marbre qu’ona cherché à imiter ; et on distingue quatre classes deprix :
1 re classe.—Albâtre d’Égypte, malachite de Russie ,lumaehelle, griotte, jaspe; marbres noirs, blancs et dediverses couleurs.
2 e classe. — Serpentine, jaune de Sienne , portor,porphyres, granités, marbres de Purbeck.
3 e classe. — Lapis-lazuli et marbres riches, ou àdessins complexes.
4 e classe. — Imitation de mosaïques; représentationde fleurs et d’animaux.
Le prix de l’ardoise varie avec son épaisseur; et letableau suivant fait connaître , pour un pied carré,quels sont les principaux prix de l’ardoise émaillée :
î re classe. 2 e classe. 3 e classe*
Ardoise de 4* p ce d’épaisseur 2 5ch 9 d 3 SC,I G U 4 sd, Û d» .. 2. 4 6 5 6 6 0
Les prix de la 4 e classe sont, très-variables, et ilsdépendent entièrement des objets à représenter.
Remarquons qu’en Angleterre, le marbre jaune deSienne revient à 15 sch. 6 d. ; le portor, à 16 sch. ; etle marbre noir, à 8 schellings par pied carré ; les prixde l’ardoise émaillée sont donc bien inférieurs à ceuxdes marbres; ainsi, par exemple, pour l’imitation dumarbre noir, le prix est seulement un peu plus du tiers;pour l’imitation du jaune de Sienne , il n’est guère quele cinquième.
L’Angleterre, si largement dotée de toutes les ri-chesses minérales, est, par exception, pauvre enmarbres; comme l’ardoise émaillée imite très-bien lemarbre et revient à un prix beaucoup moins élevé, ilest facile de comprendre pourquoi son usage s’est ré-pandu avec une si grande rapidité. Elle a, en effet, étéadoptée par le riche comme par le pauvre, et elle dé-core même des résidences royales. En quelques années,sa consommation est devenue si grande, que la pro-duction ne peut y suffire. On l’emploie, dès à présent,pour tables, consoles, toilettes et pour toutes sortes dedessus de meubles. Elle est très-propre aussi à fairedes cheminées ou des poêles.
Lorsque les cheminées sont formées de pièces ayantseulement 5 pouces d’épaisseur, leur prix n’est que de17 sch. pour la 1 rc classe de marbres, 1 liv. 5 seh. pourla 2 e classe, et 1 liv. 18 sch. pour la 3 e classe.
On se sert de l’ardoise émaillée pour faire des bai-gnoires très-élégantes.
Les parois des appartements peuvent encore être re-vêtues et décorées, avec beaucoup de luxe, par desplaques d’ardoise émaillée ; des salles de bains en sontentièrement construites. On en fabrique aussi desvases, des piédestaux, des autels, des pierres tuniu-laires.
Enfin, l’ardoise émaillée est très-propre à faire desbillards, dont les prix ne sont pas très-supérieursà ceux des billards en bois; comme tous les billards enardoise, ils ont sur eux l’avantage de présenter une