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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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ARGILE.

surface mieux nivelée et qui ne varie pas par l’actionde la température ou de l'humidité.

L’ardoise émaillée commence à se répandre hors del’Angleterre; ainsi on l’emploie en Allemagne , surtoutà Berlin , où elle sert à faire des bains et des lavoirs.

Jusque dans ces derniers temps, l’emploi de l’ardoiseétait à peu près limité à la toiture et à quelques usagesdans les constructions ; mais la découverte de l’ardoiseémaillée a permis de s’en servir dans l'ameublementet dans la décoration ; cette découverte a donc crééun débouché nouveau à une matière minérale quise trouve en masses inépuisables dans le sein de laterre.

ARGILE. L’introduction dans les arts des silicatesalumineux qu’on nomme argiles fut de la plus grandeimportance. Ces combinaisons de la silice et de l’alu-mine, abondamment répandues dans la nature, jouenten effet un grand rôle dans la fabrication des ciments,dans l’art métallurgique, dans beaucoup de productionsappartenant aux arts chimiques ; leur emploi le plusintéressant est la fabrication des poteries. Tous cesdivers usages ont pour cause les propriétés caractéris-tiques et variées que nous allons énumérer.

Si les silicates anhydres simples, que les minéralo-gistes connaissent sous les noms de dysthène, d’anda-lousite, de sillimanite, dont la composition se repré-sente par la formule 2 (Si O 3 }, 3 (Al 2 O 3 ), sont assezrares et jusqu’ici sans applications industrielles, il n’enest plus de même des divers silicates hydratés quisont, au contraire, très-répandus. Ces sels occupent eneffet une place considérable dans les couches qui for-ment l’écorce du globe que nous habitons, et leur miseen œuvre par des ouvriers intelligents transforme desmatières presque sans prix en outils indispensables auxprogrès de nos diverses industries, en ustensiles deménage, et souvent même en objets d’art du plus grandmérite. L’étude des hydrosilicates d’alumine contientcelle des marnes, des argiles, des kaolins, etc. Nousallons la résumer, au point de vue le plus général. Lesargiles que nous présente la nature ont une composi-tion variable entre d’assez grandes limites. Mais lescorps qui portent ce nom réunissent un ensemble decaractères qui permet de les réunir en un seul groupe ;ils donnent par l’exposition à l’air une matière blancheou grise, quelquefois colorée par des mélanges acci-dentels, douce au toucher et présentant au frottementune odeur particulière, s’écrasant à l’état humide ourert sans difficulté, assez dure quand elle est sèche.

L’argile desséchée happe fortement à la langue;quand on l’humecte et lorsqu’on la pétrit avec un peud’eau, elle répand une odeur particulière sut generisdont la causé est inconnue; en même temps, elleforme une pâte liante, plastique, durcissant par l’expo-sition à l’air et surtout lorsqu’on la soumet à l’actiond’une température élevée. Délayée dans beaucoupd’eau, l’argile trouble le liquide et reste en suspensionpendant un temps souvent très-long, ce qui prouve lagrande ténuité des particules tout à fait impalpablesqui nagent au sein du liquide.

Les argiles sont essentiellement formées de silice,d’alumine et d’eau; aucun de ces corps isolés, aucunedes combinaisons de ces corps deux à deux, n’a la pro-priété plastique ; de plus, l’argile chauffée jusqu’à 200ou 300 degrés et qui a perdu son eau de combinaisonne reprend plus sa plasticité, quand on vient à l’humec-ter de nouveau.

On ignore si les argiles sont des mélanges de diverssilicates alumineux en proportions définies ; les propor-tions des trois éléments sont variables dans la compo-sition des argiles; elles renferment en général, pour^ 00 parties :

Silice.de 45 à 80

Alumine.de 15 à 40

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et de l’eau dont la pi*oportion s’élève rarement au-dessus de 18 pour 100.

On a remarqué que les argiles les plus alumineusessont les plus plastiques ; ce sont aussi celles qui con-tiennent le plus d’eau de combinaison. Telle est la com-position de l’argile pure. Le plus généralement les ar-giles donnent à l’analyse d’autres substances qui modi-fient leur couleur et leurs propriétés; ces corps ne s’ytrouvent certainement qu’à l’état de mélange, et cemélange modifie les propriétés et les usages des terresargileuses : ces usages sont en rapport direct avec lacomposition.

Les argiles acquièrent par l’action du feu des pro-priétés remarquables : elles prennent de la dureté,de la cohésion, de la retraite; toutes ces modificationsdans leurs propriétés initiales ont été mises à profit parles arts. Chauffées jusqu’à 100 degrés, elles ne perdentpas toute leur eau de combinaison, elles conserventleur plasticité qu’elles perdent complètement vers 300degrés.

Une température convenable les transforme en desmatières qui ne sont plus entamées par l’acier ou quiétincellent par le briquet, qui ne se brisent, sous lechoc ou sous la pression, qu’avec la plus grande dif-ficulté. En même temps, elles prennent du retrait oude la retraite, c’est-à-dire que leurs dimensions linéai-res diminuent et quelquefois dans la proportion de20 pour 100 ; les molécules se rapprochent par ce mou-vement, et c’est sans doute à ce rapprochement desmolécules, comme à la combinaison qui peut en résul-ter, qu’il convient d’attribuer les modifications qui sur-viennent par la cuisson dans la cohésion et la duretédes pâtes céramiques.

La calcination les rend aussi^ plus facilement atta-quables, surtout quand elles sont légèrement calcaireset qu’elles n’ont pas été soumises à des températures tropélevées. La fabrication en grand du sulfate d’alumine,qui remplace aujourd’hui l’alun dans la confection destoiles peintes, repose sur cette action de la chaleur surles argiles. La matière qui n’est que difficilement atta-quée, même à chaud, par l’acide sulfurique, lorsqu’elleest à l’état cru, se décompose rapidement, au contraire,si l’on fait agir l’acide sur des matières préalablementcalcinées d’une manière convenable. L’argile que l’onchoisit de préférence est le kaolin argileux le plusblanc, c’est-à-dire le plus dépouillé d’oxyde de fer.L’attaque se fait dans des vases de plomb avec l'acidesulfurique chauffé par de la vapeur qui circule dansdes tuyaux de plomb placés dans les réservoirs d’at-taque.

La retraite des argiles a été mise à profit pour éta-blir un instrument propre, dans certaines limites, àla mesure des plus hautes températures. Le pyromètrede Wedgwood, que nous décrirons plus tard avec lesdétails convenables (voir pyromktke), est basé surcette propriété. On sait qu’il est formé de deux règlesmétalliques se croisant sous un angle très-aigu ; de pe-tits disques d’argile blanche infusible, tous de mêmediamètre, sont soumis à l’action du feu; on juge parla diminution de leur diamètre, mesurée par la lon-gueur de la course qu’ils peuvent faire entre les deuxrègles, la retraite qu’ils ont subie, c’est-à-dire la tem-pérature à laquelle on les a soumis.

Les argiles, quand elles sont pures de tout mélangeétranger, restent blanches à la température la plusélevée de nos fourneaux ; elles ne fondent pas : de là,la propriété réfractaire qui appartient à tous les si-licates d’alumine ; seulement elles prennent une tex-ture serrée, compacte, analogue à celle du grès ou dela porcelaine. Les argiles les moins ramollissables auxfeux de .nos fourneaux ne paraissent être ni les plussiliceuses ni les plus alumineuses : celles qui sont très-alumineuses se ramollissent sensiblement, et les pièces

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C.