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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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BOULETS.

BOULETS.

M. le général Larcliey, que l’on peut dans cette cir-constance considérer comme le second père du systèmeproposé, les expériences eurent lieu, et toutes les pré-visions du capitaine de Clianal se vérifièrent.

Les tenons ne furent pas rasés. Le projectile sorti dela pièce sans aucun battement tournait autour de songrand axe, et avait gagné en justesse et en portée surle projectile Tamisier.

L'arrondissement du raccordement du culot avec lapartie cylindrique du projectile, destiné à faciliter lechargement, n’eut aucune influence sur le tir.

11 en fut de même de la suppression des résistancesdirectrices ; enfin le zinc fondu put remplacer pour lestenons fixes le zinc laminé qu’exigeaient les tenons mo-biles de M. Tamisier.

En '1855, une nouvelle commission s’assembla àCalais : on mit à sa disposition deux pièces de IG, ti-rant des projectiles de 15 kilog. Ces pièces et leursprojectiles étaient exactement construits d’après lesprincipes dont l’application avait réussiàLaFère, c’est-à-dire que l’on allait continuer les épreuves du systèmeTamisier, modifié par le capitaine de Clianal, maissur un gros calibre. On était alors au plus fort de laguerre de Crimée, et le siège de Sébastopol , ainsi queles projets d’attaque dans la mer Baltique , deman-daient l’emploi des engins les plus puissants.

La même commission devait essayer en même tempsdeux pièces en fonte du système Cavalli, modifié parM. le commandant Lepage, modification qui, commenous l’avons dit déjà, consistait à les charger par labouche, tandis que la pièce primitive Cavalli se char-geait par la culasse. Ces pièces étaient des obusiersde 80, forés au calibre de 30, et tirant des projectilespesant 50 kilog.

Les expériences démontrèrent que la modificationde M. Lepage était possible. Le projectile se ch; rgeaitaussi facilement qu’un boulet sphérique, et le tir futaussi satisfaisant que celui de la pièce Cavalli sous lerapport de la portée et de la justesse.

Les deux pièces en bronze de 10, système Tamisiermodifié, donnèrent des résultats inattendus, même poul-ies esprits les plus prévenus en leur faveur.

Les tableaux suivants en sont le résumé, comparati-vement à ceux obtenus ordinairement par les piècesde même calibre à boulets sphériques. La pièce de 16ordinaire, tirant un projectile do 8 kilog. avec 2 kil ,66de charge, a une portée de 1

955 mètres pour une inclinaison de tir de. . 2°

1,230 mètres. 3°

1,460 mètres. 4°

2,020 mètres. 7°

3,100 mètres. 15°

4,000 mètres. 40°

La pièce-de 16 rayée, tirant un projectile eylindro-ogival de 15 kilog. avec 2 kU ,50 de charge, a une por-.fcée de

500 mètres pour un tir horizontal. 0

1,000 mètres pour un angle de tir de. , . , 1°,30

1,500 mètres.3°,00

2,000 mètres. 4°, 45

3,000 mètres. 9°, 10

4,000 mètres. 14°

5,000 mètres.20°

Ainsi, pour obtenir un tir de 4,000 mètres, il fautmettre la pièce de 16 ordinaire sous l’angle de 40°, im-possible dans la pratique habituelle de la guerre. Ontire au contraire la pièce rayée facilement sous unangle de 20°, et l’on obtient une portée de 5,000 mètres.

* Ouvrage du géuérul Piobert, page 130.

Quant à la justesse, le premier tir en a si peu queson appréciation à ces distances ne se trouve dans au-cun ouvrage ; celle de la pièce rayée peut, au contraire,avoir de fort bons effets. Ainsi la comparaison des deuxtirs, sous le rapport de la justesse, donne le tableausuivant 1 :

l<; OHDIMIltE. I<» BAYÉ.

Distance. Moyenne des écarts. Moyenne des écarts,

1,000 .. . 2 in ,3ü 1 m ,28

1.500 . 1 m ,43

1,600 . 7*»,20

2,000 . 13»*,00 1 m ,63

2,200 . 17‘V-O

2,400. 22»*,00

2.500 . 3 m ,00

4,000. 5 m ,50

5,000. 15 m ,29

Enfin, pour terminer ces comparaisons, le canon do16 ordinaire, à 550 mètres, atteint une embrasure debatterie 14 fois sur 100 , le canon de 16 rayé, à 1,01)0mètres, donne le même résultat 40 fois sur 100. Quantà la dérivation, sa constance fut telle, qu’il fut possiblede dresser une table des hausses horizontales et verti-cales depuis 1,000 jusqu’à 5,000 mètres, la hausse ho-rizontale étant destinée à corriger complètement cettedérivation.

Les conclusions de la commission furent que le pro-blème était résolu, qu’il n’y avait pas un moment àperdre pour transporter les épreuves sur le théâtre dela guerre. La commission demandait seulement, commecelle de La Fère , la suppression des rainures destinées iiprocurer des résistances horizontales, l’arrondissementdu culot du projectile, et enfin un agrandissement dela chambre intérieure pour que le projectile pût conte-nir une plus grande quantité de poudre. Le capitainede Chanal, devenu le major de Clianal, était encorerapporteur de la commission. Mais la commission n’a-vait pour président qu’un simple colonel, et son enthou-siasme recevait à Paris encore des sourires d’incrédu-lité. Le rapporteur, le major de Clianal, se décidaiporter directement sous les yeux de l’empereur les ré-sultats obtenus à Calais . A cette époque, la guerre deCrimée préoccupait tous les esprits, et la cause desprojectiles allongés, où leur rôle semblait devoir être siimportant, était si peu gagnée, que le président du co-mité de l’artillerie, M. le général Lahitte, voulait quel’armement de l’expédition de la Baltique se fit avecles canons rayés en fonte de la marine, canons expéri-mentés à Gavres , et qui donnaient des résultats à peuprès semblables à ceux obtenus par le commandant Le-page à Calais , c’est-à-dire de la portée sans justesse, netrouvant pas que les études sur les canons Tamisiermodifiés fussent assez complètes.

L’empereur décida que l’armement de l’expéditionqui devait avoir lieu dans la Baltique contiendrait 50pièces de 2i rayées au nouveau système, et tirant desprojectiles creux cylindro-ogivaux à tenons fixes, pc-sant 25 kilog. La commission s’assembla encore a Ca-lais à la fin de 1855 et au commencement de 1856;une table de tir était dressée pour les nouvelles pièces,depuis 1,000 mètres jusqu'à 6,000 mètres.

Les rainures directrices horizontales étaient suppri-mées sur le projectile.

L'arrondissement du culot n’avait pas été adopte,mais la pièce avait été légèrement égueulée, ainsi qu*l’avait proposé M. le major de Chanal dans la com-mission de 1853.

Ces dernières expériences de Calais furent couron-nées par un tir en brèche sur un ouvrage de fortifica-tion abandonné. 11 fut alors démontré que ces nouveaux

' Ouvrage du général Piobcrt, page 137.