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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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COl'lîKOIES MÊTAI.UQUES.

terrain, soit supportés par des colonnes, afin que lepassage restât libre aux voitures. Le moindre devisdépassait 6,000 francs, et l’on ne pouvait compterguère moins de cinq chevaux perdus en frottement.Mon frère vint proposer, à son tour, l’emploi de l’anti-que courroie, modifiée seulement par la substitution d’unruban de fer ou d’acier à la lanière de cuir. Au premiermoment une telle solution ne manqua pas d’excitcr lesplaisanteries; cependant, comme la réalisation de ceprojet pouvait sc faire sans grande dépense et qu’ellesimplifiait visiblement la question, on sc décida à ten-ter l’expérience.

MM. Peugeot d’Audincourtnous fournirent des lamesd’acier de 0 m ,0() de largeur, de 0 m ,()0l d’épaisseur etde 40 à 50 mètres de longueur, admirablement exécu-tées, et qu’il a suffi de réunir par des rivets pour obtenirla longueur voulue de 85 m X 2. Peux poulies en boisde 2 mètres de diamètre, à gorge plate et à axes paral-lèles, reçurent cette courroie d’un genre tout nouveau,qui, dès l’abord, fonctionna d’une manière satisfaisanteet pouvait, à la rigueur, être employée. Kilo avait ce-pendant deux graves inconvénients. Kn raison de sasurface et du peu de poids relatif, le moindre vent lapoussait en dehors de la direction voulue, et la faisaitfrotter contre les joues des poulies; il était donc indis-pensable de la guider à l’aide de galets. — Mais cesgalets, quelque bien faits qu’ils fussent, déchiraientquelquefois la courroie aux assemblages rivés, et finis-saient eux-memes par être coupés ou entaillés. — C’estdans ces circonstances qu’un ingénieur anglais , de nosamis, frappé de L’utilité qu’il y aurait à rendre bien pra-tique un moyen aussi simple de transmettre la force ùdistance, nous conseilla d’examiner, à Londres , lescâbles que MM. Newali et C‘ e exécutent pour diversusages, ne doutant pas, nous disait-il, que nous n’eus-sions lieu d’être satisfaits d’un essai de ce genre. —MM. Newali n’avaient encore employé leurs câblesque pour lever des fardeaux dans les mines, ou commecordages de navires, etc.; mais il pouvait bien sc fairequ’ils satisfissent aux nouvelles exigences auxquellesnous voulions les soumettre : nous n’hésitâmes doncpas à leur commander une corde métallique et à lamettre à répreuve.

« Après quelques modifications apportées aux gorgesdes poulies, après quelques tâtonnements, quelques en-nuis même, la corde en fer, substituée à la courroied’acier, fonctionna et fonctionne encore à notre entièresatisfaction. — Klle est en œuvre depuis six ans.

« Voici, en résumé, au double point de vue critiqueet technique, l’ensemble des observations qu’une lon-gue expérience nous a permis de faire :

« 1 U Les poulies conductrices et conduites peuventtoujours être en bois (chêne ou tout autre bois dur).Elles doivent être à gorge profonde et légèrement ar-rondie. Une profondeur de 4 à 5 centimètres et une lar-geur de 3 à 4 centimètres sont les conditions que nousavons jugées les meilleures. — Au fond de la gorge seplace une courroie en cuir ou en gutta-percha de 1 cen-timètre d’épaisseur.— Cette courroie n’est point clouée,mais elle est fortement tendue et ramenée, par ses deuxbouts, dans un trou pratiqué au fond de la gorge. Onfixe les deux bouts à l’aide d’un coin, et, pour plus desolidité, on les consolide par quelques clous. — Lacorde métallique qui travaillerait sur le bois le coupe-rait en peu de temps. Le cuir, la gutta-percha surtout,durent fort longtemps et ne fatiguent nullement lemétal.

« Les poulies, comme on le prévoit, doivent avoir laplus grande vitesse de rotation disponible et un fortdiamètre. Nous pensons que le minimum du diamètre àemployer est I mètre.

<« Pour garantir les câbles de la rouille, et en mêmetemps pour augmenter leur adhérence contre la eircon-

COUKIïOIES MÉTALLIQUES. î l.j

férencedes poulies, on les enduit, une ou deux fois parmois, mais très-légèrement, d’un mélange de goudronet d’huile.

« 2° La plus courte distance qu’on puisse admettreentre les deux poulies est environ de 4ü à 50 mètres;au-dessous de cette limite, il faudrait substituer unetension artificielle à la tension naturelle et régulièreproduite pur le poids même du câble, et il en résulteraitnon-seulement des tensions variables, selon l’état dela température, ou suivant d’autres causes, mais en-core de fréquents glissements. Enfin le câble, à mesureque sa longueur diminue, court des chances d’usure etde rupture de plus en plus grandes. — En résumé, pourdes distances de 20 mètres, par exemple, et au-dessous,il est évident que les arbres de couche sont préférables.— Bien moins encore peut-il être question de substi-tuer les câbles ou les rubans d’acier aux courroies quiservent dans l’intérieur des ateliers. '

« 3" Au contraire, et c’est ici que l’emploi des câblesmétalliques devient une découverte importante, il n’y a,pour ainsi dire, aucune limite à la longueur des dis-tances qui séparent les poulies conductrices de cellesqui reçoivent le mouvement. — Aujourd’hui nous n’hé-siterions plus un instant à envoyer une force motrice,même très-considérable, à 3 ou 4 kilomètres, si le casse présentait, et nous serions sûr, à l’avance, de la réus-site. Après le succès obtenu avec notre premier câble,nous finies, en 1855, une application déjà beaucoupplus hardie que la première, sous tous les rapports. —Une force 38 chevaux, ou 38 X 75 = 2,830 kilogram-mètres, fut utilisée, à l’aide d’une de ces nouvellestransmissions, à 240 mètres de distance, pour mener unatelier de tissage et toutes ses dépendances. Cette trans-mission, la seule possible pour une telle longueur, rem-place aujourd'hui un moteur hydraulique, dont l’in-stallation n’avait pas coûté moins de 10,000 francs.L’utilité des câbles, sur cette échelle, ne peut être ai-sément évaluée à l’avance. Il suffit, par exemple, defaire remarquer que le long des cours d’eau, principa-lement dans les vallées, et dans mille cas analogues,il peut être avantageux de n’être pas contraint de réu-nir en quelque sorte, dans le même local, le moteur etles machines à mettre en mouvement. — La nouvelletransmission se prête merveilleusement à toutes lesexigences, et c’est ainsi qu’en Suisse , dans le cantonde Claris, la maison Egly Wagner a transmis uneforce motrice assez considérable, du fond d’un vallon, àun bâtiment (ancien couvent) situé sur une élévationvoisine, et disposé pour un tissage mécanique.— Quel-ques accessoires, néanmoins, sont nécessaires, scionles localités ou selon les distances à franchir ; je vaisen dire quelques mots.

« 4" La flèche de l’arc que forme la corde, et la ten-sion croissant avec la longueur, il arrive un momentoù l’on peut être obligé d’élever les poulies outre me-sure, pour éviter que le milieu du câble ne touche ausol ; en même temps l’effort sur les collets des arbrespeut devenir trop considérable. Il finit donc soutenir lecâble de 100 en 100 mètres environ, à l’aide de pou-lies intermédiaires; or ce sont ces poulies qui ont exigéle plus de tâtonnements. — Elles doivent avoir aumoins \ mètre de diamètre et être construites le pluslégèrement possible (couronne en bois dur, rayons enfer cylindrique forgé de 0 ,n ,0!5 d’épaisseur, axe enfer, avec croisillon en fonte, le tout parfaitement cen-tré). La gorge doit être semblable à celle des pouliesmotrices, mais garnie au fond d’une lanière en caout-chouc vulcanisé, au lieu de cuir ou de gutta-percha.

« D'après diverses applications qui ont déjà été faitessuivant mes conseils, ces poulies intermédiaires, con-venablement inclinées, peuvent avantageusement ser-vir à changer la direction du câble et à établir des rap-ports de mouvement entre des arbres non parallèles;