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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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130 DÉCORATION CÉRAMIQUE .

broyant toujours pour obtenir un mélange intime, jus-qu’à ce que la pâte soit composée. On évite ainsi destaches qui résultent du broyage imparfait; et, pourmieux atteindre cette homogénéité complète, il est bonde décanter la matière avant son introduction dans lestournants. Les pâtes colorées, raffermies et pétries,sont façonnées par les mêmes procédés que ceux qu’onapplique au façonnage des pûtes blanches ou communesnaturellement colorées et pour l’étude desquels je ren-voie le lecteur à mes Leçons de Céramique professéesà l'École centrale des arts et manufactures.

Ce mode de coloration est surtout en vigueur, d’unepart, en Angleterre, pour faire les grès fins colorés de'Wedgwood, d’autre part, à Sèvres , pour faire des pâtesde couleur, entre autres les pâtes céladon ; on y a faitaussi quelques essais de pâte tendre colorée par desadditions de frittes cuivreuses, ou chargée d’or etd’oxyde de chrome. Il est évident que cette méthodene peut convenir pour obtenir les décorations résultantde linéaments ou de figures appliquées par places surdes poteries, en général pour les décors différents doceux qui résultent de la coloration de la pâte.

J’ai fait quelques essais pour obtenir, par voie enquelque sorte de teinture, les oxydes à l’intérieur despâtes ; toutes les fois qu’on peut, au moyen d’un acidevolatil, amener à l’état soluble les matières colorantes,on plonge l’objet façonné dans une eau chargée de selcolorant, on laisse sécher, puis on dégourdit de nou-veau ; le sel se décompose, l’acide volatil se dégage,et l’oxyde reste disséminé. Il n’y a d’autre inconvé-nient à redouter qu’une inégale répartition du sel dansl’intérieur de la pâte et son accumulation sur ceux despoints qui sont exposés à l’évaporation spontanée ; lessels viennent s’y réunir en plus grande abondance.

Ces mêmes phénomènes de teinture réussissent assezbien sur la pâte à l’état de mollesse et plastique, lors-qu’on opère la dissolution de l’oxyde dans un acide fai-ble comme l’acide acétique.

La décomposition du sel se fait spontanément ; ellepeut être activée d’ailleurs par l’addition de quantitésconvenables de carbonates alcalins ou d’ammoniaque,lorsque l’ammoniaque ne jouit pas de la propriété deredissoudre l’oxyde précipité. Il est évident encorequ’on peut faire agir ces réactifs pour opérer par voiede double décomposition sur la poterie dégourdie com-plètement imbibée de la dissolution saline qui doit in-troduireJ’oxyde colorant.

Lorsque la peinture se fait sur poterie et sous glaçure,les oxydes ou matières colorantes sont appliqués soitsur la poterie cuite, soit sur la poterie crue ; et par desfeux convenables comme intensité, l’adhérence de lacouleur et son brillant se développent avec l’additiond’un fondant ou de la glaçure. Les dessins peuvent êtreplacés sur la pâte crue avant toute espèce de cuisson,même celle qui a pour but de consolider assez la piècepour faciliter la mise en couverte ; on délaye alors avecde l’eau la couleur composée d’une manière convena-ble : comme on ne fait de la sorte que des dessins gros-siers, il importe peu que ces couleurs aient à l’emploile ton qu’elles auront après la cuisson.

La couleur et la poterie cuisent au même feu ; ellesprennent assez d’adhérence pour que la mise en gla-çure n’exige pas de précautions particulières.

Les dessins peuvent être faits avec les oxydes ap-pliqués sur la poterie déjà cuite, soit à l’état de dé-gourdi, soit à l’état de biscuit, si la poterie doit rece-voir une glaçure qui n’exige pas pour cuire une tem-pérature égale à celle que doit recevoir le corps de pâte.L’application des oxydes, dans le premier cas, sur unesurface poreuse et absorbante, conduit à des précau-tions particulières sur l’emploi desquelles nous insiste-rons plus loin au sujet des peintures sous couverte surla porcelaine de Sèvres .

DÉCORATION CÉRAMIQUE .

Lorsque la pâte est cuite et qu’elle a perdu toute po •rosité, la coloration, soit par fonds de couleurs, soitpar linéaments, devient bien plus facile. On broiel’oxyde à l’essence, comme nous le dirons plus loin,pour l’appliquer suivant les contours qu’on veut obte-nir. 11 est cependant préférable de broyer à l’eau lamatière colorante.

11 faut remarquer ici que l’oxvde doit être mêléd’une certaine quantité de flux vitreux pour rendre ad-hérent à la pâte l'oxyde qui, s’il restait pulvérulent,sc détremperait après qu’on a brûlé les essences, lors-qu’on vient à poser le vernis soit par arrosement, soitpar immersion. La préparation des oxydes et le choixqu’on en doit faire sont liés d’une manière intime avecla température à laquelle on cuit la poterie ou sa gla-çure. Il est certain que les oxydes qui se dissolventdans les glaçures en se déeolorant ne peuvent êtrechoisis, et qu’il ne faut pas perdre de vue la naturede la poteriequ’on veut décorer.

I/antimoniate de plomb, par exemple, ne laisseraitaucune trace sur les porcelaines cuites au grand feu ;l’oxyde de cobalt, au contraire, permettra de décorertoute espèce de poterie, puisqu’il résiste à l’action dotoute espèce de matière vitreuse, meme aux tempéra-tures les plu9 élevées que les arts industriels puissentproduire. Dans ce genre de décoration, il donne cepen-dant des dessins d’autant plus nets qu’ils sont cuits àdes feux moins violents.

La coloration appliquée, comme nous venons de ledire, tant sur les pâtes dégourdies que sur les pâtescuites à l’état de biscuit, se fait généralement à lamain; mais elle peut se faire aussi parles méthodes ra-pides de l’impression'. Ce procédé, qui déjà vers 1751donnaitdes résultats acceptables dans la manufacture doWorcestcr, reçut en France , depuis 1806, des perfec-tionnements très-considérables.

On l’applique exclusivement en Angleterre pour ladécoration des faïences fines sous couverte, et cette mé-thode s’est étendue chez nous depuis longtemps à ladécoration des poteries similaires qui sc font sur unetrès-grande échelle à Creil, Sarreguemines, Bordeaux ,Montereau . Sur une planche en acier, en cuivre, enlaiton, on dessine, soit par gravure au burin, soit àl’eau-forte, un sujet qu’on transporte sur une feuille dopapier. L’épreuve faite avec une couleur grasse aban-donne le papier lorsqu’on met celui-ci par l’envers encontact avec un liquide aqueux. En comprimant avecune roulette l’épreuve et la pièce à décorer, le dessinreste sur la pâte ; on brûle l’essence dans le moufleavant de mettre en vernis. Le moufle se compose or-dinairement d’un étui en terre, quelquefois en fonte(nous rappelons ici que nous avons fait connaître ladisposition d’un moufle dans le genre allemand dansla deuxième édition de cet ouvrage) ; il est placé surun ftyer au-dessus d’un cendrier; la grille est à bar-reaux plus ou moins espacés suivant la hauteur dumoufle. Une cheminée donne issue aux produits quirésultent de la combustion des essences ; une voûte per-cée d’ouvertures divise la flamme et régularise le tirage.Ce moufle est porté par des arceaux au nombre de troisou quatre et placé sur une plaque de couche qui pro-tège le fond. On cuit rapidement en laissant l’air pé-nétrer dans le moufle par une douille réservée dans laporte. On mure, avant de cuire, l’espace qui donne libreaccès lors de l’emmouflement.

Nous pouvons nous borner à dire que c’est par cettemême méthode qu’on applique les dessins bleus, bruns,noirs et roses qui décorent toutes les faïences fines ettous les cailloutages.

Nous ne saurions indiquer ici les principes de prépa-ration des divers oxydes qui concourent à donner cesnuances. Nous renvoyons le lecteur aux traités spé-ciaux sur cette matière; nous nous bornerons à fairo