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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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DÉCORATION CÉRAMIQUE .

DÉCORATION CÉRAMIQUE . 131

connaître les procédés au moyen desquels on préparele pinck-colour des Anglais , composé singulier dans le-quel la coloration rouge ou rose a pour principe lechrome oxydé, et qui fournit sous glaçure un rose assezagréable. Nous indiquerons aussi la méthode qu’onsuit à Sèvres pour peindre en bleu sous couverte.

Le pinck-colour est insoluble, infusible; soumis àl’analyse par M. Malaguti, pendant son séjour à Sè-vres , il a été décomposé de la manière suivante :

78,3114,913,960,930,610,520,260,42

100,00

On reproduit cette matière en fondant :

Acide stannique. 100

Craie. 34

Chromate de potasse.3 à 4

Silice. 5

Alumine. 1

On fait un mélange intime qu’on chauffe au rougeclair pendant quelques heures; la masse est d'un rosesale; elle vient d'un tou agréable lorsqu’on la lave,après porpliirisation, avec de l’eau chargée d’un peud’acide chlorhydrique. On doit à M. Malaguti l’ana-lyse et la synthèse de cette couleur, dont l’applicationréussirait certainement sur porcelaine tendre ; elle con-duit à des résultats véritablement pratiques sur lescailloutages anglais .

Un grand nombre de pièces de porcelaine de laChine ont un caractère d'originalité très-grande qu’ellesdoivent au mode d’ornements bleus sous émail dontelles sont chargées. On a tout récemment appliqué surla porcelaine de Sèvres ce genre de décoration, et ladernière Exposition, à Paris , des manufactures natio-nales, celles des mêmes établissements à Ilyde-Park,à Londres , en 1851, ont offert des pièces remarqua-bles d’un effet tout nouveau et d’une grande har-monie.

La peinture en bleu sous couverte est faite à la Chine sur pâte non crue avec un oxyde de manganèse impurcobaltiferc. On ne peut conserver aucun doute à cetégard, ni d’après la lettre du père Ly, ni d’après leséchantillons qui l'accompagnaient, ni d’après les essaiset l’examen chimique que nous avons faits, M. Ebel-men et moi, du thsing-hoa-liao. Quant à l’état danslequel se trouve la pâte au moment de la décoration, ilest évident que la porcelaine est crue, puisqu’on re-trouve l’ornementation, filets et ornements, sous descollages opérés avec la barbotine (anses et becs dethéières, etc.). A Sèvres , les peintures de ce genre exé-cutées jusqu’à ce jour l’ont été sur la porcelaine dé-gourdie, c’est-à-dire poreuse et absorbante. Pour obvierà la porosité, pour en détruire les effets, on applique aupinceau, sur la partie qu’on veut décorer, une couchemince de vernis et l’on fait sécher.

Il faut que le vernis soit très-mince pour que sa des-truction par le feu n’entraine pas le levage de la pein-ture, soit avant, soit pendant la mise en couverte. Onpeint sur cette couche de vernis avec assez de facilitépour faire les peintures les plus délicates et les plus soi-gnées. On se sert comme matière colorante bleue d’unmélange à parties égales d’oxyde de cobalt anglais etde sable quartzeux. On le broie finement sur une glacepour l’employer comme les autres couleurs. Quand lapeinture est finie, on la laisse sécher, puis on la passenu moufle pour détruire le vernis qui empêcherait la

Acide stannique. . .

Chaux.

Silice.

Alumine.

Eau.

Oxyde de chrome . .Chromate de potassePotasse et perte. . .

couverte de prendre également sur toute la pièce. Nousavons fait connaître en quelques mots l’espèce de four-neau dans lequel sc fait cette calcination. La pièce doitêtre cuite dans le four au grand feu, bien encastée dansde bonnes cazettes avec toutes les porcelaines à cuire.Dans ces conditions particulières, la peinture, qui étaitnoire entre les mains de l'artiste, sort du four d’un bleutrès-agréable, uniformément glacé.

Comparés aux bleus de même sorte appliqués surles porcelaines de la Chine , nos bleus sont plus pâleset moins nets, plus nuageux. On peut attribuer cet effettant à la cuisson moins développée qu’exige pour êtrecuite la porcelaine de la Chine qu’à la nature particu-lière de la matière cobaltifère; cette combinaison duminerai de cobalt, dans laquelle est engagé l’oxyde, scnomme en Chine thsing-hoa-liao.

Des spécimens intéressants de la fabrication deM. Haidingcr d’Elbogen, exposés à Londres en 1851,ont démontré qu’il était possible de tirer un parti très-avantageux de la décoration en bleu sous couverte etd’obtenir des effets plus nouveaux. Le Musée céramiquede Sèvres a fait l'acquisition de plusieurs pièces de cettefabrique, bien réussies, présentant des dessins bleus,avivés çà et là par de la dorure et des couleurs demoufle.

Des faïences en très-grand nombre, d’origine an-cienne, persane ou arabe, sont décorées sous cou-verte par des méthodes analogues qui consistent à dé-poser sous la glaçure des traits ou des aplats colorésau moyen d’oxydes de cobalt, de cuivre, de chrome oude fer chromé, du jaune d’antimoine, etc.: par la fu-sion de la glaçure, ces oxydes se fondent et donnent àla pièce une certaine harmonie qui peut être parfaite-ment imitée. Il suffit d’ajouter aux oxydes ou sels enquestion, préparés à l’état de pureté par les méthodesconnues des chimistes, leur poids ou la moitié de leurpoids d’un fondant contenant :

Borax. 50

Sable. 100

Minium.200

Nous terminerons les détails relatifs aux oxydes parquelques dosages propres à la fabrication de plusieursdes poteries colorées dans la masse que le commerceoffre au consommateur. Sans vouloir entrer dans le détail des fabrications grossières qui se préparent avecdes terres naturellement colorées, nous indiqueronsquelques compositions propres à la décoration :

1° Des grès ;

2° Des porcelaines tendres;

3° Des porcelaines dures.

Grès. — On colore la pâte des grès en bleu, en vert,en gris, en noir avec les dosages qui suivent :

Grès bleu vif. . .Grès bleu pâle . .Grès vert foncé. .Grès vert pâle . .

Grès vert bleuâtre .Grès noir ......

. 0,050 oxyde de cobalt.

. 0,005 oxyde de cobalt.

. 0,010 oxyde de chrome.

. 0,003 oxyde de chrome.

0,003 oxyde de cobalt.

0,003 oxyde de chrome.0,000 oxyde de manganèse.0,060 oxyde de fer.

Pâtes de porcelaine tendre française. —La porcelainetendre peut être colorée par divers oxydes en bleu, envert, etc.

1° Pâte turquoise. Cette pâte doit cuire au feu d’oxy-dation. On fait fritter:

Protoxyde de cuivre. 5

Carbonate de soude. 18

Sable blanc. 77