Pour dorer la porcelaine dure, c’est ce fondant qu’onemploie ; pour dorer la porcelaine tendre, on ajoutedu borate de plomb préparé par voie de précipitation.
On a remarqué que l’or ne s’employait avec facilitéque lorsqu’il avait séjourné quelque temps sur la glaceen mélange avec les essences qui doivent en faciliterl’application ; il coule mieux et donne alors un matbeaucoup plus brillant que lorsqu’on l’applique immé-diatement après le broyage. Il 11 e faut pas le broyeravec trop d’essence grasse, qui donne un or trop minceet comme lavé.
Pour obtenir l’or avec économie, mais en memetemps avec solidité, plusieurs procédés ont été propo-sés; ils rendent la dorure plus durable sans en aug-menter beaucoup le prix.
M. Rousseau pose une première couclie de platinemêlé de fondant qu’il recouvre d’une couche très-mince d’or métallique. Ce procédé donne une doruresolide, mais qui, à l’usage, ne conserve pas une belleteinte, la couleur de l’or étant modifiée par celle duplatine que l’usure fait apparaître.
Le procédé de M. Grenon consiste dans l’applicationsuccessive de deux couches d’or chacune avec un fon-dant particulier et dans des proportions différentes. Lapremière couche est cuite à une température élevée ;ou la polit avec du grès, puis on applique par-dessusune couche mince d’or au mercure, préparée et cuitecomme à l’ordinaire. Cette dorure se brunit avec faci-lité et prend un bel éclat. Des expériences faites à Sè-vres ont permis de constater qu’elle résistait à des frot-tements par des corps durs qui altèrent profondémentla dorure ordinaire.
La dorure de M. Grenon emploie 0 f ,LI5 d’or pourune douzaine d’assiettes à filet d’une ligne de largeur ;le prix des assiettes en est augmenté do 6 fr. par dou-zaine.
La dorure do Paris emploie seulement 0 sr ,212 pardouzaine d’assiettes; elle est faite par l’or au mercureet se paye 4 francs. L’élévation du prix de la dorure deM. Grenon est justifiée par la grande quantité d’oremployée et par les doubles frais de posage et decuisson.
Lorsqu’on veut obtenir de l’or beau mat, il faut avoirrecours au procédé sur lequel nous reviendrons plusloin, et qui donne sur la porcelaine mise en couverte,c’est-à-dire à glaçure brillante et polie, l’or brillant ausortir du moufle.
On peut encore faire usage de ce que l’on nommel’or en coquille. Cet or n’est autre, ainsi qu’on le sait,que l’or battu, très-pur, aussi pur qu’il est possible del’avoir, et déchiré sur une glace au moyen d’une sub-stance soluble à l’eau bouillante, telle que lo sucre, lesel ou le miel ; de là le nom d’or au miel qu’on a donnépendant longtemps à cette préparation. Le nom d’oren coquille lui vient de ce que l’usage s’est établi de levendre dans des coquilles de moule. Le broyeur le plusexercé ne peut guère broyer plus de CO grammes dansune journée de travail; appliqué sur porcelaine dure,cct or doit se cuire avec la plus grande précaution, gé-néralement beaucoup au-dessous du feu de dorure or-dinaire.
On a fait un très-grand usage de l’or en coquillepour la dorure de la porcelaine tendre ancienne deSèvres . Lorsque l’or dont on se sert ne contient aucunalliage ou lorsqu’il ne renferme que quelques millièmesd’argent, on a de la dorure riche et très-éclataute.
Le délayant de l’or en coquille est souvent de l’eaumiellée ou de la gomme ; le miel a deux inconvénientsassez graves : il attire les mouches qui, avec leurspattes, l’étendent partout, enlèvent la finesse des dé-tails et font disparaître l’assurance de touche du do-reur. En second lieu, il est fermentescible et les gazqui se développent dans l’acte de fermentation soulè-
DKCORATION CÉRAMIQUE. F il
vent l’or et s’opposent à son adhérence avec la porce-laine.
La gomme a moins d’inconvénient, mais elle doitêtre employée très-fluide avec circonspection. Danstous les cas, qu’on fasse usage de gomme ou de miel,il faut n’appliquer la dorure que sur des parties entiè-rement dépouillées de corps gras. L’or se lèverait parécailles et ne tiendrait nullement.
Il est préférable pour délayer l’or de faire usage dumordant du Frère Ilippolyte, additionné d’un peu degomme arabique dissoute; on le nomme mucilage pourl’or. Voici les dosages qu'il convient de prendre; onpèse :
Oignons épluchés. 430 irr.
Ail épluché. 430
on les fait bouillir avec 3 litres de vinaigre qu’on ajoutelitre par litre; on fait réduire à petit feu jusqu’à ce quela matière devienne poisseuse; on met infuser alorsdans le mélange 250 grammes de gomme arabique ; onpasse à travers un linge; on exprime pour recueillirtout le jus; on filtre sur du papier en étendant avec assezd’eau pour que le liquide puisse s’écouler facilement;on concentre enfin les liqueurs jusqu’à consistance siru-peuse.
Pour faire la dorure des imitations du vieux Sèvres ,on prépare de l’or en coquille avec un métal allié parune fonte préalable d’un millième de cuivre. L’or, pen-dant le laminage et le broyage, conserve le cuivre qui,sous l’influence du feu, s’oxyde et communique à ladorure un aspect terne que les amateurs attribuent àla vétusté de la pièce.
Argent. —11 existe maintenant dans le commerce,surtout dans le commerce de Paris , des pièces de por-celaine dure dont la principale décoration consiste dansdes ornements et des fonds comme guillochés d'argentmat. Ce mat métallique, d’un beau blanc, relevé par desornements en bleu ou en toute autre couleur éclatantequi l’accompagne ou l’entoure, produit sur l’œil uneffet très-agréable et offre à la première vue comme unéclat de nacre pale, c’est-à-dire qui ne projette aucunecouleur irisée. Cet argent, préparé par M. Rousseau,de Paris , peut fournir un bruni dit à l’effet très-distinctet très-riche, jouissant de l’avantage précieux de résis-ter à l’action de l’acide sulfhydrique contenu dans l’air.
La résistance à l’action délétère des émanations hy-drosulfurées les plus fortes tient à la superpositiond’une légère couche d’or, ainsi que M. Brongniart l’afait connaître. On étend au pinceau une couche très-mince d’or sur l’argent dont la pièce est recouverteavant de passer au feu de moufle ; puis, on fait fondre àl’aide de l’action d’une chaleur d’un rouge cerise lepeu de fondant qui fixe ces deux métaux sur la porce-laine.
Le succès complet de cette argenture dépend de l’ha-bileté pratique de l’artiste et de plusieurs précautionsempiriques dont voici les principales : l’argent doit êtredissous dans un acide étendu de beaucoup d’eau, pré-cipité lentement par le cuivre et complètement lavé ; ilfaut que cet argent, mis sur le blanc (le la porcelaine ousur un fond de couleur dure ne contenant aucune cou-leur tirée de l’or, soit placé épais et visqueux ; qu’on lolaisse pendant vingt-quatre heures dans cet état avantd’y mettre la légère couche d’or dissous dont ontloit lacouvrir, enfin que le tout soit cuit modérément.
Les métaux sont délayés dans des essences et appli-qués soit à la main, soit par impression sur la poteriequ’ils doivent décorer. On fait un grand usage de l’or àl'état de filets. Ces filets se font rapidement au moyende la tournette. Un plateau reçoit la pièce parfaitementcentrée ; il tourne sur un axe qu’on peut élever à vo-lonté par le moyen d’une vis placée dans un renfle-ment convenablement placé. La douoinc qui limite itv-