MAUX.
EAUX.
Nous ne parlerons pas ici de l’acide carbonique quise trouve à l’état de combinaison dans les sels de l’eau.Nous n’aurions rien d’utile à ajouter à ce qui a été dità propos des carbonates de chaux ou de magnésie. Nousreviendrons dans un instant sur ce gaz simplement dis-sous dans l’eau.
Nous passerons également sous silence les substancestelles que le brome, l’iode, le fluor, etc., qui existentdans les eaux en quantités excessivement petites. Noussommes assurément très-porté à leur attribuer une im-portance hygiénique considérable ; mais cette influencen’a pas encore été suffisamment étudiée pour que l’onpuisse la démontrer avec un degré absolu de certitudeet de netteté.
Nous arrivons donc à l’examen d’une deuxièmeclasse de matières solides contenues dans les eaux natu-relles. Ce sont les matières organiques. Ces substancessont peut-être les plus importantes à étudier. Malheu-reusement les données scientifiques manquent presquetotalement à leur égar' 3 parce que la marche suivie jus-qu’à présent dans les analyses les altère profondément,une longue ébullition les détruisant en partie, commeje m’en suis souvent assuré.
I)’un autre côté, les chimistes, jusqu’à présent, sesont bornés à chauffer au rouge le résidu de l’évapo-ration des eaux, et à compter comme matière organi-que la perte éprouvée par le précipité pendant cettecombustion. On dose ainsi, en général, la matière orga-nique trop haut, parce que l’on perd en même tempsqu’elle l’eau fortement retenue par certains sels, lesulfate de chaux par exemple, qui ne perd la totalitéde son eau qu’à une température qui détruit la ma-tière organique. Certains chlorures se volatilisent ouse détruisent à la même température, ainsi que les ni-trates. 11 faut donc, pour étudier sérieusement les ma-tières organiques des eaux, en faire l’analyse élémen-taire. C’est ce que je fais maintenant pdr une méthodenouvelle ; mais les résultats obtenus à cet égard ne sau-raient encore trouver place ici.
Les eaux destinées aux usages domestiques ne doi-vent renfermer que des quantités excessivement fai-bles de matières organiques. La qualité de l’eau estd’autant meilleure que cette proportion est plus faible,toutes choses égales d'ailleurs. C’est une condition queles eaux des principales villes de l’Europe sont mal-heureusement bien loin de remplir.
Tout le monde connaît, sous ce rapport, la mauvaisequalité des eaux de Londres . Elles conservent, sou-vent, même après une filtration, une coloration sensible.Abandonnées à elles-mêmes pendant quelques jours, ils’y développe un nombre immense d’animaux mi-croscopiques et même des insectes visibles à l’oeil nu,ainsi que le constatent les enquêtes de 1852. Leurodeur est sensible pour les étrangers.
Les eaux de Paris sont assurément bien loin d’êtredans d’aussi mauvaises conditions, quoiqu’elles lais-sent, sous ce rapport, beaucoup à désirer. L’eau pui-sée à Chaillot, la plus mauvaise de Paris à cet égard,est très-chargée de matières répugnantes ; en basseseaux surtout leur proportion devient assez grande pourêtre facilement appréciable. Cependant, cette eau bienfiltrée ne se corrompt que fort lentement. La matièreorganique des eaux de Paris se distingue surtout decelle des eaux de Londres par l’absence presque com-plète de germes d’animaux.
Les eaux stagnantes, celles qui traversent les ma-rais, etc., se chargent toujours de matières organiques,principalement d’origine animale, auxquelles on at-tribue en partie, non sans raison, les fièvres et l’étatmaladif des populations qui les consomment ; je pour-rais en citer de nombreux exemples. En Chine on fait,dit-on, toujours bouillir les eaux de cette espèce quelquetemps avant de les boire. A l’époque du choléra, plu-
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sieurs médecins de Londres recommandaient la mêmeprécaution. Elle paraît, en effet, très-rationnelle. L’ébul-lition anéantit le principe de la vie dans les germesvégétaux ou animaux que renferme l’eau; elle coagulecertains composés analogues à l’albumine, qui se pré-cipitent par le refroidissement; elle détruit enfin avecle temps les matières organiques de l’eau, ainsi qu’onl’a déjà fait remarquer.
La filtration à travers des couches de sable et d’ar-gile peut également purifier l’eau de certaines ma-tières organiques dissoutes, en même temps qu’elle sé-pare les corps solides, comme nous l’expliquerons enparlant de cette opération.
On trouve dans certaines eaux une matière orga-nique particulière, qui sc précipite en flocons rou-geâtres par l’action de l’oxygène de l’air. On désignequelquefois ces eaux sous le nom d’eaux ferrugineuses, àcause de la couleur des dépôts qu’elles produisent, bienqu’elles ne renferment que fort peu de fer. Les eaux decette nature s’améliorent, comme les eaux incrustantesde nature calcaire, par l’exposition et l’agitation à l’airet peuvent alors devenir très-convenables pour l’ali-mentation des villes.
Les drainages exécutés dans certains terrains tour-beux riches en oxyde ou en sulfure de fer, donnentsouvent des eaux tellement chargées de la matière dontnous parlons qu’elle bouche les tuyaux d’une ma-nière plus ou moins rapide. L’étude de ces obstruc-tions explique très-bien la purification, par leur expo-sition à l’air, des eaux dont nous parlons. Quelquesexplications à ce sujet ne seront pas déplacées ici.
La composition des dépôts est nécessairement assezvariable : elle dépend sans doute de la nature du soltraversé par les eaux qui les produisent. D’un autrecôté, les dépôts sont presque toujours mélangés méca-niquement en proportions indéterminées, mais souventconsidérables, d’argile, de sable fin, de détritus de vé-gétaux, etc.
Pour donner une idée des différences de compositionqui existent d’un échantillon à l’autre, nous rapporte-rons les trois analyses suivantes :
Sable fin et argile insolubles
I.
IL
HL
dans l'acide chlorhydrique. .
<7,00
29,75
76,75
Alumine.
3,67
3,75
5,75
Oxyde de fer.
37,67
49,70
4,75
Carbonate de chaux.
6,33
8,48
3,66
Carbonate de magnésie. . . .
0,00
3,24
4,14
Eau combinée, substances non
dosées et matières organiquescombustibles, non compris
l’azote . . . ,
!. 34,67
3,07 7,55
Azote . . . . .
2,01 0,40
400,00
100,00 100,00
Il serait difficile de tirer de ces chiffres, sans uneétude plus détaillée, des renseignements bien utiles. Hn’en est pas de même des faits suivants, dont on ap-préciera facilement l’intérêt pratique.
Lorsqu’on recueille un dépôt récent et l’eau mêmeau sein de laquelle il se forme, il suffit de jeter le toutsur un filtre pour obtenir un liquide parfaitement clair.Ce liquide, renfermé dans des flacons entièrementremplis et bien bouchés, ou placé dans une atmosphèredépourvue d’oxygène, conserve indéfiniment sa trans-parence. Exposé à l’action de l’oxygène pur ou del’air atmosphérique, il se trouble au contraire en quel-ques instants et laisse déposer la matière ocreuse quiforme la base des obstructions dont nous nous occu-pons.
On débarrasse facilement de ce liquide; par quelqueslavages à l’eau pure, le dépôt recueilli dans les drainsou dans les fossés de décharge. Par son exposition à