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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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ÉMAILLAGE.

ÉMAILLAGE.

énumérées contiennent souvent de l’oxyde de fer, tan-tôt libre, comme les rouges, tantôt en combinaison,comme le3 bruns, les ocres et les noirs.

Lorsqu’on fait usage de blanc pour empâter la pein-ture, comme le blanc est en général une couleur dure,c’est-à-dire difficile à fondre, il faut cuire fortement lapièce pour faire glacer la couleur et lui faire prendre unglacé complet. Dans ce genre de peinture, il faudra doncne se servir que de bruns composés obtenus par les mé-langes de pourpre et de jaune foncés et violet d’or ; lesrouges devront être obtenus par le mélange des pour-pres et des jaunes mêlés ou par superposition. La pa-lette devra donc être simplifiée, et nous n’aurons àfaire qu’un emploi très-restreint des couleurs de fer,bruns, ocres, rouges et gris. Faute de se conformer àcette recommandation, on «court le risque de perdre lamajeure partie de'sa peine. Si certains points exigentl’application de ces deux derniers tons, il faut les ré-server pour la dernière retouche et cuire en quelquesorte exprès, c’est-à-dire à la température la plus bassepossible.

Lorsqu’on fait une peinture aquarellée, la mêmeprécaution n’est plus de rigueur; on peut faire usagede toutes les couleurs dont la préparation précède,parce que le feu qui doit les parfondre n’est pas aussivif; il faut toutefois ne pas perdre de vue que les cou-leurs ne possèdent pas par elles-mêmes assez de fon-dant pour glacer sous une épaisseur telle que l'influencede la pâte ne se ferait plus sentir snr la surface supé-rieure de la peinture. 11 faut donc être très-sobre desépaisseurs exagérées pour avoir le glacé qui séduit surles porcelaines tendres et les émaux.

MÉTHODES PRATIQUES DE L’ÉMAILLAGE.

Les procédés employés pour faire l’application surl’émail ou sur la pâte des divers composés que nousvenons d’apprendre à composer sont nécessairementvariables avec les composés vitrifiables eux-mêmes. Lescouleurs, que nous avons nommées parémaux, sontfinement broyées, appliquées au pinceau, rendues adlié-sives par des huiles fixes ou des essences grasses, etsous le rapport de leur application, nous ne saurionsmieux faire que de renvoyer à l’article Décoration

DE LA PORCELAINE.

Quant aux émaux proprement dits, opémauxoutrans-émaux, qu’il faut coucher sous une épaisseur consi-dérable pour obtenir le ton, l’éclat et le glacé désiré,on ne saurait les employer par ces méthodes, qui s’é-loignent de l’industrie pour constituer l’art abstrait.On a recours à des voies et moyens beaucoup plusexpéditifs que nous allons examiner succinctement.

Les émaux, opaques ou transparents, sont broyéssous l’eau, en poussière qui ne doit pas être trop fine.On a remarqué que les poussières trop fines ne four-nissaient que des émaux louches, sans transparence.L’air dont cette poussière est mouillée ne se dégage-rait-il pas aussi facilement que lorsqu’il peut s’échap-per librement. Quoi qu’il en soit, le broyage des émauxqu’on applique sur les métaux autrement qu’au pin-ceau mérite une grande attention. On l'exécute dansun mortier d’agate, à l’état humide, en frappant sur lepilon avec un maillet de bois pour briser et non pourécraser. La poussière trop fine est lavée par l’acide ni-trique, puis à l’eau pour éliminer toute impureté. Lesémailleurs prétendent que s’ils négligeaient le lavageacide, les émaux perdraient toute leur limpidité ; celavage est d’ailleurs répété chaque fois que l’émail estresté abandonné longtemps sous l’eau. Il serait possiblequ’il ait pour effet de détruire les carbonates de plomb etd’alcalisqui seforment par suite de l’altération du verresous l’influence de l'air et de l’humidité. S’il en étaitainsi, on comprendrait qu’en négligeant cette précau- Ition, ces carbonates, à la température de la cuisson, I

puissent dégager l’acide carbonique sous l'influence dessilicates non altérés , et que cet acide carbonique res-tant interposé dans la masse vitreuse communiquel’opacité, les nébulosités dont on cherche à se garantir.

Lorsque la pièce qu’on veut émailler est coupée sui-vant les contours qu’elle doit avoir, on la décape en lafaisant bouillir avec du carbonate de potasse et en la frot-tant avec des cendres chaudes, puis on la lave avec del’acide sulfurique étendu d’abord, et ensuite avec de l’eaupure. On l’essuie promptement en évitant de la toucheravec les mains. On la dessèche promptement en la plon-geant dans de la sciure de bois.

Pour étendre l’émail, lorsqu’il est broyé, onle coucheau moyen d’une petite spatule sur les points qui doiventêtre recouverts. L’eau, dont l’émail est imbibé, faciliteune extension égale ; on ressuie l’ouvrage en le mettanten contact par un point avec une étoffe de toile peuserrée qui, par capillarité, s’imbibe et sèche la pièceémaillée ; on régularise ensuite la surface émaillée enpromenant la partie plane de la spatule. On laisse sécherà l’air libre et on porte à cuire dans le moufle.

Ce premier travail ne peut donner qu’un émail incom-plet, les grains de la matière vitreuse laissent des videset des épaisseurs qu’il faut égaliser. On le fait par l’ap-plication d'une seconde couche d’émail placée delà mêmemanière.

La seconde couche régularise la surface ; elle fait appr,-raître des bulles, des grains. Une pièce bien établie acdoit présenter aucun défaut, ni fentes ni bouillons; ilfaut faire disparaître les défectuosités apparentes et pré-venir celles qui peuvent se développer dans la suite dutravail.

A cet effet l’émailleur est toujours muni de râpes, delimes, de burins, de poinçons en acier très-dur. Il crèveles bouillons, fait sauteries grains, use et polit les exu-bérances, fouille les crevasses et rebouche toutes les ca-vités au moyen de l’émail en poudre, qu’il 6*agit de cuireà nouveau pour obtenir une soudure complète avec lesparties voisines.

Lorsque la pièce à mettre en émail doit présenter unegrande surface unie, on préfère poser les couches suc-cessives de l’émail par saupoudration au tamis, quelque-fois sans intermédiaire, ce qui vaut mieux, quelquefoisaprès application d’une liqueur légèrement agglutina-tive. Il faut alors que cet intermédiaire (sorte de mor-dant) reçoive l’impression de la chaleur sans fondre nibouillonner, et qu’il disparaisse en totalité par le faitde son passage dans le moufle.

Quand l’émail a été couché sur les parties qui doiventêtre émaillées, on s’assure si toute la pièce est parfai-tement sèche avant de la porter au moufle. Nous nodécrirons pas cet appareil que tout le monde connaît.Nous nous bornerons à dire que le moufle ne reçoit devariations dans sa forme que lorsqu’il doit être employépour l’établissement de grandes pièces. Il a dans ce casl’aspect d’un demi-cylindre couché, librement ouvertpar les deux extrémités ; des portes, placées en avantet en arrière du cylindre, se manœuvrent au moyen deleviers et de contre-poids pour être ouvertes et ferméessuivant les besoins. Cette disposition permet à la plaqued’entrer par une ouverture, l’antérieure, par exemple,pour sortir par l’autre , 3a postérieure. Le maniementdes plaques est facilité par des chaînes qui maintiennent,suspendues au plafond, les tenailles dont l’émailleur faitusage, et la plaque elle-même est d’ailleurs dirigée dansson mouvement de progression par un chariot qui glissedans des rainures ou sur des saillies analogues aux voiesferrées. Ce chariot est aussi dirigé par une table àroulettes glissant sur des rails à demeure sur le sol del’atelier. La hauteur de cette table est exactement celledu fond du moufle. Une table identique, disposée surI la face postérieure du moufle, attend le chariot à sa sortieI du feu. Les trappes qui fonctionnent comme portes