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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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ÉMERAUDE.

ÉMERAUDE.

sont baissées pendant que la pièce reçoit îo coup de feuvoulu. La température est de la sorte régularisée danstoute la capacité du moufle.

Il faut, pour cuire de grandes plaques, des outils par-faitement aménagés, et, de la part de rémailleur, uncoup d'oeil exercé. C’est au jugé qu'il quitte le feu. Letravail est rendu facile, lorsque les émaux sont com-posés de façon à glacer tous en même temps. L’indéci-sion du cuiseur est grande lorsque quelques points gla-cent avant les autres : il hésite dans la crainte de brûlerles portions déjà fondues, en attendant la fonte decelles qui paraissent rebelles.

C’est à cause de ces considérations, très importantespour les pièces de grandes dimensions, que l’émailleurdevrait savoir composer lui-même tous les matériauxqu’il met en œuvre; il s’affranchirait ainsi de bien desembarras et d’une infinité de causes de déchets, en ré-gularisant sa fabrication. A ce titre, les documentscontenus dans cet article peuvent avoir leur valeur.

SALVÉTAT.

ÉMERAUDE. Nous avons donné sous ce titre unaperçu de la valeur des pierres précieuses connues sousle nom d’émeraudes dans le commerce de joaillerie(voyez émeraude, 2 e édition de ce Dictionnaire);nous allons le compléter par un exposé sommaire d’untravail important publié par M. B. Lewy, dans lesAnnales de physique et de chimie , t. LIIÎ, p. 55. Aprèsavoir confirmé la composition de l’émeraude, M. Lewytrouve la preuve dans ses analyses que ce minerai estformé par la réunion d’équivalents égaux de bisilicated’alumine et de bisilicate deglucine, comme Klaproth et Berzélius l’avaient observé déjà; le titane et l’oxydede chrome sont au nombre des éléments accidentels;le point le plus remarquable du travail de M. Lewy estla constatation de l’eau et d’une matière organique àlaquelle il faudrait attribuer la coloration de l’éme-raude.

Lorsqu’on calcine une émeraude, tantôt en présenced’un courant d’azote, tantôt en présence d’un courantd’oxygène, on constate dans le premier cas un dégage-ment d’eau, et dans le second formation simultanéed’acide carbonique et d’eau. En présence de la petitequantité d’oxyde de chrome que l’analyse a fait recon-naître dans cette matière, on se demande s’il doit êtrela cause de la coloration. M. Lewy ne le croit pas; ilpréfère l’attribuer à la matière organique volatile.Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que l’oxyde dechromeadans certaines circonstances un pouvoir colo-rant très-considérable, surtout quand il entre en com-binaison.

Le travail que nous venons de citer doit avoir pourconséquence de fixer l’opinion des géologues sur l’ori-gine de ces matières qu’on regardait comme de natureignée ; la présence des matièrse organiques assigneraitau contraire une origine aqueuse aux émeraudes cris-tallisées.

Émeraude (Vert d’émeraude). — Le commerce descouleurs pour peinture fine fournit sous le nom de vertémeraude une magnifique couleur d’un vert très-solide;o’est de l’hydrate d’oxyde de chrome, dont la décou-verte remonte à plus de vingt-cinq ans, mais dont onn’a publié jusqu’à ce jour aucun mode de préparation.M. Pannetier a donné son secret à M. Binet, son aidede laboratoire, qui depuis longtemps en tire parti. Con-naissant l’inventeur etle fabricant, jen’ai pas cru devoirfaire connaître le procédé que j’ai trouvé par hasard enpréparant des matières vitreuses boraciques pour untout autre objet. En annonçant la publication prochained’une méthode propre à l’obtention d’une couleur vertetrès-employée dans l’impression sur étoffes, M. Ba-reswil me fournit l’occasion de faire connaître les ob-servations que j’ai faites sur l’bydrate de sesquioxydede chrome, vert bleu de M. Chevreul.

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Je ne dirai rien de ses propriétés nettement définiesdans le traité des couleurs de M. Lefort. Cet oxyde sedécompose facilement en perdant son eau, lorsqu’on lechauffe, il perd son éclat et devient brun. Il n’est doncpas produit dans les conditions annoncées par l’auteur.Lorsqu’on calcine à une chaleur d’environ 500° unmélange d’acide borique et de bichromate de potasse,il y a dégagement d’eau, d’oxygène et formation d’unborate double de sesquioxyde de chrome et de potasse.

8 (BoO 3 , 3 IIO) + *2 (Crû 3 ) KO = 6 (BoO 3 ) Cr 2 O 3+ 2 (lioO 3 ) IvO + 24 HO + O 3 .

Ce borate double en contact avec l’eau se détruit, ilse dissout de l’acide borique, du borate de potasse,et le sesquioxyde de chrome se combine avec l’eau pourformer un hydrate qui a pour formule ;

Cr 2 O 3 2 ( IIO ).

La décomposition par l’eau se manifeste par un chan-gement dans la teinte du mélange calciné, et par ungonflement considérable du produit obtenu. On variela nuance de ce vert en ajoutant au mélange, avantcal-cination, du nitrate ou du chlorhydrate d’alumino.

M. Guignet, répétiteur à l’École polytechnique , afait breveter, l’année dernière, avant toute publication(ce qui réserve entièrement tous ses droits que je meplais à reconnaître le premier), cette même méthode,qui lui permet de préparer, en grand, pour les besoinsde l’industrie, le magnifique vert de chrome hydratédont l’usage est actuellement répandu sur les tissusd’Alsace par les importantes maisons de Kœclilinfrères, Steinbach-Kœchlin, Dollfus-Mieg , etc. Quel-ques essais ont été demandés sur papier par M. Ba-reswil à la maison bien connue Zuber de Rixhcim.

Les procédés de M. Guignet sont en exploitationdepuis sept mois dans l’usine de M. ICestner à Thann ,où la fabrication régulièrement installée fournit auxbesoins de l’industrie des toiles peintes.

On opère en grand dans un four à réverbère; la cal-cination du mélange mis en bouillie épaisse parla quan-tité d’eau voulue s’effectue avec un boursouflementsensible, en prenant une teinte foncée d’un très-beauvert d’herbe ; on la retire avec un ringard pour laplonger dans l’eau pendant qu’elle est encore rouge ;elle s’y désagrégé ; on épuise par l’eau bouillante avantde pulvériser dans un appareil à gobilles. Les eaux delavage sont évaporées et décomposées par l’acide chlor-hydrique qui régénère l’acide borique, dont îa majeurepartie rentre ainsi dans la fabrication, et qui n’agit enquelque sorte que comme agent provocateur de laréaction.

L'oxyde de chrome de M. Guignet est livré mainte-nant à la consommation, soit comme couleur à l’huile,soit comme pâte pour les imprimeurs d’indiennes. Dansle premier cas, on le fait sécher, puis on le réduit enpoudre; dans le second, on introduit la pâte directe-ment dans les appareils à broyer. Ainsi préparé, ce vertest propre à l’impression de toute espèce de tissus parles procédés dont l’emploi repose, pour fixer les cou-leurs minérales insolubles, sur la coagulation de l’albu-mine par la chaleur.

A îa date du 11 mai 1859, MM. Kestner, de Thann ,avaient déjà produit près de 2,000 kilogrammesd’oxyde de chrome hydraté. Cette couleur, qui avaitencore l’année dernière conservé le prix de 140 fr. lekilogramme à l’état sec, se vend en pâte au prix de10 fr/le kilogramme, contenant 37, 50 pour 100,d’oxyde de chrome hydraté, ou 30 p. 100 d’oxyde dechrome anhydre. On régénère 63 p. 100, de l’acideborique employé, la vapeur d’eau qui se dégage dansla réaction en entraînant une grande partie.

Cette couleur éminemment solide, d’un vif éclatqu’elle conserve à la lumière artificielle, peut former,avec les jaunes d’application, des mélanges dont îapureté primitive n’est nullement altérée. Sortie du la-