ÉVAPORATION.
255
obtenir du valérianate de soude. 11 suffirait, pour obte-nir L’acide valérianique, de décomposer ce sel par l’a-cide sulfurique ; mais on peut employer directement levalérianate de soude pour la préparation de l’éther.
Kn effet, on prend -1 partie en poids d’huile dopommes de terre, qu’on mélange avec précaution, avecune quantité égale d’acide sulfurique; on ajoute 1partie 1/2 de valérianate de soude bien sec, et l’onmaintient quelque temps la liqueur au bain -marie. Enajoutant de l’eau, l’éther se sépare; on le purifie,comme on a fait pour les composés précédents. 11 fautéviter avec soin de chauffer trop fort.
Lorsqu'on étend cet éther de cinq à six fois son vo-lume d'alcool, on obtient un produit qui prend uneodeur de pomme très-agréable.
Essence de cognac, essence de raisin. — La composi-tion de ces essences n’est pas aussi bien déterminée quecelle des précédentes. M. Hoffmann pense qu’ellesconstituent un éther ou un mélange d’étliers de la sérieamylique. Le rapport du jury de l’exposition de Lon-dres , dont M. Hoffmann faisait partie, en parle dansces tenues : Un examen superficiel de ces huiles a dé-montré, d’une façon indubitable, que c’était des com-posés nmyliques dissous dans une grande quantitéd’alcool, et il est curieux de voir une substance (l’huilede pommes de terre) qu’on élimine avec le plus grandsoin dans la fabrication de l’eau-de-vie, à cause de sadétestable odeur, venir, sous une autre forme et enminimes quantités, fournir le parfum meme de l’eau-de-vie à celles qui en manquent.
Ces essences sont, en effet, employées, en Alle-magne surtout,- h. donner l’arome de l’èau-de-vie deCognac aux eaux-de-vie de mauvaise qualité.
M. Hoffmann, qui a bien étudié la question de cesessences artificielles, pense que bien d’autres étherspourront donner des résultats semblables; il signalesurtout l’éther caprylacétiqne découvert par M. Louis.D’un autre coté, The american annual of discovery assureque l’on peut, au moyen de certains éthers, produirepresque tous les parfums : l’essence de géranium, l’ex-trait de mille-fleurs, etc. ; mais il n’indique pas quelssont les corps que l’on peut employer dans ce but.
Huile artificielle d’amandes amères ou essence de mir-bnne. — Cette essence n’appartient plus à la série deséthers, c’est un composé d’un tout autre ordre. Elleprovient de l’action de l’acide nitrique sur la benzine,et les chimistes la désignent sous le nom àenitro-benzine.MM. Hoffmann et Mansfield ont, les premiers, signaléla présence de grande quantité de benzine dans l’huilede houille; c’est de ce moment (184-9) que date lafabrication sérieuse de l’huile artificielle d’amandesamères.
La méthode employée, en Angleterre, pour sa pré-paration a été établie par M. Mansfield, et est très-simple. Son appareil consiste en lin large tube de verreayant la forme d’un serpentin; à sa partie supérieureil se bifurque, et chacune des deux branches porte unentonnoir. Un filet d’acide nitrique concentré coulelentement par l’un des entonnoirs; l’autre fournit labenzine. Les deux liquides se rencontrent à la bifur-cation, et l’attaque s’opère avec dégagement de cha-leur. En suivant le serpentin, le nouveau composé serefroidit; on le recueille à l’extrémité inférieure.- Lanitro-benzine ou essence de inirbano ainsi obtenue abesoin d’ètre purifiée; pour cela, on la lave à l’eau,puis avec une- solution alcaline.
La nitro-benzine ainsi préparée ressemble beaucoup,par ses caractères physiques, à l’essence d’amandesamères; elle est employée, dans l’industrie, pour par-fumer les savons, et il est probable qu’elle est suscep-tible d’autres applications.
ÉVAPORATION. Nous avons décrit en détail, à
l’article Sroni:, l’appareil Pegrand, qui emploie la va-peur d’eau comme moyen do chauffage : par son pas-sage à travers les liquides, et sa condensation par lecontact des nouveaux jus avec les tubes dans lesquelscircule la vapeur produite par l’ébullition des jus su-erés. Cet appareil réunit les conditions de bon travailet d’économie qui en ont fait le succès ; toutefoisdepuis quelque temps, un appareil combiné par unFrançais , M. Rillieux, et adopté dans les sucreries dola Louisiane , est venu lui disputer la palme, et avecle même soin apporté dans la construction, en propor-tionnant convenablement les diverses parties qui lecomposent, doit donner une plus grande économie decombustible d'après les principes sur lesquels reposeson fonctionnement. Pour analyser les différences qniexistent entre ces deux appareils, nous emprunteronsàM. Claudel (formules, etc.) un exemple d’évaporationde jus sucrés par la vapeur, sans supposer aucun ap-pareil spécial.
Soit à concentrer en une heure 5,000 kilog. doclairce, c’cst-à-dire de sirop avant la cuisson. Ce sirop,composé ordinairement dans les raffineries de 30 par-ties d’eau pour 70 parties de sucre, pour être amené à47" de l’aréomètre, degré ordinaire de concentration,perd à peu près 1b p. 100 d’eau; ce qui fait 750 kilog.pour 5,000 kilog. de sirop. La température d’ébullitionde la elairce étant de 110° et sa chaleur spécifiquemoitié de celle de l’eau, la quantité dé chaleur néces-saire pour élever la température de 5,000 kilog. de 20". . 3,000 x 80
a 100" est---= 225,000 unités, ce qui cor-
respond b la chaleur dégagée par la condensation do225,000
—■ = 409 ll ,1 de vapeur d’eau. La quantité totale
de vapeur à fournir pour élever la température de laclairce de 20" à 110" et lui faire perdre 15 "/.d’eauest donc 750 -f- 409,1 = 1159,1 kilog.
Cet exemple montre tout l’avantage des dispositionslo l’appareil Degrand, imitées de celles qui avaient sibien réussi dans les appareils de distillation. On voitque, théoriquement, en employant des étendues de sur-face de condensation suffisantes on pourra économiser"toute la chaleur nécessaire pour échauffer la clairce,employer pour cela la chaleur latente de la vapeur dé-gagée par la cuisson, c’est-à-dire danç l’exemple pré-cédent économiser 225,000 unités de chaleur, l’équi-valent de 409 kilog. de vapeur.
Telle est l’importante économie que l’appareil doDegrand permet de réaliser. Toutefois il ne semble pasimpossible de diminuer encore la quantité de chaleur né-cessaire pour effectuer la cuite de la clairce. Le progri spossible repose sur l'emploi de l'évaporation à de bas-ses températures, dans le vide. Plus limitée dans lapratique pour les raffineries, l’économie possible esttrès-considérable lorsqu’il s’agit de jus sucré ne ren-fermant qnc 10 p. 100 de sucre. C’est, en effet, dansles sucreries de la Louisiane plutôt que dans les raffi-neries que l’application de ces idées a été faite parM. llillieux. Son appareil a parfaitement réussi, eton voit que, dans le cas d’oxtraction du sucre poul-ies proportions indiquées, ce serait environ 4,000kilog.à vaporiser et non plus 750 kilog., étant d’ailleursà remarquer que l’abaissement du point d’ébulli-tion croît rapidement avec la diminution de la richessesaccharine de la liqueur. C’est par une espèce de rotationde la vapeur, rendue utile par l’interposition des surfa-ces métalliques, et rendue possible par l’abaissement dupoint d’ébullition, par la diminution de pression qu’o-père l’appareil Rillieux et un autre appareil fonction-nant d’après les mêmes principes qu’avait construit, peude temps avant sa mort, l'habile M. Peequeur.