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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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HUILE DE SCHISTE.

en France , et auquel l’Angleterre doit une partie de saprospérité.

Autun est situé dans un immense entonnoir, forméde toutes parts par les montagnes du Morvan, qui nelaissent absolument passage qu'à la rivière de TArrouxqui reçoit, en définitive, toutes les eaux, quelquefoisfort abondantes, qui tombent au milieu de cette cein-ture de montagnes : le tiers au moins de cet espaceest formé de terrain qui recèle des schistes bitumi-neux, bien que d’une manière discontinue et en amasisolés, qui ne forment qu'une minime partie de la su-perficie totale.

C’est presque, en France , le seul gisement importantde cette matière, et encore bien que beaucoup d’autreslocalités renferment de puissantes mines de schistesbitumineux d'une formation beaucoup plus moderne,ces schistes n'ont pu jusqu’ici être employés à la fabri-cation d’huiles propres à l’éclairage.

Et ce qu’il y a do très-remarquable à cet égard,c’est que cette matière, si abondante à Autun , soitdéjà très-rare et presque exceptionnelle dans le bassinhouiller de Blanzy, qui n’est séparé de celui d'Autun que par quelques montagnes de granit. On n’y trouvepresque partout que le schiste houiller ordinaire, qui yaffecte cependant un caractère un peu different. A cettefameuse mine de Saint-Bérain, par exemple, si célèbrepar certaines infortunes que tout le monde se rappelle,la texture du schiste est littéralement formée de débrisde roseaux, tout aussi rapprochés que le sont les tigesvégétales dans une botte de foin.

Dans une autre localité, aux environs de Montet-aux-Moines, dans l’Ailier, des schistes bitumineux moinsabondants, mais plus riches en bitume, présentent surune assez grande surface un caractère un peu différentde ceux d'Autun , avec lesquels ils contribuent déjàdepuis plusieurs années à fournir des huiles propres àl’éclairage. Là, les schistes sont de véritables dalles,et, sous le nom d’olivandes, sont depuis longtempsemployés à divers usages. Taillés en plaques minces,et do toutes dimensions, qui s’élèvent quelquefois jus-qu’à 8 ou 10 mètres carrés pour une seule dalle, ilssont fort recherchés pour cet usage, et les débris de lataille sont employés au chauffage des habitants pauvresde la localité; car, par la grande proportion de bitumequ’ils renferment, ces débris sont jusqu’à un certainpoint propres à entretenir le feu, surtout si on les mé-lange avec la mauvaise houille des environs.

Telle est cette matière qui ne sc trouve réellementdans eet état que dans les deux localités que nousvenons de désigner, ou, si on la rencontre ailleurs enpetite quantité, toujours est-il qu’aujourd’hui encoreelle n’y est point exploitée.

Dans Ta description de son brevet du 14 novembre1838, M. Selligue indique les procédés d’épuration quilui paraissent les plus convenables, et classe ainsi lesmatières utiles qu'il était parvenu à isoler les unesdes autres :

•1® Huile brute, propre à la fabrication du gaz;

Huile rectifiée, propre à la combustion dans deslampes ;

3° Goudrons susceptibles des mêmes applicationsque les goudrons végétaux ;

4° Graisse minérale dont l’emploi n’est pas encorebien défini.

Jusqu'alors le produit le plus important consistaiten cette huile brute que M. Selligue employait à car-burer le gaz hydrogène qu’il produisait par la décom-position de l’eau dans son usine des Batignolles, et unepartie servait également à l’usine à gaz de Dijon .

Ce fut seulement à l’exposition de 1839 que lesproduits de M. Selligue se présentèrent avec quelqueimportance, et l’on y remarquait déjà, quoique enpetite quantité, quelques échantillons de parafine,

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substance grasse d’un blanc parfait, plus transparent 0que le blanc de baleine, qu’il obtenait, comme les pré -cédcntes, du traitement des huiles brutes obtenues parla distillation en vases clos des schistes bitumineux.

Mais M. Selligue recherchait peut-être trop cesproduits accessoires de faible importance, parmi les-quels nous pourrions encore citer une matière colo-rante assez riche, et son esprit aventureux ne se bor-nait pas volontiers à la seule fabrication des produitsréellement industriels : l’huile d’éclairage est encore leseul de ces produits qui soit franchement entré dans laconsommation.

La matière première, le schiste, n’est exploitée jus-qu'ici qu’à ciel découvert, et la résistance de cettematière, dans toute autre direction que celle du délit,ne permettra peut-être jamais de songer à un autremode d'exploitation. A l’aide de coins et de leviers, onla débite généralement en plaques de cinq à dix centi-mètres d’épaisseur, et de toutes dimensions dans lesautres sens. Cette dimension est assez indifférente,puisque les plaques sont destinées à être cassées enfragments plus petits encore que ceux qui servent àl'entretien de nos routes; ce cassage s’opère comme àl'ordinaire à l’aide de petites masses, et il importequ’il soit effectué à couvert; l’excès d'humidité pour-rait nuire au rendement dans les opérations suivantes,et notamment dans la première de toutes, la distillationen vases clos.

Cette opération consiste en une véritable distillationdans des cornues de fonte d’un grand volume, quis’élève quelquefois jusqu’à un mètre cube pourchacune.

Un grand nombre de dispositions ont été proposées ;mais celle qui parait jusqu’ici préférable avec le chauf-fage à feu nu, et c’est la seule qui ait donné de bonsrésultats en pratique, est celle-ci : Six cornues sem-blables sont placées verticalement dans un mêmefourneau carré, portant à ses quatre angles quatrefoyers différents, alimentés avec de la houille engénéral d’assez médiocre qualité, parce qu’il se trouveque c’est celle-là que l’on rencontre aux environs desschistières : les produits des quatre foyers qui agissentsimultanément se rendent dans une cheminée unique,et des carneaux sont convenablement disposés pourque la flamme circule autour de toutes les.cornues et ymaintienne une température uniforme.

Les cornues, de forme cylindrique, sont placées ver-ticalement et portent, haut et bas, de larges ouverturespar lesquelles s’opèrent le chargement et le décharge-ment; des appendices métalliques, sous forme de cloi-sons, partent des parois métalliques extérieures, et sontdestinées à porter la meme température jusqu’au centrede la masse, malgré le peu de conductibilité pour le ca-lorique de tous les petits fragments de schiste qui com-posent le chargement, et un tuyau central maintenulibre sert à recueillir les produits gazeux et les vapeurshuileuses qui se forment pendant la distillation. Ce sontces vapeurs qui, conduites dans des barillets convena-blement placés et suffisamment refroidis, s'y conden-sent sous la forme liquide, et constituent, avec les pro-duits ammoniacaux qui les accompagnent, les élémentsvéritablement utiles de la fabrication.

Malheureusement le rendement est assez peu consi-dérable sur les meilleurs schistes, qui, en Saône-et-Loire surtout, varient beaucoup d’un lieu à un autre,souvent aussi suivant les couches dont ils proviennent.Telle couche est même si pauvre qu’il faut renoncer àl’employer.

Lorsque les feux sont bien actifs, douze heures suffi-sent pour effectuer une opération à laquelle succède,sans interruption, une opération nouvelle.

C’est déjà une difficulté que d’obtenir, à une tempé-rature élevée, une obturation complète pour de grandes