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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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INJECTEUR.

INJECTEUR.

V8

Une autre tige à vis E, terminée d'un bout par uncône, et de l’autre par une manivelle M, en reçoit lemouvement, et sert à régler ou même à intercepterentièrement le passage de la vapeur qui vient de' lachaudière.

Un tuyau d’aspiration G plonge dans la bâche, etconduit l'eau aspirée par l’injecteur à l’extérieur dutuyau C.

JJ est un ajutage divergent qui reçoit l’eau amenéepar le tuÿau d'aspiration, et à laquelle la vapeur de lachaudière, en s’échappant par le bout conique du tubeC, imprime une grande partie de sa vitesse en secondensant. Cet ajutage va en augmentant de dia-mètre du coté de la chaudière, et il est muni d’unclapet de retenue qui empêche l’eau de sortir du géné-rateur quand l’appareil ne fonctionne pas. Un bouchonà vis Q permet de visiter à volonté le clapet. P est untuyau qui conduit ensuite l’eau d’alimentation dans lachaudière.

11 y a enfin un tuyau de trop-plein ou de purge IC;par lequel s’écoule l’excès d’eau que l’appareil peutaspirer.

La marche du système est facile à comprendre. Ladistance entre la bague II et l’extrémité conique dutuyau C, doit être réglée en raison du volume d’eauà introduire dans la chaudière en un temps donné ; ellene doit jamais être moindre d’un centimètre. Le le-vier L et sa vis permettent ce règlement. L’eau nedoit jamais sortir par le tuyau de purge K quandl’alimentation fonctionne.

Lorsque l’appareil ne fonctionne pas, la tige à vis EEest à foivd dans le cône et intercepte entièrement lavapeur. Dès qu’on fait faire un tour à la manivelle etque la vapeur, à la pression de la chaudière, s’échappeavec une très-grande vitesse par l’ouverture coniquedu tube C, elle fait le vide dans l’espace annulaireresté au milieu de la bague II ; l’eau de la bâche monte,appelée à une hauteur de 3 ou 4 mètres : le jet devapeur qu’elle rencontre là se condense immédiate-ment, et en même temps cette vapeur imprime auvolume d’eau appelé une vitesse et une force vivetelles, que celle-ci soulève le clapet et pénètre dans legénérateur. La vitesse de la colonne d’eau introduiteest même telle que l’on est obligé de prendre des pré-cautions pour ne pas produire des désordres à l’intérieur.des chaudières.

Manœuvre de l'appareil. — La section annulaire quisert de passage à l’eau étant réglée à un centimètre parexemple, qui est la section minima, et la tige à vis et& cône étant serrée à fond, à l’aide de la manivelle,pour intercepter le passage de la vapeur :

Ou ouvre le robinet B de la chaudière ; puis on faitfaire un tour à la manivelle pour donner passage à lavapeur qui s’échappe avec vitesse et qui entraîne l’aircontenu dans le système. Le vide se fait dans le tu} T aud’aspiration, et l’eau qui monte remplit l’espace annu-laire et condense la vapeur en s’échauffant.

Aussitôt que l’eau est arrivée et coule par le tuyaude trop-plein, on fait faire plusieurs tours à la mani-velle, de manière à ouvrir entièrement le passage devapeur.

L’eau qui sortait par le tuyau de trop-plein entrealors dans la chaudière, en vertu de la force vive et dela vitesse que lui a imprimées la vapeur.

On reconnaît que l’eau pénètre dans la chaudière àun sifflement particulier facile à reconnaître.

On doit régler le volume introduit en manœuvrantle levier L et ouvrant ou fermant plus ou moins lepassage de l’eau, de manière que rien ne sorte par letuyau de purge; un regard R, qui est à l’origine dutuyau divergent, permet de voir le courant alimentaireinjecté dans la chaudière.

Applications de l'appareil. —M.L.Bougère, ingénieurà Angers , a publié, en 1859, un mémoire sur l’injec-teur de M. Gifiard dans lequel la question des applica-tions est traitée d’une manière complète.

11 fait remarquer que les jets de vapeur n’ont étéutilisés jusqu’à ce jour dans les générateurs que commesifflets d’alarme et comme moyens de tirage pour leslocomotives; l’injecteur en est une nouvelle et impor-tante application.

M. Bougère signale quatre applications d’une grandeutilité :

1° A la navigation à vapeur;

2° Aux locomotives;

H" Aux machines fixes des usines ;

4° A des usages divers.

Alimentation des bateaux à vapeur. —Les pompesqui alimentent les chaudières sur les bateaux à vapeuront le. défaut de ne plus fonctionner quand le bateauest arrêté, à des escales ou autrement ; ce qui force àjeter inutilement dans l’air la vapeur produite en excès,par suite de l’arrêt des machines.

L’injecteur remplacera très-avantageusement lespompes alimentaires pour les petits bateaux, et per-mettra d’utiliser à l’alimentation la vapeur en excèsdéveloppée au moment des stoppages. Sur les grandssteamers, on remplacera par un appareil simple et peucoûteux le petit cheval de 12 à 15 chevaux de puis-sance qui sert à alimenter les générateurs de mer, petitcheval qui occupe beaucoup de place et coûte très-cherd’entretien comme de graissage.

L 'injecteur servira aussi, au besoin, de pompe de cale,et, pendant les combats, il enlèvera très-rapidementtoute l’eau qui pourrait entrer à bord par une grandevoie d’eau due à un boulet. Il servira aussi de pompeà incendie, et aucun incendie naissant ne pourra ré-sister à son énergie.

Alimejitation des locomotives. — L’utilité de l’injec-teur est encore plus grande ici. Les pompes alimen-taires des locomotives ne peuvent fonctionner etalimenter le générateur que quand la locomotive mar-che. Il faut donc pour alimenter, quand un convoi estarrêté, faire courir la locomotive seule sur la voie,ou s’exposer à des dangers. Plusieurs explosions pro-duites après un repos eussent été sûrement évitées parl’emploi de cet appareil.

L’injecteur, au contraire, alimente sans moteur, sansque la locomotive se déplace, en utilisant l’excès devapeur qui se produit lors des arrêts ; de plus, lespompes alimentaires ordinaires marchant à la vitessodes locomotives, c’est-à-dire à deux cents tours aumoins par minute, sont dans de mauvaises conditionsde service et d’effet utile, les clapets se dérangeanttrès-fréquemment à cette vitesse et s’usant très-vite.

Dans les machines à cylindres extérieurs, les pompesinstallées en dehors gênent beaucoup, et seront très-heureusement remplacées par l’injecteur. L’emploi surles machines du chemin de l’Est de l’injecteur Giffarda tout à fait réussi ; pendant les froids intenses notam-ment, on a bien apprécié sa supériorité sur les pompesalimentaires dont les gelées empêchent le bon fonction-nement.

Alimentation des machines fixes des manufactures. —Avec l’injecteur, on alimentera à bon marché; onsupprimera alors les pompes alimentaires, qui sonttoujours un outil sujet à dérangement. Dans beaucoupd’ateliers, on se sert de chaudières à vapeur sans ma-chines à rotation, comme pour les marteaux-pilons, lesraffineries de sucre, etc.; l’injecteur rendra les plusgrands services. Il remplacera avec grand avantagedes retours d'eau très-compliqués et chers de construc-tion et de service.