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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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MENUISERIE-ÉPÉNISTERIE.

MEXUISEPJE-EüÊNISTERIE,

mécaniques est une chose fort anciennement connue,surtout pour la boissellerie. L’application au placageen avait également été laite par M. Picot, à une dateancienne, mais ces essais avaient présenté des incon-vénients tels (pic l’ébénisterie en avait toujours re-poussé les produits, fabriqués d’ailleurs eu petite* di-mensions et pour des usages assez restreints.

On comprend l’importance qu’il y a, lorsqu'on em-ploie des bois d’un prix élevé, à ne pas faire de pertecomme dans le débitage à la scie, dans lequel l’épais-seur du trait, c'est-à-dire de la perte, se rapproche decelle du bois utilisé.

C’était donc un problème fort curieux à résoudre,s’il était possible, que de remplacer la scie par un cçm-teau qui ne laisse pas de déchet. Voici comment étaitdisposée la machine mise à l’Exposition de 18.",5 parM. Garand.

Le bois, passé à la vapeur, est placé sur une tablehorizontale qui s’élève à volonté. Deux crémaillèrespoussent horizontalement un bâti armé d’une lame deG",40 de longueur; cette lame est placée obliquementpar rapport au mouvement qu’elle reçoit; à chaquecourse, elle détache une feuille de bois.

Dans la machine construite antérieurement à la pré-cédente, et sur laquelle nous allons donner quelquesdétails, le meme inventeur s’était proposé de découperles feuilles circulairemcnt, et, à eet effet, il donne aucouteau un mouvement de translation, pendant que lebois reçoit un mouvement de rotation.

La grande difficulté était d’avoir un couteau très-mince de tranchant, n’éclatant pas des bois très-diffi-ciles à couper, et cependant présentant une rigiditécomplète pour ne pas s’engager ou être repoussé.M. Garand l’a bien résolue. Les feuilles sont d’uneépaisseur très-égale et fort bien coupées; do plus, lebois n’est pas brisé, ce qui était un point indispensablepour la vente des produits. Il y a donc là un serviceimportant rendu à une industrie fort étendue et évitantune perte de matière première d’un prix élevé. Il sem-ble que cette machine offre le seul moyen d’employeren placage certains bois précieux, qui ne se trouventpas en grandes dimensions et qui par suite ne peuventêtre obtenus ainsi que par le déroulement spiral dela feuille. C’est en effet ce résultat qui a fait le succèsde cette machine, car îe bois gardant, relativement àcelui débité à la scie, une certaine élasticité, des fibreslongues, exige au placage une meilleure colle et plusde soins au polissage.

Ce n’est guère, dit M. Poncelet, avant les années4 S49 à 1851 queles machines construites par cet artiste,avec une remarquable précision, purent fonctionnercouramment et d’une manière vraiment profitable aupoint de vue commercial; ce qui jusqu’alors n’avaitpoint eu lieu pour les petites machines à dérouler lebois de Pape ou de Faveryer, et ce qu’elles doiventprincipalement à la disposition ingénieuse du couteau,imitée toujours de celle de la varlope, mais où l’onaperçoit de plus, comme dans la scierie de M. Frentz,l’emploi de deux règles biseautées en fer, serrant for-tement entre elles la lame effilée et amincie jusqu’au-près du tranchant, tout en l'empêchant de mordredans la Lille de hois au delà de l’épaisseur jugée danschaque cas nécessafre. Cette épaisseur est ici d’ailleursréglée par l’avance continue d’un large chariot hori -zontal en fonte, à patins et coulisses à grains d’orge,conduit parallèlement par une vis centrale, et portantl’outil soutenu, épaulé de distance en distance par deforts étriers postérieurs à vis de serrage, cette fois dis-posé presque verticalement et tangcnticllement à labille de bois, de manière à agir non plus au sommet,mais latéralement à cette bille, qui, en tournant lente-ment au-dessus d’une bassine à eau clnmde, où ellebaigne légèrement, est simplement montée, aux deux

bouts, sur de fortes pointes de tour, pyramidales etmunies de croisillons variables do forme, de dimen-sion, avec le diamètre de cette même bille, à laquelle,selon la couleur, la contexture ou l’essence, l’applica-tion de l’eau chaude et le déroulage qui tend à ouvririntérieurement les fibres lors du redressement perma-nent des feuilles destinées au placage, ne laissent pasque de faire subir certaines modifications plus ou moinsfavorables, et qui probablement se reproduisent, maisavec moins d’intensité ou de persistance, dans le tran-chage à plat des bois.

Quant aux arbres moteurs du tour, ils étaient, dansccs premières machines de M. Garand, mis en rota-tion de part et d’autre de la bille au moyen de rouagesdentés solidaires et symétriquement situés, soutenuspar des poupées verticales, l’une entièrement fixe,l’autre, à suspension supérieure, susceptible d’être dé-placée latéralement ou horizontalement d’après la lon-gueur de la pièce à dérouler, mais dont l’arbre cen-tral, fileté à vis, pouvait lui-même glisser, recevoir undéplacement relatif longitudinal dans l’intérieur dumoyeu de la grande roue motrice, enveloppant exté-rieurement les filets de vis, auxquels il était simple-ment uni par tin tenon glissant dans une feuillure rec-tiligne pratiquée au travers de la partie carrée et sail-lante de ces mêmes filets. 11 est sans doute peu néces-saire d’ajouter que, dans cette ingénieuse machine,l’avance de la vis horizontale, conductrice du chariotporte-outil le long de ses coulisses, est subordonnée à larotation même de la bille, au moyen d'engrenages, depoulies à cordons sans fin, dont il est toujours facile defaire varier les rapports de vitesse proportionnellementà l’épaisseur qu’il s’agit de donner aux feuilles de pla-cage à dérouler; mais il importe beaucoup, au con-traire, de faire remarquer qu’ici la marche de l’outil àinclinaison transversale légèrement variable au moyeude vis do rappel, pour régler la profondeur du mor-dant ou de la prise, ne serait point suffisamment assu-rée*si, à l’imitation jde ce qui avait lieu dans la ma-chine primitive de M. Pape , la partie extérieure oudétachée des feuilles n’était soutenue, au point mêmeoù s’opère le déroulement de la bille, à l’aide d’unbutoir à talon arrondi dont la position, par rapport antranchant de l’outil, toujours réglée au moyen de visde rappel, détermine en réalité l’invariabilité de l’épais-seur des feuilles.

Malgré la complication apparente de la machine àdérouler do M. Garand et sa cherté relative, consé-quence inévitable de tout système de construction enfer et en fonte, elle parait destinée à rendre d’utilesservices à l’industrie du placage, du moins si l’on enjuge d’après les résultats qu’en obtient depuis plusieursannées M. L. Maréchal dans ses ateliers de la rue deChavonne, à Paris , où une puissance de six chevaux-vapeur, appliquée à une machine de cette espèce, pro-duit journellement, et sans déchet appréciable, desfeuilles de plus de 2 mètres de largeur sur H'O mètresde longueur, tirées de billes d’essences diverses, à rai-son de 30 au pouce, vendues aux ébénistes du faubourg.Saint-Antoine et de l’étranger même, sous la forme derouleaux découpés en volutes ou spirales, et toutesprêtes à recouvrir par le collage des surfaces d’uneétendue pour ainsi dire quelconque. Un atelier de pa-reilles machines, dont le couteau et la bille marchentavec une vitesse relative d’environ 8 mètres par mi-nute, serait capable de livrer la majeure partie desfeuilles de placage nécessaires à la consommation d’uneville telle que Paris , si la demande ou la vogue s’enmêlait, et si l’affûtage trop fréquent d’aussi longsoutils, pour lequel M. Garand a imaginé une ingénieuseet simple machine où la lame, serrée entre deux mâ-choires verticales, passe et repasse horizontalementdevant des meules à rotation rapide, n’entraùiait 'les