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OUTREMER.
OUTREMER.
Voici les rapports qui nous ont été fournis pour lapréparation de l’outremer pur bleu :
Argile blanche réduite en poudre impalpable. 37
Sulfate de soude anhydre. 45
Carbonate de soude.22
Soufre pur. ,. 18
Charbon de bois. 8
100
Suivant les nuances, on augmente plus ou moins lesulfate ou le carbonate, mais en diminuant proportion-nellement l’un ou l'autre, suivant l’addition faite. Lebleu est d’autant plus riche et colorant qu’on est par-venu à y fixer une plus grande quantité de soufre àl’état de sulfure sodique. Les plus beaux bleus Gnimetrenferment de 8 à 10 p. 100 de soufre. Par l’emploidu sulfate de soude, on arrive à ce résultat. Certainsoutremers violets rosés ne contiennent que, 4 à 5. p. 100de soufre ; aussi résistent-ils mieux à l’action de l'alun.
Pour procéder à la fabrication do l’outremer, oncommence par réduire toutes les matières premières enpoudre. Elles sont ensuite mêlées. Le mélange tamiséest introduit dans des creusets pouvant contenir cha-cun de 12 à 15 kilogrammes. Ces creusets, au nombrede 150 à 200, sont placés dans un four et empilés lesuns sur les autres, de manière à ce que le fond de l’unserve de couvercle à l'autre. Quand le four en est com-plètement rempli, ils sont portés très-lentement au rougesombre et maintenus à cette température pendant deuxfois vingt-quatre heures. Le règlement de la températureest d’une importance extrême, d'elle dépend le résultatde l’opération : si elle est trop basse, la réduction dusulfate en bisulfure ne se produit pas, et l’outremer neprend pas naissance; si elle est trop élevée, l’outremerproduit se détruit et la masse fond. Pendant la réac-tion, il so dégage de l’acide carbonique et de la vapeurde soufre qui se transforme en acide sulfureux.
Au bout de quarante-huit à cinquante heures envi-ron, on laisse refroidir le four. Si Pair n’a pas pénétrédans les creusets pendant la calcination et pendant lerefroidissement, il s’est produit de Voutremer vert , mêléde bisulfure de sodium ; dans le cas contraire, unepartie de l’outremer vert et du sulfure sodique estpassée, sous l’influence de l’oxygène de Pair, à l’étatd’outremer bleu et de sulfate de soude. Dans l’un etPautre cas, si l’opération a été bien conduite, lemélange se présente sous la forme d’une masse à peineagglutinée, très-friable. On extrait ensuite cettemasse des creusets, on la lave à Peau pour enlevertoutes les matières solubles. Après dessiccation, lapoudre verte obtenue est introduite soit dans de grandscylindres de fer ou de grès, soit dans des fours qui ontla forme des fours des boulangers, et soumise là à unetempérature qui ne doit pas dépasser le rouge lo plussombre. Sous l'influence de la chaleur, il se fait uneabsorption d’oxygène, une certaine quantité de soufrese brûle, et se transforme en acide sulfureux qui devientlibre. Malgré ce dégagement, Voutremer vert , en setransformant en outremer bleu, augmente très-notable-ment de poids. Quand on opère cette transformationdans des cylindres, il est indispensable de remuer con-stamment la masse pour renouveler les surfaces, afinde mettre successivement tout l’outremer déjà chaufféau contact de Pair. Lorsqu’on se sert d’un four, onpeut se dispenser de renouveler les surfaces, à cause dela moindre épaisseur de la couche ; Pair, dans ce cas,pénètre suffisamment toute la masse. On laisse Poutre-mer ainsi exposé jusqu’à ce que l'on ait obtenu lemaximum de coloration. Ce terme s’atteint quelquefoisen quelques heures ; d’autres fois, il faut une demi-jour-née de torréfaction. L’outremer, pcndantqu’il est chaud,parait le plus souvent terne ; il acquiert un plus grandéclat pendant le refroidissement.
Sous l’influence de la chaîeuret de l’air, une certainequantité du sulfure sodique combiné s’est oxydé ets’est transformé en sulfate ou en hyposulfite, mais leplus souvent en hyposulfite. Il arrive aussi souventque du sulfure de sodium et de la soude deviennent li-bres. L’outremer obtenu doit donc être soumis à unnouveau lavage, qui doit être excessivement soigné,car la présence des hyposulfites et du sulfure sodiquolui communique des défauts très-considérables, au pointde vue de tous ses usages. L’enlèvement complet dotous ces sels, même par Peau chaude, est parfois ex-cessivement difficile à obtenir manufacturièremcnt.Aussi trouve-t-on souvent dans le commerce que lesoutremers les plus beaux exhalent une odeur d’acidesulfhydrique, ou que, mis en contactavec un sel métalli-que, ils communiquent à celui-ci une teinte grisâtreou ardoisée, défaut énorme quand il s’agit de leur em-ploi dans l'impression sur tissus mordancés à l’aide dosels métalliques. On observe également que quelquesoutremers d’une grande richesse en matière coloranteexhalent de l’acide sulfhydrique lorsqu’on les mêle àde l’huile de lin. Ce dégagement est quelquefois assezgrand pour incommoder le peintre qui se sert de cettematière colorante. Nous devons ajouter que presquetous les outremers bleu pur exposés, et nous dironsmême les plus beaux , présentent à un degré plus oumoins prononcé ce défaut. Quelques-uns, enfermésdans des bocaux , exhalent spontanément une odeurd’acide sulfhydrique; d’autres perdent leur couleurpure, qui devient ainsi légèrement ardoisée quand onles mêle à du blanc de plomb et de l’huile de lin. Il n’yen a même que trois qui aient conservé dans cet essaila pureté de leur teinte. D'autres enfin ont produitunevéritable effervescence d’acide sulfhydrique lorsqu’onles a incorporés à de l’huile de lin siccative.
En attribuant à un lavage insullisant les défauts quenous venons de signaler, nous sommes bien loin deprétendre que certains outremers, les mieux lavés, neles offrent pas à la longue. Nous sommes même disposésà admettre ce fait, mais il ne se présentera qu’au-tant que, dans la préparation de l’outremer, on auraemployé trop de sulfate et pas assez de carbonate desoude, afin d’obtenir des nuances d’un bleu très-pur oud’un bleu très-légèrement teinté de vert et excessive-ment éclatant.
L’eau dont on sc sert pour opérer le lavage doit con-tenir le moins possible de matières étrangères, et no-tamment de sels de chaux, qui ont le défaut de sc dé-poser sur l’outremer et de lui enlever une partie de sonéclat. Quelques-uns des outremers exposés renfermaientainsi du carbonate calcaire, au point de produire uneeffervescence d'acidc carbonique par leur contact avecune solution d’alun.
L’outremer tel qu’il résulte du lavage est très-gros-sier, quoiqu'il ait été préparé avec les matières les plusdivisées, mais il jouit d’un éclat très-vif et d’une inten-sité de couleur extraordinairement grande.
Pour le rendre propre aux différents emplois, il estindispensable de le porphyriser. Généralement, on exé-cute cette opération en le broyant sous des meules hori -zontales de silex. Le broyage terminé, il est convenablede le soumettre à un nouveau lavage, qui souvent en-lève des matières solubles qui ont échappé en premierlieu ou qui se sont produites par l’opération du broyage.11 ne reste plus alors qu’à abandonner l’outremer à ladessiccation de l’étuve.
De toutes les matières colorantes, il n'y en a aucunedont la consommation soit aujourd’hui aussi considé-rable que celle de l’outremer artificiel. L'inaltérabilitéde l’outremer bleu pur, sous l’influen' , e de l’air, del’eau, delà lumière, dos matières grasses, la richessede sa couleur, la beauté de sa nuance, l’ont fait em-ployer, dès l’origine de sa découverte, pmrla peinture