PHOSPHATE DE CHAUX.
PHOSPHATE DE C'IÎAUX.
415
couverte, que nous voyons certainement appelée àprendre date parmi les grands faits de ce siècle, grâcea la coopération active de la science envers laquellenous serons bientôt redevables de ce nouveau bienfait.
« Les phosphates de chaux naturels sont connusdepuis longtemps des minéralogistes sous des nomsdifférents, selon l'origine qu’on leur attribue, et aussiselon la composition qu'on leur a reconnue. On lesdésigne généralement sous les noms d'apatite, dephosphorite et de coprolithes ; mais il nous parait pro-bable que la dernière dénomination sera rejetée, car ilest encore difficile de prouver péremptoirement que lesconcrétions appelées coprolithes proviennent d’excré-ments de grandes races d'animaux disparus de la sur-face de la terre à l'époque du déluge. Déjà, en Angle-terre, où l'on exploite ces gisements depuis dix à douzeans, on leur refuse cette origine , et on les considèrecomme des phosphorites, c’est-à-dire comme un mi-nerai pur et simple.
*■ L'apatitc présente à l'œil des formes cristallinesrégulières, tandis que la phosphorite et les coprolithesn'en offrent aucune. I/apatîte est formée de 45 d'acidepho8*phoriquc combiné à 55 de chaux. La phosphoritea la même composition que le phosphate des os. c'est-à-dire 46,15 d'acide phosphorique et 53,85 de chaux.
« L'apatitc parait être le minerai le plus ancienne-ment connu parmi ceux que nous venons de désigner.Il en existe un gisement considérable en Espagne , àLogrozan et à Truxillo, province de l’Estramadure . Sacomposition , d’après une analyse faite en Angleterreen 4843 sur deux échantillons très-riches, se résumeainsi :
Phosphate de chaux . . . . 81,15 ]
Fluorure de calcium. 14,00 ( jrm
Peroxyde de fer. 3,15?
Silice. 4,70 )
« C’est là un minerai d’une richesse extraordinaire.Le banc qui l’a fourni n’a pas moins de 4 mètres d’é-paisseur, et s’étend à plusieurs milles de longueur (temille = !,609 m ,3l5). Ces intéressantes constatationsont été faites, en 1842, par M. Daubenv, professeurde chimie à l’Université d’Oxford , et par M. le capi-taine Widrington , tous deux délégués de la Sociétéroyale d’agriculture d’Angleterre. Les Anglais exploi-tent aujourd’hui l'apatite que la Suède leur fournit enquantités considérables.
« L’Angleterre possède également, dans les comtésde Suffolk, de Norfolk , du Ilertfordslùre et du Lin-colnshire, des depots do coquilles fossiles mélangées desable vert, également riches en phosphate de chaux,et qui sont devenus l’objet d’un commerce considé-rable.
« Voici dans quels termes s’explique à ce sujetM. Elie de Beaumont :
« Au commencement de l’année 4848, M. 'YYiggins<• annonça à la Société géologique de Londres que,<• près Kamsholt-Creck, Sutton et en quelques autres« points du Suffolk , on avait trouvé de grandes quan-« tités de dents, d’ossements et de substances eopro-“ Ethiques ou excrémentielles. En Angleterre , un« pareil fait ne pouvait passer inaperçu. Ces débris,» riches en phosphate de chaux, sont maintenant re-» cueillis, dit il (22 mars 4848), pour être employés« dans l’agriculture. Mais on ne s’est pas borné à les« employer en nature, et on les mode avec l’acido sul-« furique. Ce compost est devenu, dit-on, un article« régulier de commerce. Il est coté dans les annonces« agricoles et offert à raison do 6 à 7 livres sterling<■ (150 à 175 fr.) la tonne, prix qui, pour le dire en«< passant, ne s’écarterait que faiblement de celui au-« quel les résidus de noir animal sont vendus à Nantes « pour le même usage, et qui, comme ce dernier, fait
•< probablement ressortir le prix de l’acide phosplio->* rique supposé pur à environ 50 centimes le kilogr.p <« La valeur vénale de la substance étant, d’après ce« qu’on vient de rapporter, beaucoup plus grande que<« celle de la houille, c’est là un gîte minéral d’une« grande richesse et dont l'exploitation est susceptible« de donner des bénéfices considérables. *>
« Les prix indiqués par M. de Beaumont établissentla valeur agricole du phosphate de chaux en Angle-terre à raison de '23 centimes le kilogr., puisqu’unkilogramme d’acide phosphorique est contenu dans2 k ,07 de phosphate de chaux des os.
« Le sol français n'a rien à envier à scs voisins sousle rapport de ces précieuses richesses agricoles; car,dès l’an 111, le Journal des Mines signalait à l'attentionpublique un gisement de pyrites situé sur la rive mé-ridionale du l’as-dc-Calais, entre Saint-Pol et "Vissant,dans lequel M. Berthier, alors professeur rie chimie àl'Ecole des mines, trouvait des quantités assez consi-dérables de phosphate de chaux. Cette richesse enphosphates obligea même M. Elachat, propriétaire del'établissement dans lequel les pyrites étaient conver-ties en sulfate de fer commercial, à renoncer à cettefabrication, dont la marche était entravée par la pré-sence du sulfate de chaux.
« Je ne serais pas étonné, a dit plus tard l’éminentprofesseur de l’École des mines, de voir un jour l’usinoétablie par M. Flachat sur la cote de Wissant, dans lebut de traiter les pyrites en rejetant le phosphate dej chaux, relevée pour utiliser le phosphate de chaux avec| le concours des pyrites.
| « Ce coup d’œil d'un homme d’une intelligence éle-
! vée est assez remarquable, car sa prédiction est en trainj de s'accomplir.
; « On trouve également dans les Annales des Mines
(année 1820, \ te série, t. Y, page 197) que M.Bcr-thior a trouvé jusqu’ào7,3p. 100de phosphate do chauxdans des nodules de chaux phosphatée que contient lachaux chloritée du cap lu Ilève, près le Havre.
! <• Le plus important gisement est celui qui a été si-
gnalé par M. de Lanouc, chimiste-géologue à Raisinés(Nord). Il résulte, en effet, de la communication doM. de Lanouc que le calcaire ou la craie des environsde Lille contient une substance appelée /un, dans la-quelle l’analyse a révélé des richesses de 19 à 32,50 dephosphate de chaux. A l'appui de scs intéressantescommunications, M. de Lanouc a produit des échan-tillons d’une roche de cette nature, prise à une pro-fondeur de 15 à 30 mètres, formant une couchemoyenne de 0,90 d’épaisseur et s’étendant à plusieurslieues aux environs de Lille . « C’est, ajoute M. de« Lanouc, la plus considérable accumulation d’acide« phosphorique qui, jusqu’à ce jour, ait été signalée« sur le globe. » Les analyses de M. de Lanouc ontété répétées à l'École des mines par M. Kivot, et elles
ont donné les résultats suivants :
Phosphate de chaux. 38 70 j
Carbonate de chaux (craie). . 52 30 I
Argile... 4 50 >100
Eau et perte. 7 50 I
Oxyde de fer.traces. ]
<« Il est certain que c’est d’après ces indications dola science que des hommes d'action se mirent à l'œu-vre, et que M. Nesbitt, chimiste agricole à Londres ,ot MM. do Molon ot Thurneyssen, de Paris , explorè-rent le sol français , en commençant par les contréesindiquées par MM. Meugy, Sens et de Lanouc. Unpeu plus tard, M. de Molon annonça à l’Académie dessciences la découverte de nouveaux gisements d’unopuissance, d’une étendue et d'une richesse bien supé-rieures à tous ceux indiqués jusqu'ici, et présentant,en effet, un système régulier d’observations indiquant