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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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PHOSPHATE DE CHAUX.

PHOSPHATE DE CHAUX.

des recherches nombreuses, dont le résultat est l’exis-tence de gîtes immenses de phosphate de chaux danstoute l’étendue du bassin dit anglo-parisien, dont Pa-,ris est le centre, et qui embrasse trente-neuf départe-ments dans la circonférence que forment autour de Paris les villes etbourgs suivants : Honfleur, Argentan, Alen-çon, le Mans, La Flèche, Angers, Loudun , Châtellemult,Mehun, Sancerre, Auxerre , Bur-sur-Seine, Saint-Di-zier, Clermont-en-Argonne, Youziers, Uetliel, Rosoyet Aubenton.

« Enunmot, le précieux minerai paraît suivre exac-tement la meme ligne quo les bancs de craie qui, enFrance, s’étendent depuis Mézières jusque vers Bour-ges , en s’éloignant ensuite vers le nord et l’ouest,pour se retrouver dans la Seine-Inférieure et dansplusieurs comtés est de l'Angleterre; car, dans unecommunication de M. de la Tréhonnais, correspondantdu Journal d'Agriculture pratique pour l’Angleterre,il est dit que : « Des recherches sont faites maintenant» partout où la nature géologique du sous-sol fait« supposer l’existence de ces gisements phosphori-« ques; car on a découvert que ce n’est pas seulement« dans le crag calcaire des comtés de Test de l’Angle-u terre que Ton trouve les phosphates, mais aussi et*< surtout dans la couche supérieure du sable vert qui«« se trouve immédiatement au-dessous de la craie in-<« férieure, et c’est dans cette couche que nous les« avons récemment découverts en grande quantité au« pied des collines crayeuses des comtés de Hertford -«• shire et de Lincolnshire. Les phosphorites triturés et«« pulvérisés, tels qu’on les livre au commerce, don-« nent une proportion moyenne de 23 à 30 pour 100« d’acide phosphorique, ce qui donne 32 à G3 pour 100« de phosphate de chaux. »

« En France , c’est principalement dans les différen-tes espèces de craies (blanche-marneuse cliloritée) etdans une variété particulière de sable vert et d’argileque Ton trouve des rognons ou nodules, souvent em-pâtés dans la masse terreuse qui les enveloppe, et dontle volume, aussi bien que le poids, la richesse et lacouleur, paraissent dépendre de la nature des terrainsqui les contiennent. Nous en avons vu de petites mon-tagnes, et leur grosseur varie entre celle d’une noi-sette et celle d’un œuf d’autruche. Leur forme est ir-régulière, bien que toujours un peu arrondie ; les unsont l’aspect des excréments du chien, plus on moinscontournés et plus ou moins renflés ou étranglés dansleur longueur ; d’autres ressemblent à de petites pom-mes de terre ou à des rognons proprement dits ; mais,à première vue, tous les gens du monde les prendraientpour des cailloux plus ou moins réguliers. Leur cou-leur est également très-variable ; les uns ont une teinteocreuse sale ou de rouille; d’autres sont gris ardoise,ou présententune nuancevert foncé presque noire. Tou-jours ils sont recouverts d’une légère couche terreusetrès-adhérente, qui empêche de reconnaître leur cou-leur véritable, celle du vert très-foncé pour les no-dules les plus riches. Vus en masse, il est assez fa-cile de juger de leur richesse par leur couleur, carplus ils sont fortement colorés et plus ils contiennentd’acide phosphorique. Il en est de même de leur poids,toujours d’autant plus considérable que la quantitéd’acide phosphorique est plus grande. Ces nodulessont généralement assez durs, et leur dureté est en-core un indice de leur qualité. Leur cassure, d’aspectpierreux, n’offre aucun, caractère bien saillant, si cen'est, pour quelques-uns, des teintes verdâtres au cen-tre des rognons et des nuances plus grises dans le•pourtour; seulement on distingue facilement à l’œilnu des parties assez brillantes disséminées dans lamasse, et qui paraissent n’être autre chose que desgrains de sable plus ou moins gros. D’autres laissentvoir dans Tintéricnr de leur masse du gravier propre-

ment dit , des coquillages et même des fragments dobois assez volumineux et en partie péjrifiés.

« Dans sa communication à l’Académie des sciences ,M. de Molon s’exprime ainsi : D’après de nombreusesanalyses faites par M. Bobierrc, président de la So-ciété académique de Nantes , et chimiste-vérificateurdes engrais dans la Loire-Inférieure , analyses répétéesau laboratoire de l’École normaledc Paris , la richesseen phosphate de chaux des nodules de la première ca-tégorie varie entre 32 et G0 pour 100; celle des no-dules de la seconde catégorie entre 45 et G5 pour 100.Quant aux nodules de l’argile du gault, ils contiennentjusqu'à 70 pour 100.

« Le lit régulier du sable vert inférieur sc montre aujour sur une très-grande étendue. En suivant de Testà l’ouest le bord septentrional du bassin anglo-parisien,on voit ce lit affleurer d’abord sur le pourtour deTiîot jurassique du Boulonnais,'dans les communes deWissant, de Lenbringhem, dTIardinghem, de Colem-bert, de Bruncmbert, de Xottcnghem, de Vieil-Mou-tier, de Desvres, de Longuefosse, de Vierre-au-Bois,de Tingry, de Ycrlinctum, de Nesles, de Keulchâtel,et jusqu’aux bord.s de la mer.

« M. Bobierre, aujourd’hui professeur de chimie àl’École préparatoire des sciences de Nantes et chi-miste-vérificateur des engrais dans la Loire-Inférieure ,a constaté qu’au contact de l’eau chargée d’acide car-bonique les différents engrais phosphatés, en usage dansles départements de l’Ouest, cédaient leur phosphatede chaux dans les rapports suivants, pendant un tempségal :

Charbon d’os en grains. 15 millièmes.

Charrées, ou cendres lessivées. .15 —

Noirs delà clarification des sucres. 11 —

Nodules des coprolithes. 11 —

'< A l’égard des coprolithes, le résultat a été le même,soit qu’ils aient été employés dans leur état normal,soit après avoir été chauffés et refroidis brusquementdans l’eau.

« Depuis cette époque, M. Bobierre, .consulté surl’importance agricole des gisements de phosphate dochaux naturels récemment découverts, s’exprime ainsidans un rapport adressé l’Empereur :

« ...Les défrichements des landes, la culture du sar-« rasîn, des céréales et de plusieurs végétaux dans' les« terrains argilo-silicieux, réclament impérieusementa des quantités considérables d’engrais à base d’acido« phosphorique. Sous l’empire de ce besoin, les agro-« nomes anglais ont fait des sacrifices considérables.<• Ils ont envoyé leurs navires chercher des os dans« toutes les contrées qu’ils savaient en receler. Ils ont« successivement fait étudier le phosphate de chaux« très-dur et très-difficilement assimilable de l’Estra-« madure ; plus récemment ils ont découvert, sur« quelques points des comtés de Sussex et de Suffolk ,« de grandes quantités de phosphates d’origine copro-« lithe, qui sont aujourd’hui cotés en Angleterre de« 150 à 175 fr. la tonne.

« ... Je manquerais, pour ma part, aux devoirs im-« posés à ma conscience, par l’honneur que me fait Sa« Majesté en me consultant aujourd’hui, si je ne dé--< clarais, en me basant sur des études longues et ap-« profondies, que peu de problèmes économiques me

semblent plus importants que ceux qui sc rattachent« aux gisements et au commerce des engrais indus-« triels.

« ... Encourager la recherche et l’exploitation des« gisements d’acide phosphorique, protéger Taclieteur« contre la falsification des engrais, tels sont les bien-« fait3 que l’agriculture française doit solliciter avec<« ardeur du gouvernement de Sa Majesté.

« ... 11 n’y a aucune comparaison possible entre les