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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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PHOTOMÊTRIE.

PIIOTOMKTME.

L’appareil demande à Gtro dirigé avec soin, de ma-nière h viser à peu près sur les flammes; enfin il ne seprête qu’à l’observation monoculaire. Ces inconvé-nients ne se sont manifestés que par l’expérience.

J’ai disposé un nouvel appareil, en me préoccupantseulement d’illuminer les deux parties d’un mêmeécran par le rayonnement direct des deux sources quel’on veut comparer, en satisfaisant à cette conditionexpresse que les deux régions soumises aux rayonne-ments différents fussent exactement contiguës sans in-terposition d’aucune pénombre visible. La sensibilitédu procédé dépend do la disparition plus ou moinscomplète do toute limite perceptible entre les deuxrégions éclairées au moment où les deux rayonnementsdeviennent également intenses do part et d’autre.L’appareil que je vais décrire permet de réaliser assezcommodément cette parfaite continuité d’un mêmechamp illuminé localement par deux sources diffé-rentes.

Il consiste en une boîte cubique, qu’une cloisonmobile dans son propre plan partage en deux compar-timents égaux î le fond de la boîte qui fait face à l’ob-servateur est formé par un écran très-mat, dont j'in-diquerai la composition, et qui joue à peu près le rôlede la glace dépolie dans la chambre noire ordinaire. Laparoi opposée fait défaut et c’est par là que les rayon-nements des deux sources pénètrent librement et iso-lément dans leurs compartiments respectifs. On metnaturellement l’appareil dans une position symétrique,de manière à ce que la cloison médiane partage endeux parties égales l'angle formé par les rayons desdeux sources qui convergent sur le milieu de l’écran.

Dans cette situation, il peut arriver que les ombresportées de part et d’autre par la cloison sur l’écran setrouvent séparées par un espace lumineux, ou bien aucoutraire qxie ccs deux ombres empiètent l’une surl’autre ; dans tous les cas, leurs bords intérieurs seronttrès-nettement terminés. Or, comme la cloison peutêtre mue dans son propre plan au moyen d’un boutonqui fait saillie an dehors , on lui donnera la positionnécessaire pour amener exactement les deux ombresau contact. On saisit alors avec une facilité surpve-nantc le moindre excès d’intensité d’un rayonnementsur l’autre, et comme on dispose des positions des deuxflammes, on arrive à déterminer avec précision lesdistances respectives qui égalisent à l’œil les deuxmoitiés du champ, en faisant disparaître leur limitecommune. Quand cette espèce d’équilibre se trouveréalisée, il ne reste plus qu’à mesurer directement lesdistances des objets lumineux, pour en déduire le rap-port des pouvoirs éclairants.

Il ressort de cette description que l’effet produit surl’écran s’observe par transparence, comme les imagesde la chambre obscure ordinaire pendant la mise aupoint. L’analogie semblait conseiller l’emploi du verredépoli : cependant j’ai bientôt reconnu que cette sorted’écran ne possède pas assez de pouvoir diffusif, qu’ilest trop transparent; que, par suite, l’effet optique,contemplé à sa surface, dépendait trop de la positionde l’observateur, et qu’on serait exposé à porter defaux jugements. Sous ce rapport, le papier auraitmieux convenu; mais les inégalités de sa structureauraientmasquédesdifféronccs que l’œil eût saisiessurune trame plus fine et plus homogène. J’en suis doncarrivé à former cet écran d’une couche d'amidon sus-pendu dans l’eau et déposé'par le repos sur une lamede glace. Cet écran possède toutes les qualités re-quises; on peut le rendre aussi diffusif que le papier,et, de plus, il offre à l’œil toute la finesse, toute l’ho-mogénéité désirables. Le choix d’un bon écran n’étaitpas sans importance : en le formant d’une couche mateet fortement diffusive , on rend l’appréciation des in-tensités lumineuses à peu près indépendante du lieu

de l’observation. On peut, sans bouger la tête, se ser-vir indifféremment d’un œil ou de l’autre; on peut,par conséquent, observer avec les deux yeux à la fois,ce qui permet d’asseoir le jugement d’une manière pluscertaine.

Le nouvel appareil ne requiert aucune des subtilitésde l’optique moderne; la manière dont il fonctionne estaccessible à tout le monde ; il isole et rapproche leséclaircments des sources proposées; il permet de lesramener à l’égalité par de simples variations do dis-tance, et il fournit par suite le moyen d'évaluer ennombres les pouvoirs éclairants : le tout se réalise aumoyen d’une simple boîte, qu’en raison de son emploiet de sa construction j’appellerai photomètre à compastiments.

En essayant cette nouvelle méthode, j’avais princi-palement pour but de supprimer l’intervention d’unelumière accessoire ; dès lors les gaz qu’il s’agissaitd’éprouver devaient comparaître simultanément devantl’appareil et donner leurs flammes à des distances va-riables à volonté.

J’arrive maintenant à la recherche d’un moyen pra-tique pour déterminer la valeur photométrique d’ungaz en valeur absolue, ou du moins pour rapportercette valeur à quelque unité suffisamment constante etfacile à se procurer en tout temps. On a depuis long-temps proposé la bougie comme unité photométrique ;mais les variations de» cette source lumineuse sonttellement considérables qu’elles sautent aux yeux. Sil’on prend deux bougies dans le même paquet, etqu’on les mette à des distances égales au-devant duphotomètre à compartiments, on reconnaît que l’équi-libre ne se réalise que très-accidentellement; à chaqueinstant la supériorité d’éclat passe de l’une à l’autre,et l’instrument accuse presque constamment une iné-galité choquante. Cependant cette fixité que l’on cher-cherait vainement dans une bougie isolée so réaliseassez convenablement dans un système de bougies, etelle est d’autant plus parfaite que le groupe est plu»nombreux. J’ai pensé qu’en réunissant en faisceauplusieurs de ces éléments dont l’instabilité m’avaitd’abord frappé, on réussirait à former une source mul-tiple qui donnerait au photomètre le même effet qu’uneflamme simple, et qui déjà présenterait en pratiqueassez de stabilité pour être utilement employée commeterme de comparaison. Des bougies au nombre de septse groupent naturellement en faisceau hexagonal, et sil'on a soin de maintenir entre elles une distaneo d’uncentimètre, on trouve qu’elles brûlent avec une re-marquable fixité ; des courants d’air s’établissent quitendent les flammes et leur donnent plus de stabilitéque lorsqu’elles brûlent isolément. J’ai pris au hasardquatorze bougies de l’étoile et les ayant formées endeux faisceaux, j’ai placé ceux-ci à des distances éga-les en avant du photomètre. L’effet sur l’écran a étésatisfaisant, non pas que l’équilibre, ait été complète-ment et constamment maintenu, mais les différencesqui se sont montrées étaient de l’ordre de celles quiapparaissent d’elles-mêmes, lorsqu’on met deux becsde gaz dans les mêmes conditions.

Pour reconnaître jusqu’à quel point on pourraitcompter sur ce mode d’évaluation, nous avorw em-ployé une séance à évaluer les deux gaz (gaz detourbe et gaz de houille) en bougies de l’étoile aumoyen du photomètre à compartiments; la moyennede cinq déterminations a donné le bec de gaz dotourbe comme équivalant à 23 bougies 4/4 : le memebec alimenté par le gaz de la ville, à la suite du mêmegenre d’épreuves, a paru égal à 6 bougies 8/10 mes :divisés l’un par l’autre, ccs deux nombres de bougiesdonnent pour le gaz de tourbe 342, celui de la villeétant 400.

Nous avons ensuite compare directement les deux