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POTERIES.
de première nécessité, en matériaux d’une très-grandeimportance industrielle, puisqu'ils sont les auxiliairesindispensables de plusieurs grandes fabrications, enobjets d’un prix souvent considérable par suite du con-cours de l’art le plus pur et le plus élevé. Nous cher-cherons, sans revenir sur ce qui reste vrai, même danscette période de progrès, à préciser les divers pointsqui font de la fabrication des poteries un art complet,un corps de doctrine, à présenter aussi succinctementque possible la théorie des diverses opérations qui parleur réunion composent l’ensemble des connaissancesqu’on nomme aujourd’hui l’art céramique. Quelquesconsidérations générales nous mettront à même decomprendre l’avenir de l’une des plus anciennes indus-tries auxquelles l’homme ait demandé sur terre, tout àla fois, le bien être matériel et toutes les jouissances in-tellectuelles.
Les produits céramiques, en effet, considérés dansleurs applications les plus étendues, ne doivent-ils pasêtre classés au rang des plus variés et des plus impor-tants? Des rapprochements historiques d’une puissantevaleur ne les rattachent-ils pas à l’histoire des peu-ples, à celle des diverses phases de la civilisation, àcelle enfin du progrès des arts V Leur emploi fréquentdans les usages de la vie, soit comme objet d’ornemen-tation, soit comme ustensile de ménage, n’en rend-elle pas la production d’un intérêt général? Enfinpresque toutes les industries n’ont-ellcs pas avec lesarts céramiques des rapports plus ou moins directs?ignore-t-on que, par une réciprocité bien naturelle, l’artcéramique se développe et prospèi*e à son tour sousl’influence des progrès réalisés par le mécanicien, lechimiste, le physicien?
C’est grâce à la mécanique, à la chimie, à la phy-sique, que le potier de terre réalise les conditions es-sentielles de fabrication rapide, économique et régulièrequi peuvent lui assurer un bénéfice considérable ; c'estpar l’application des beaux-arts à l’industrie qu’il ob-tient des formes commodes, élégantes, et bien appro-priées aux usages que le consommateur, de plus enplus difficile, recherche et réclame.
§ I. DES POTERIES
Considérées dans leur passé , leur présent et leur avenir.
Placées sur les bords des grands fleuves, les pre-mières sociétés trouvaient dans les limons déposés parles eaux une matière ductile, facile à travailler, pre-nant et conservant sans peine une forme convenablepour contenir les grains, et acquérant assez de soliditépour pouvoir être transportée sans rupture à quelquedistance du lieu de production. A cette première pé-riode appartiennent des poteries déjà remarquablespar la forme et l'ornementation, poteries échappéespour la plupart à la destruction par une destination,je n’ose dire religieuse, qui les faisait enfouir avec ladépouille de ceux qui les avaient possédées.
Un premier progrès fut réalisé lorsqu’on découvritqu’en soumettant les vases de terre à l’action d’unechaleur intense, on leur enlevait, avec leur fragilité,l’inconvénient de se délayer dans l’eau ; il faut rap-porter à cette seconde époque toute la plastique desanciens, et les poteries attribuées à l’art italo-grec ouromain.
Mais les vases qui ne sont pas cuits à des tempé-ratures très-élevées, ou qui n’ont pas reçu d’une com-position particulière la propriété d’être imperméables,restent poreux et absorbants; un grand et'nouveauprogrès a donc été réalisé le jour où l'on a su recou-vrir les terres poreuses d’une couche vitreuse imper-méable, c’est-à-dire d’une glaçurc ; c’est alors et seule-ment alors, que les poteries ont présenté les deuxéléments des poteries modernes, le corps du vase ou
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la pâte, et la glaçure, c’est-à-dire le vernis, l'émail oula couverte.
Les premières gîaçurcs qui furent employées pa-raissent avoir été les glaçures siîico-nlcalines ; le vernisde plomb ne fut découvert que longtemps après, maisil prit alors le caractère «l’une véritable fabrication : onle fait remonter, en dehors des spécimens exception-nels qu’on peut citer, à l’année 4 283. Cette découverteest attribuée par les historiens à la ville de Scheles-tadt ; mais Passeri réclame en faveur de Pesaro , fabri-que de Toscane , l’application du vernis plombifère,d’abord sur pâte, en l’année 1 J 00, et deux siècles plustard sur engobe, en 1300. Depuis ces époques, le vernisplombeux s’est enraciné dans les usages des classespeu fortunées, contrairement aux sages principes dol’hygiène ; il résistera malheureusement longtempsencore aux tentatives faites pour le remplacer.
On ne connaissait alors que des argiles donnant aufeu des pâtes plus ou moins colorées : les vernis plom-beux, transparents et minces, étaient incapables dedissimuler la couleur de la terre ; l’introduction dol’oxyde d’étain dans la glaçure la rendit blanche, opa-que, et donna toute facilité pour cacher, sous unecouche plus ou moins épaisse d’un véritable émail, leton plus ou moins rougeâtre de l’argile cuite : lafaïence émaillée, née chez les Arabes et les Mauresd’Espagne , peut-être chez les Persans, se répandit enItalie , qu’elle illustra pendant les quinzième et seiziè-me siècles. A peu près à la même époque, la faïenceémaillée s’étendait en Allemagne à Nuremberg , quidevint célèbre ; en France , un homme estimé de tous,Bernard Palissy , créait par les seules ressources deson génie des poteries émaillées d’un genre tout nou-veau, et des faïences bien voisines par leurs qualitésdes véritables terres de pipe.
Lorsque les porcelaines de la Chine et du Japon ,fabriquées dans ce3 contrées depuis bien des siècles,furent importées en Europe, d’abord par les Portugais ,puis par les Hollandais, l’industrie des produits d’arten reçut une vive atteinte. A mesure que les porce-laines devenaient plus communes et moins chères, lafaïence abandonnée par les riches ne trouva plus quedes consommateurs ou trop pauvres ou trop indifférentspour que la fabrication pût se maintenir à la hauteurqu’elle avait atteinte pendant le seizième siècle. Biendécime maintenant de son ancienne splendeur, ellelutte à peine aujourd’hui contre les faïences fines quilui retirent la consommation populaire , comme le»porcelaines autrefois l’ont dépouillée de sa clientèleopulente; on peut prédire sa ruine complète avant la findu siècle. La supériorité, comme poterie d’usage et deluxe, des porcelaines de la Chine et du Japon ne futpas la seule cause de rabaissement dans lequel tombala faïence émaillée; l’émulation qu’excita la vue deces admirables produits do l’Orient conduisit à ladécouverte.des deux porcelaines, Tune dure, l’autrotendre. C’est en Saxe que Boètger obtint pour la pre-mière fois en Europe de la véritable porcelaine dure.Cette découverte se répandit de 1709 à 1765 dans dif-férentes contrées de l’Europe , malgré tous les effortsde l'Electeur de Saxe pour en conserver le monopole.
Plusieurs années avant qu’on découvrît en Saxe lekaolin et le secret de la fabrication de la porcelainedure, on fabriquait une poterie très-remarquable à la-quelle Sèvres doit en grande partie sa première célé-brité. La fabrication de ces deux poteries a certaine-ment été cause’de l’abandon dans lequel sont tombéesles faïences émaillées.
Pendant que le continent s’occupait de la fabricationde la porcelaine dure, l’Angleterre perfectionnait cellede la terre de pipe. L'introduction vers 1725 par Ast-bury du silex broyé dons les pâtes formées autrefoisuniquement d’argile plastique, puis les travaux do