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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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POTERIES.

POTERIES.

la't JS pour la première fois par Potter vers l’époque dela paix d’Amérique , sortirent d’assez bonne qualitéd’abord des fabriques de Montereau , dirigées par unAnglais du nom de Hall; les fabriques de Clioisy-Ie-Koi, de Creil, de Paris , de Chantilly, négligèrent leursproduits, la pfite devint de moins en moins cuite, etla glaçurc de plus en plus tendre pour épargner lecombustible. Ces éléments défectueux ne constituèrentbientôt qu’une poterie honteusement médiocre, sale etd’un mauvais usage; une seule manufacture, celle deSarrcguemines, conserva la bonne qualité de ses pro-duits et par conséquent sa réputation. Dans ces circon-stances, vers 1824, se placent les publications deM. Saint-Âmand, sur les produits anglais recueillis etexaminés par lui pendant plusieurs voyages en Angle-terre ; d’après M.* Brongniart, les premiers essais da-tent d’une manière authentique de 1824, 1827 et 1830.A cette époque, les établissements de Creil, de Mon-tereau, de Choisy-le-Roi, de Toulouse , d’Arboras et deBordeaux , ou n’existaient pas ou n’avaient rien pro-duit d’analoguc à ce que le commerce nomme actuel-lement porcelaine opaque. C’est donc aux idées répan-dues par M. Saint-Amand, et aux premières notionspubliées par lui, quelque incomplètes qu’elles aient été,qu’il est juste d’attribuer l’élan que prit dans notrepays la fabrication de ces poteries; nous pouvons dansnos expositions en suivre le développement pour ainsidire pas à pas, et les voir si mauvaises en 1829, simédiocres encore en 1831, meilleures en 1839, deve-nir dès 1814 presque irréprochables sous le rapportdes qualités intérieures et extérieures.

Mais si l’idée, pour ainsi dire théorique, appar-tient à M. de Saint-Amand, c’est à la fabrique deMontereau, puis bientôt après à celle de Creil qu’ondoit la réalisation pratique de l’idée, c’est-à-dire lavéritable introduction de la poterie dite en France por-celaine opatjuc.

En ce qui concerne plus particulièrement les faïen-ces fines, l’Exposition de 1855 a permis de constaterque les poteries à pâte fine et sonore, celles du Stat-lordshire, de Creil, de Montereau, de Mettlach , deBordeaux , de Ivéramis, réunissent un ensemble dequalités qui en font une poterie bien précieuse pourles usages domestiques: la dureté de la glaçurc, lablancheur de la pâte, la variété des formes, l'éclat del'ornementation, obtenue sous glaçures par une seulecuisson, au moyen des méthodes rnpidesde l’impression,l’ont des cailloutages une poterie bien voisine desporcelaines dures, et permettront à ces produits d’oc-cuper longtemps encore leur place sur la table desclasses moyennes, servie, il y a près d’un siècle, par lafaïence commune à glaçurc stannifere.

Cette fabrication a toujours été mise en pratique enFrance dans des établissements considérables, et c’est àcette circonstance que sont dues la rapidité des progrèsctla persévérance avec laquelle le succès a été poursuivi.La difficulté des transports, le bas prix des produits ontforcé le producteur à se placer dans des centres deconsommation, de manière à livrer ses produits sansavoir à redouter une concurrence ruineuse ou par tropmenaçante. Grâce à ces précautions, la plupart de nosfabriques de cailloutage, assurées du placement de leursproduits, montées avec des capitaux suffisants, débar-rassées d’une rivalité qui n'aurait d’autre effet que d’a-mener sans nécessité des baisses de prix malencon-treuses, sont dans un état assez prospère. Toutefois, ilne faut pas se dissimuler que la concurrence créée parle réseau de chemins de fer qui traversent la France rendra prochainement possible une lutte sérieuse en-tre nos différentes manufactures, et que plusieurspourront succomber. Les plus faibles ont d’ailleurs ledroit de compter sur l’augmentation de la consom-mation.

La véritable source de gain dans ces usines serabientôt la substitution des procédés mécaniques auxopérations manuelles regardées, il y a quelques années,comme les seules applicables à la confection des po-teries.

Les conditions d'existence des manufactures de por-celaine dure en France sont bien différentes. La fabri-cation de cette poterie n’a reposé jusqu'à ce jour quesur de petits capitaux, disséminés dans plus de qua-rante fabriques, qui pour la plupart n’ont eu qu’uneexistence éphémère, etqui passent de main en main. Lacuisson de la porcelaine au moyen da la houille, lors-que toutes les Conditions de réussite auront été bienétudiées, doit permettre un jour on l’autre, et ce journ’est peut-être pas très-éloigné, de grouper autour desmines de houille les manufactures de porcelaine. Ledéplacement progressif des fabriques, et la concentra-tion inévitable de la fabrication dans de grands établis-sements changeront radicalement sans doute la situa-tion des manufactures, alors surtout qu’on reconnaîtcomme possible*actuellement l’introduction des moyensmécaniques même dans le façonnage des pièces ; etvraisemblablement à ce moment, des recherches plussuivies, des directions de plus en plus intelligentes,ajouteront encore aux mérites déjà si grands de la fa -brication de la porcelaine française.

Dans tout ce qui précède, nons n’avons rien dit de lapoterie de terre grossière, de la poterie commune àglaçure stannifere, des grès communs vernissés ounon. Ces produits qui se font à peu près partout, et quis’adressent principalement aux consommateurs mal-aisés se consomment généralement sur place ; ilsdoivent être livrés, peut-être la faïence exceptée, à desprix tellement bas qu’il n’y a guère possibilité de lesgrever de frais de transport. Ces poteries, objet d’unefabrication journalière et considérable, sc fabriquenten nombre immense, et la quantité va toujours enaugmentant, au moins en ce qui concerne la fabri-cation française. Ce développement est remarquable,même en présence de la concurrence que l’ont aux po-teries de terre la fonte, la tôle émaillée et le fcr-blancqui, depuis quelques années, satisfont sous forme d’us-tensiles de ménage aux besoins les plus pressants desclasses les plus nécessiteuses, et sont appliqués chaquejour à des emplois nouveaux.

La faïence commune, très-répandue il a cent ans,abandonnée par le riche, lutte à peine maintenantavec les faïences fines, qui lui enlèvent la consommationpopulaire comme autrefois la porcelaine l’a privée de laclientèle opulente. Toutefois, elle voit s’onvrir devantelle un nouvel avenir ; elle cherche à pénétrer dans ledomaine de l’art et à reconquérir la position élevéedont elle eût pu ne jamais déchoir. Quoi qu’il en soit,il est certain que cette faïence a disparu en grandepartie déjà devant les terres de pipe, et celles-ci devantles cailloutages anglais . Que deviendra cette fabri-cation? Nous croyons probable que dans un avenirprochain, ceux-ci, à leur tour, perdront de leur impor-tance devantles porcelaines dures, la poterie par excel-lence pour les objets de service.

Mais en France , ainsi que nous l’avons dit à l’ar-ticle acide borique, l’existence des manufactures defaïence fine pourrait être menacée par toute crisecommerciale entravant l’entrée de l’acide borique.L’introduction de cet acide et celle du borax dans lesglaçures des faïences furent l’une des causes princi-pales de l’amélioration de ces poteries; et si d’une parton n’arrivait pas à se créer d’autres sources capablesde fournir cette matière et de suppléer à celles de laToscane , l’intérêt des consommateurs serait en droitde demander au gouvernement telles mesure qui con-duirait à leur ruine plusieurs de nos fabriques aujour-d’hui florissantes.