POTERIES.
POTERIES.
Quoiqu'il doive advenir, nous engageons les fabri-cants qui nous consultent à diriger tous leurs effortsvers l’amélioration de la porcelaine dure; la pureté desformes nous donne l’avantage sur les autres pays. Maisil ne faut pas oublier que l’Angleterre possède à la foisde grandes richesses en combustibles minéraux et tousles matériaux propres à la confection de la porcelainedure. Quant à l’économie de la main-d'œuvre, quant àl’achat des matières premières, les événements qui sepréparent en Chine et que j’avais prévus dès 4851sont peut-être de nature à donner aux porcelaines leurplus grande extension, en rendant complètement ou-vert un pays qui, convenablement exploité, doitcou-quérir et conserver le monopole de la fabrication. EnEurope , d’ailleurs, de nouveaux gîtes de kaolins sontexploités et quantité d’argiles blanches ou légèrementferrugineuses, associées à des roches granitiques eulli-samment fondantes, peuvent servir à faire à bas prixdes porcelaines communes bien supérieures à toutesles autres poteries opaques.
Dans les circonstances présentes, la fabrication de lapoterie donne lieu presque partout à des transactionsconsidérables. D’après M. Schnetz , les arts céramiquesy compris la fabrication des tuiles, des carreaux et desbriques, créeraient une valeur de 94 millions de francs.L’exportation anglaise, relevée par l’administration,porte sur des objets qui représentent 25 millions en1850 ; le chiffre s’élève à 32 millions pour 1854. L’or-ganisation céramique anglaise diffère considérablementde celle que nous avons signalée pour la France ; ilpeut être utile de la faire connaître ici. Loin d’êtreéparse sur toute la surface (lu territoire, elle se trouve àpeu près circonscrite dans la même localité qu’onnomme pour cette raison les Potteries; c’est une partiedu Staffordshire . On comptait dans cet arrondisse-ment à l’époque à laquelle j’y suis allé, pendant i’étcde '1851, sur une étendue d’environ 1 myriumètre,144 fabriques de cailloutages, grès cérames, porce-laines tendres, occupant plus de 60,000 ouvriers detout sexe et de tout âge; ce chiffre représente enmoyenne 417 individus par établissement.
Plusieurs cours d'eau, le canal du grand Tronc, lecanal de Newcastle, traversent ce canton et mènent aupied même des fabriques, les bateaux dans lesquels oncharge les produits fabriqués en échange des matièrespremières ; une circulation par voie ferrée relie encoreaux principaux points du littoral ce centre d’une fabri-cation colossale. De tels éléments de succès doivent as-surer pour longtemps un avenir prospère ; ils autorisentil redouter pour les produits des manufactures fran-çaises dans une époque assez rapprochée de nous unelutte sérieuse que nous n’aurions pas à craindre avecles autres nations.
En effet la Suède, la Norvège et le Danemark reçoi-vent des quantités considérables de produits anglais ;l’Italie que l’Angleterre approvisionne aussi de po-teries, cherche à fabriquer par elle-même, mais delongtemps elle ne peut songer à l’exportation. En Es-pagne , plusieurs fabriques cherchent à perfectionnerleurs poteries, mais dans le cas même où toutes attein-draient le développement de celle (le Séville , la con-sommation intérieure enlèverait tout, avant que lesproduits ne soient arrivés sur les marchés français . EnPortugal, les établissements de Coïmbre et de YistaÀlegre ne sauraient encore réserver pour l’expor-tation une partie de leurs faïences et de leurs porce-laines.
L’organisation céramique de la Belgique se rapprochebeaucoup plus de celle de la France que celle de l’An-gleterre; la porcelaine dure, la faïence fine et les grèsy sont fabriqués sur une grande échelle, et les con-ditions avantageuses qu’entraînent la présence simul •tanée d’un combustible de bonne qualité et de prix
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modéré, d’excellentes terres et des communicationspromptes et faciles permettront peut être un jour surnos marchés une concurrence sérieuse, au moins pourles grès et les faïences fines.
La Belgique est reliée par le Luxembourg et lesprovinces rhénanes à nos manufactures de l’Est, maisen dehors de notre frontière ; toutes les manufacturesétrangères qui de ce côté pourraient approvisionnernotre marché se trouvent placées à peu près dans lesmêmes conditions que la production belge , c’est-à-direquelles jouissent des mêmes avantages pour le trans-port, la houille, les terres et le choix des matières pre-mières. Les fabriques de Mettlach, Vaudrevange , Sept-fontaine et Keramis, sont admirablement placées pourécouler à la fois, sur les deux côtés du Rhin , aussitôtqu’il leur sera permis de le faire, les divers produitsqu’elles établissent. Quant aux pays allemauds, laPrusse, l'Autriche , la Bohême, la Saxe, leur produc-tion céramique principale est la porcelaine dure ; lafaïence et les grès que le consommateur réclame pro-viennent surtout des provinces rhénanes dont les pro-duits circulent au loin faute d’une concurrence sé-rieuse. On ne compte en dehors de Mettlach etVaudrevange que quelques petites manufactures quifassent des faïences.
Il ne saurait entrer dans le cadre de cet article defaire une histoire plus complète du passé, du présentet de l’avenir des arts céramiques. Nous renverrons lelecteur que ce sujet intéresserait à l’ouvrage importantpublié par M. Brongniart , sous le titre de Traité desarts céramiques , et aux Leçons de céramique dans les-quelles nous avons réuni tous les faits et les considé-rations qui sont tout à la fois du domaine de l’histoireet de la technologie. Nous nous bornerons à présenterici une esquisse qui pourra servir d’introduction à l’arti-cle qui a déjà paru dans ce Dictionnaire ; les diversesphases par lesquelles passent les poteries pendant leurfabrication seront étudiées et classées avec méthode etconsidérées théoriquement. Toutefois, comme depuisdix ans la science s’est enrichie de nouvelles méthodeset de nouveaux produits, nous en parlerons en tempsvoulu, tout aussi longuement que le sujet le com-portera.
§ II. DES POTERIES
Considérées sous le rapport des procédés qui servent àles produire.
Nous commencerons par introduire dans ce travailun élément de division qui n’a jusqu’à ce jour étéproposé par personne, et qui rend facile l’étude pra-tique de tous les produits céramiques : lorsqu’on exa-mine attentivement toutes les poteries, quelle que soitleur nature, quelles que soient les qualités qu’ellespossèdent, on est frappé du caractère de généralité queces sortes de produits présentent et qui permet de lesséparer en deux grandes classes : les poteries simples etles poteries composées , c’est-à-dire les poteries mates etles poteries à glaçures.
J’appellerai poteries simples, celles qui sont homo-gènes dans toute leur texture, qui présentent partout,à l’intérieur comme à l’extérieur, c'est-à-dire sur leursurface, les mêmes matières terreuses ou vitreuses,plastiques ou non plastiques, associées de la même ma-nière. Les poteries simples peuvent être formées dedivers matériaux mélangés en diverses proportions,pourvu qu’ils soient toujours réunis partout de la mêmemanière. Les poteries que j’appelle composées sontformées au contraire de matières de compositions dif-férentes, non réparties uniformément dans la masse.Dans presque toutes les poteries composées, le corps dela pièce est une poterie simple, recouverte sur toute lasurface ou sur une partie seulement de sa surface d unecouche vitreuse généralement très-mince, qui reçoit