456
POTERIES.
POTERIES.
Les poteries composées avec des argiles plastiques,avec ou sans addition de sable, ne contiennent que fortpeu de chaux; elles peuvent subir sans se déformerdes températures souvent fort élevées; les grès cé-rames fins et grossiers sont dans ce cas, et ce n’estsans doute qu’à la présence des faibles parties d’oxydede fer, de chaux et d’alcalis, qui souillent ordinaire-ment toutes les argiles plastiques, qu’est due l’appa-rence vitreuse présentée par la cassure fraîche de cessortes de poteries.
Les poteries à pâte tendre, meme d’une fabricationsoignée, renferment une proportion de chaux plus forteque la pâte des grès cérames. La chaux qu’on a mise àl’état de marne reste à l’état calcaire, lorsque la tem-pérature n’a pas dépassé celle à laquelle le carbonatede chaux abandonne son acide carbonique. Si la tempé-rature est plus élevée, la chaux existe dans la pâte àl’état de silicate de chaux ; elle ne fait plus efferves-cence. C’est sous cette forme que le carbonate dechaux persiste dans les pâtes des porcelaines dures etdes porcelaines tendres françaises. Dans ees deux po-teries, il forme une partie notable des silicates fusi-bles qui communiquent à ces pâtes, avec les silicatesalcalins, leur transparence caractéristique.
A côté de ce rôle chimique que joue la chaux dansles pâtes céramiques, il en existe un autre très-impor-tant et physique mis en lumière par l’étude des faïencescommunes. Les bonnes qualités de la faïence dépendentde la manière dont elles prennent et conservent l’émailqui les recouvre. L’expérience a démontré la nécessitéde la présence de la chaux dans les pâtes que le fabri-cant veut enduire de glaçure opacifiée par l’oxyde d’é-tain. La chaux contenue dans de bônnes faïences com-munes peut s’élever jusqu’à 0,15.
Baryte. — Quelques poteries de grès, principale-ment les grès de fabrication anglaise, admettent dansleur composition du sulfate de baryte ; l’acide siliciqueréagissant à la température de la cuisson a dû chasserl’acide sulfurique ; on n’en retrouverait la présence quedans les poteries cuites à de basses températures. Lors-qu’on fait usage de ce sel, il faut cuire dans une atmo-sphère oxydante, pour éviter la formation du sulfure debaryum.
Magnésie. — La magnésie peut remplacer, en toutou partie, l’alumine des argiles; mais on n’a pas remar-qué des qualités spéciales résultant de l’emploi de cetauxiliaire, qui n’existe généralement qu’à l’état deprincipes étrangers, au même titre que les traces dechaux et d’oxvde de fer contenus dans les argiles de lameilleure qualité.
Alcalis (potasse et soude). — Ace même titre, la po-tasse et la soude font toujours partie des pâtes céra-miques. Cuites à la chaleur des fours à porcelaine,beaucoup de pâtes prennent une cassure brillante, unetexture serrée que l’oxyde de fer seul ne donneraitpas toujours. A des températures peu élevées, l’in-fluence de ces éléments est nulle; car ils ne peuventagir que comme fondants, et provenant de poussièresfeldspathiques ou micacées, ils ne sauraient fondre tantqu’on n’atteint pas leur point de fusion, très-élevéd’ailleurs.
Si les alcalis qu'on introduit avec les argiles dans lespâtes des terres cuites, des briques et des faïences com-munes, sont en proportion minime et sans impor-tance, la présence de ces mêmes éléments dans lespâtes de porcelaine produit, au contraire, un résultattout spécial; les alcalis doivent communiquer à la pâtesa transparence caractéristique, aidée souvent parl’addition de la chaux. Les.pâtes de porcelaine dure deLimoges, de Saxe, de Berlin et de Chine , ne contien-nent en effet que la chaux introduite accidentelle-ment par les matériaux mis en œuvre ; les alcalis (po-
tasse et soude) s’élèvent de 0,12 à 0,06. C’est aussi codernier chifFre que contenaient les anciennes pâtes doSèvres , connues sous le nom de pâtes artificielles (vieuxSèvres ).
Acide carbonique. — Nous avons dit que si la cha-leur de la cuisson n’a pas été suffisamment élevée pourdécomposer tout le carbonate de chaux, une partie dece sel so retrouve à l’état de calcaire ; une autre partieexiste à l’état de silicate. Lorsqu’on traite par l’eaupure lu pâte de ces poteries, on enlève encore de lachaux, qui se trouve hors de combinaison et qui ne sau-rait exister qu’à l’état de cbau^caustique. Sous l'in-fluence de l’air, cette chaux reprend son acide carbo-nique pour se transformer en carbonate de chaux avecaugmentation de volume ; cette circonstance doit ajou-ter aux autres causes de détérioration du produit sousl'influence de la gelée; il faut donc, par une cuissonconvenable, engager la chaux décomposée dans unecombinaison plus stable avec l’aide silicique. Ces in-convénients, joints à ceux qui résultent déjà de la po-rosité, doivent se présenter dans les briques mar-neuses dont la cuisson n’aurait pas été suffisammentdéveloppée.
Acide sulfurique. — Cet acide ne peut se rencontrerque dans les poteries cuites à basse température, etdans une atmosphère oxydante ; il peut provenir dusulfate de chaux ou du sulfate de baryte. Nos expé-riences nous ont démontré qu’il n’en reste pas dans lespâtes de porcelaine dure, dont la composition comportequelquefois d’assez fortes proportions de gypse.
Acide phosphorique. — Quanta l’acide phosphorique,on le rencontre en forte proportion dans les pâtes deporcelaine tendre anglaise; il provient du phosphate dochaux, qui fait la base de ces sortes de produits. Onpeut le rencontrer aussi dans les pâtes de boutonsphosphatiques préparées avec le dosage de M. Bapte-rosse. 11 ajoute à la fusibilité et quelquefois à l’opacitédu produit, qui prend une sorte d’opalescence.
Ces considérations sur les effets produits par l’intro-duction de ces divers éléments dans les pâtes de porce-laine et des poteries moins perfectionnées nous forcentà modifier l’opinion do M. Brongninrt, qui séparait àtitre général les éléments qui composent les poteriesen principes essentiels et en principes accessoires. Il: nous semble qu’en considérant seulement comme es-sentielles l’alumine et la silice, on se ferait une idéefausse de la fabrication des produits qui, comme lesporcelaines dures ou tendres, par exemple, doivent àd’autres éléments, chaux, potasse, soude, leur trans-parence, c’est-à-dire leur caractère principal. On nepourrait comprendre la fabrication des faïences com-munes, qui ne possèdent leurs propriétés fondamen-tales, application d’un émail opacifié par l’oxyde d’é-tain, qu’à la condition de présenter à la glaçure unexcipient calcarifère.
Les pâtes cuites contiennent, en plus des élémentsque nous venons d’énumérer, un principe à peu prèsessentiel qui joue dans la fabrication un rôle impor-tant, tant au point de vue de l’économie du façonnagequ’à celui de la réussite des pièces : je parle ici del’eau.
L’eau que la chaleur chasse de sa combinaison avecle silicate d’alumine n’existe plus dans la pâte cuite,si toutefois la cuisson s’est faite au-dessus de 150 de-grés. Quelques poteries en retiennent encore environ10 p. 100, mais ces poteries sont à peine cuiles, etrien ne prouve qu’elles n’aient été simplement sou-mises à la chaleur solaire.
L’eau développe la plasticité dans les argiles ; il estessentiel par conséquent d’imbiber la pâte ; mais comme,à la cuisson, cette eau ne se dégage pas sans effort, ilest convenable de prendre, au moment de la dessicoa-