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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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SAVON.

SAVON.

conservant sa flu’.dité, elle puisse s’épurer par le repos. »Si cette épuration est complète, et si le fabricant, |décantant en quelque sorte la couche supérieure du sa-von épuré dans un réservoir en maçonnerie, appelémise , laisse au fond de la chaudière toutes les matièresinsolubles, mêlées à une certaine quantité de savonqui doit rentrer dans le roulement des opérations pourêtre épuré de nouveau, on obtient le saron blanc; maissi l’on arrête l’opération au moment où ce dépôt s’opère,ces flocons de savon insoluble de soude et d’alumine,saisis avant leur précipitation par la solidification dusavon, et disséminés dans la masse d'une manière à peuprès régulière par points, autour desquels s’est opéréel’agglomération de leurs particules, donnent lieu à cetaspect marbré régulier, qui implique la nécessité d’unesolidification assez prompte, et dès lors l’absence dansce savon d’une trop grande quantité d’eau qui l’auraitralentie. Cette marbrure, en prenant l’aspect grani-toïde, indique au contraire que le savon qui s’est soli -difié trop vite contenait moins d’eau que quand il estmarbré ; une teinte bleuâtre presque uniforme serait lapreuve d’une solidification opérée trop promptementavant que les molécules insolubles se fussent déposées,et serait l’indice d’un savon contenant très-peu d’eau.On voit donc que la forme de cette marbrure, mar-brure grenue, qui porte le nom de m<ulrure % et qu’il nefaut pas confondre avec la marbrure artificielle dontil sera question un peu plus loin, dorme au savonnier,sans autre analyse, la mesure de la régularité de la fa-brication, et au consommateur la preuve que le savonne contient pas ces excès d’eau contre lesquels il u tantd’intérêt à se prémunir, ainsi que la garantie d’avoirun produit toujours identique à lui-même. Ce savoninsoluble, qui n’est en réalité qu’une impureté du sa-von, joue, comme on le voit, un rôle très-utile; aussiles fabricants, obligés de substituer aux soudes natu-relles qui contenaient abondamment les matériaux deleur production des soudes naturelles plus pures, ont-ils généralement adopté la coutume d’ajouter auxcuites pour les produire du sidfate de fer.

Ces procédés sont-ils arrivés à leur maximum desimplicité, et doit-on louer Marseille de no les avoir mo-difiés en rien? Le raisonnement et l’expérience s'accor-dent pour montrer qu’ils sont susceptibles de quelquesaméliorations qui commencent à s’introduire dans scsfabriques en même temps que dans celles du nord dela France . Chauffage à la vapeur, addition, au tuyaud’épinage, d'un tube vertical destiné à introduire lesliquides par le bas de manière à ne pas refroidir parl’agitation la pâte savonneuse, sont des modificationsd’une faible importance; la plus sérieuse consisteraitdans une plus complète lixiviation des soudes qui per-mettrait de ne pas rejeter des masses encore alcalines,comme aussi dans une caustification de la lessive qui,contenant souvent 8 à 10 pour 100 de carbonate indo-composé, doit concentrer dans les eaux d’épinage desproduits alcalins que plusieurs fabricants de savon ontessayé d’utiliser. Les lessives, qu’il faut bien obtenirfortes en premier lieu pour que la moyenne puisse êtreemployée directement à la saponification, ne sc causti-fient jamais d’une manière complète comme les lessivesâ 8 â *0 degrés que l’on peut amener aisément à unétat de causticité presque absolue, sauf aies concentrerensuite par l’évaporation pour leur donner le degré au-quel elles doivent être pour servir à la fabrication.Cette double opération du lessivage et de la caustifica-tion se fera toujours du reste chez le savonnier d’unemanière moins parfaite que dans les usines de produitschimiques; aussi la substitution à la soude brute delessives de soudes parfaitement caustiques fournies parles grands centres de production de la soude apporteraune simplification notable dans l’art du savonnier. Larlus grande consisterait dans la suppression du sel ma-

rin, dont le rôle est inerte dans la saponification, etqui, s’accumulant dans des lessives, rend nécessairel’écoulement d’un liquide qui entraîne toujours quelquechose d’utile.

Ce n’est pas seulement avec l’huile d’olive qu’onpeut fabriquer des savons marbrés, le suif et la graissese prêtent à la même fabrication. La saponifica-tion de ces corps gras est même plus prompte,et l'empâtage indispensable pour les huiles est iciinutile. On peut donc se servir de vieilles lessivesde recuit les plus chargées pour que, la sépara-tion des corps gras et de la lessive étant constante,les matières grasses, généralement de qualité très-inférieure, ainsi lavées, puissent abandonner à la les-sive l’odeur désagréable qu’elles exhalent. Mais onconçoit que ces sortes de savons sont plus disposésà rancir, que les proportions notables de stéarate et demargarate les rendent plus grenues et dès lors plusdisposées à se laisser pénétrer par l’eau et à s’y dis-soudre sans utilité pour le lavage, qui doit surtoututiliser le savon desséché par la friction, et qu’ellesne jouissent pas de tous les avantages que possèdentles savons obtenus avec des corps gras plus mous, telsque l’huile et l'axonge, et présentant dès lors une pareplus fine et plus homogène telle qu’elle existe surtoutdans les savons obtenus avec l’acide oléiqne. On re-trouve ces qualités dans ces sortes de savons composésde suif, d’huile de palme et de résine, si généralementemployés en Angleterre, où leur production s’estmaintenue dans les pratiques d’une fabrication loyale,tandis que leur introduction en France était suivie defraudes toujours croissantes qui ont fini par faire re-pousser ce produit sur les marchés et par en annulerpresque l’emploi. Ces sortes de savons, qui, lorsqu’ilscontiennent de la résine dans les proportions de13 p. 100 environ de leur poids, ont une pâte fine,bien liée et transparente, une odeur agréable et la fa-culté do produite une mousse abondante, ont bienvite perdu toutes ces qualités lorqu’on y a eu intro-duit, eu proportions considérables, de la résine dontla saponification n’était pas même toujours complèteet qui d’ailleurs, n’étant pas un corps gras, ne neutra-lise l’alcali que d’une manière trop incomplète. Ilssont tombés bientôt en France dans un discréditqui a laissé le champ libre à la fabrication marseil-laise.

L’avenir des savons fabriqués avec les acides grasliquides provenant de la fabrication de la bougie stéa-rique ne saurait être aussi éphémère. Ces acides, pen-dant longtemps vendus à bas prix et sans emploisfructueux commençaient, d’après les conseils deM. Péligot, à être utilisés pour le filage de la laine,quand la persistance deM. de Milly à leur donner l’em •ploi le plus rationnel qu’ils pussent recevoir finit parfaire adopter du public l’emploi de savons obtenus avecces produits; savons dont la production, liée néces-sairement à la fabrication de la bougie stéarique, nepeut que s’accroître avec elle.

Le mode de fabrication de ces sortes de savons estfacile, car la saponification est ici toute faite, et l’onn’a qu’à combiner l’acide gras avec la soude qu’on asoin de choisir dans un état de solution concentrée.Le reste de l’opération se pratique d’ailleurs commedans le procédé suivi à Marseille . Quand l’opération aété bien faite, ce savon ne rancit pas, mais il a mal-heureusement une odeur caractéristique, celle qui estdue aux acides volatils du suif. Sa pâte, fine et homo-gène, le rend d’une coupe très-douce, ne lui permetde dissoudre que par la surface, enfin sa consistancemolle ne lui permet pas d’absorber, tout en contenantla solidité convenable, plus de 22 à 2u p. 100 d’eau ;il se présente doue comme plus riche en savon réelque le savon de Marseille et est préféré pour beaucoup