STÉRÉOSCOPE.
STÉRÉOSCOPE.
Aérienne et par l'appréciation des effets de parallaxeproduits par de légers déplacements de l’œil : mais onn'avait pas pensé que la dissemblance entre les appa-rences produites sur les deux yeux par la vision d’unobjet unique pût faire naître dans notre esprit le sen-timent du creux ou du relief, ou du moins aider puis-samment aux notions déjà fournies par la pcrspcctheet par le jeu des ombres et des lumières.
M. Wheatstone mit le premier ce principe en évi-dence, au moyeu d’une série d’expériences ingénieusesqui se réduisent toutes à la combinaison suivante :tracez sur une même feuille de papier, à une certainedistance l’un de l’autre, deux dessins en perspectived*un meme objet, tels qu'ils doivent être pour produiresur chaque œil l’impres-io» correspondant à la visionde l'objet direct, puis, ramenez, par un moyen quel-conque, les images de ces dessins sur les points des«leux rétines qui sont impressionnées simultanémentdans la vision de l'objet lui-même, et alors cet objetapparaîtra comme s’il existait réellement dans l'espaceavec ses trois dimensions Pour déterminer cette su-perposition apparente de deux images, il suflit d’agirpar la volonté: sur les muscles des yeux de façon àproduire un degré convenable de strabisme. Cette fa-culté ne peut s’aequéiir qu’avec un certain exercice,it peu de personnes y parviennent sans difficulté ;aussi M. Wheatstone eut-il la pensée de substituer, àce moyen fatigant pour la vue, l’emploi d’un appareilpropre à produire le même effet, et il imagina le sté-réoscope à réflexion. Cet instrument se compose dedeux miroirs, inclinés à 90°, dont l’arête d’intersectionest verticale. Ou place les yeux devant le système deces deux miroirs, de façon que la direction communede la vision soit parallèle au plan qui divise en deuxparties égales l’angle des miroirs. Les deux dessinssont placés latéralement à égale distance, l’un àdroite, l’autre à gauche ; leurs images apparaissentdonc derrière les deux miroirs dans un plan perpendi-culaire à la direction de la vision. Si elles sont placéesà la même hauteur, il suffit d’un léger mouvementd’avant en arrière pour amener leur coïncidence appa-rente et, par suite, l’effet stéréoscopique.
Le stéréoscope de M. Wheatstone , malgré la sim-plicité de son principe, uc présentait pas une construc-tion assez commode pour être utilisé autrement quec »mme appareil d’étude; aussi, malgré tout l’intérêtque cette question devait présenter, ne fut-il construiten France que quelques-uns de ces appareils qui res-tèrent enfouis dans les cabinets de physique.
La disposition qui devait populariser le stéréoscopeconsistait hproduire la superposition «les images, nonplus pnr réflexion, mais par réfraction ; en effet, aveccette disposition, le stéréoscope devenait un instrumentportatif et commode.
Des essais forent faits dans ce:te direction parM. Wheatstone ; mais le but ne fut complètementatteint que par sir David Brewster . Cet éminent phy-sicien imagina de couper en deux une lentille et deplacer la moitié gauche devant l’œil droit, la moitié•droite devant l’œil gauche, en laissant la ligne de sec-tion bien perpendiculaiie au plan des doux yeux. DeC;*tte manière, les deux lentilles faisaient l’office deprismes, et tous les objets vus par l’œil droit étaient dé-\ iés vers la gauche, tous les objets vus par l’œil gaucheétaient rejetés vers la droite. On pouvaitdonc, au moyende deux dessins convenablement espacés et placés vis-à-vis des yeux, obtenir la superposition apparente desimages et, par suite, l’effet stéréoscopique. Les len-tilles avaient, en outre, l’avantage de rejeter les imagesà la distance de vision distincte en les grossissant, cequi ajoutait à l’effet de l’instrument et permettait1 emploi de dessins plus petits et plus chargés dedétails.
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Quoique l’invention de M. Brcwster datât de 1841.elle n’avait pas été appréciée en Angleterre, et ce futen '1850 seulement que M. Brcwster put trouver enFrance , chez MM. Soleil et Dubosq, le concours né-cessaire pour exécuter cet instrument qui devait êtreplus tard si populaire.
Après avoir cherché, mais en vain, à obtenir desopticiens de Londres qu’ils construisissent le stéréos-cope et qu'ils fissent exécuter, pour cct instrument,des épreuves binoculaires, M. Brcwster apporta, àTaris, dans le printemps de 1850, un stéréoscope faitpar M. London , opticien à Dundee, et un portraitphotographique binoculaire du D r Adamson de Saint-Amlrews, obtenu par lui-même; il montra l’instru-ment, le portrait et quelques épreuves stéréoscopiquesàM. l’abbé Moigno, à M. Soleil et à sou gendre M Du-bosq, opticiens éminents de Paris . Ces messieurs sai-sirent aussitôt la valeur du nouvel appareil ; ils com-prirent qu’il n’était pas un simple amusement, mais unpuissant auxiliaire des arts, de la sculpture et duportrait. M. J. Dubosq construisit immédiatementpour le commerce un très-grand nombre d’appareils ;il produisit en même temps une série de très-bellesimages photographiques binoculaires représentant desper.-onnes vivantes, d- s statues, des bouquets defleurs, des objets d’histoire naturelle, etc. : des milliersde personnes les virent et les admirèrent.
A la belle collection d’appareils d'optique qu’il pré-senta à la grande exposition de 1851, et pour laquelleil reçut une médaille de première classe, M. Dubosqavait ajouté un stéréoscope binoculaire construit surles principes que M. Brcwster avait posé*. Le stéréos-cope attira l’attention particulière de S. M. la Reine, etM. J. Dubosq exécuta pour elle un magnifique instru-ment que le physicien anglais lui présenta au nom del’artiste français . Par suite de cette exhibition pu-blique, M. J. Dubosq reçut beaucoup de commandesd’Angleterre, et un très-grand nombre de stéréoscopeslenticulaires furent ainsi importés dans cette contrée ;les demandes devinrent même si considérable#, que lesartistes anglais se livrèrent, à leur tour, à sa fabrica-tion, et, en peu de temps, des milliers d’instrumentsfurent vendus. Les détails qui précèlent sont extraitsd'un article publié en mai 1852 par sir DavidBrcwster dans une revue écossaise (Xorth britishIieciew).
Tel était, en mai 1852, le jugement de sir DavidBrcwster sur la part que M Dubosq avait eue dansle succès du stéréoscope, dit M. Lissajous, auquel nousempruntons cette intéressante étude. Méconnu d’aborden Angleterre, l’instrument de MM. Wheatstone etBrcwster rentrait avec un éclatant succès dans sonpays natal, grâce au concours habile et intelligent decct artiste français .
A partir de ce moment, M. Dubosq s’occupa deperfectionner le stéréoscope, d'en étendre les applica-tions, de faciliter les moyens d’exécution des dessinsstéréoscopiques.
Le stéréoscope de M. Brcwster convenait seulementà des dessins opaques, tels que lithographies, photo-graphies sur papier ou plaques daguerriennes.
M. Dubosq eut l’idée heureuse d’cnlcvcr le fond dustéréoscope de façon à placer, dans l’instrument, desimages translucides obtenues sur verre albuminé. Cesimages, à raison de leur transparence presque com-plète, laissaient passer les rayons venus des objetsextérieurs, ce qui troublait la vision ; M. Dubosqplaça derrière l’épreuve un verre dépoli atîn de diffuserla lumière; dès lors l'illumination de l’image devintirréprochable, la netteté complète, l’effet saisissant.Cette importante invention a doublé le charme dustéréoscope. Qui de nous ne s’est oublié, dans un pro-fond sentiment d'admiration et d’enthousiasme, devant