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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE. TEINTURE. 515

ration de ces substances n’est pas du domaine de latc.nture.

La coloration des libres textiles, par certaines ma-tières colorantes déterminées, n’est pas le résultatd’une simple superposition mécanique. Nous démon-trerons par la suite que si l'étoffe peinte ne peut êtreconsidérée d’une manière absolue comme un composéchimique parfaitement défini; elle doit l’étre au moinscomme le produit de l’affinité réciproque de l'étofTe etde la couleur. C'est là ce qui distingue la teinture de lapeinture.

Mais pour que les couleurs puissent s’unir aux tissuset contracter une adhérence, sans laquelle il n’y a pasde teinture, il faut quelles soient présentées dans untrès-grand état de division, tel que celui, par exemple,qui résulte de la dissolution du principe utile dans unliquide approprié. La porphyrisation de la matière co-lorante et sa suspension dans l’eau, meme dans toutautre liquide, ncsauvaientconvcnir pour autre chose quele cas des colorations artificielles obtenues par simplepénétration de la couleur dans les alvéoles des fibrestextiles. Ce ne sera que le cas exceptionnel : il n’y alà, en effet, qu’un cas particulier de teinture.

Pour obtenir des teintes belles, solides, uniformessur les fils et sur les tissus de coton, de chanvre, delin, de laine et de soie, il faut que ces matières soientcomplètement, convenablement an moins, dépouilléesde toutes substances étrangères, colorées, grasses,gommeuses ou résinoïdes qui s’y trouvent naturelle-ment, ou que le tissage ou le filage y ont introduites,et qui feraient obstacle à la fixation des couleurs donton voudrait les teindre. Les matières textiles doiventdonc être soumises préalablement aux opérations dublanchiment.

L’art de la teinture embrasse ainsi pour le savant,comme pour l’industriel, des connaissances excessive-ment complexes. L’un et l’autre, en effet, doivent faireune étude approfondie des principaux caractères desmatières textiles elles-mêmes, tant au point de vue desopérations du blanchiment, qu’à celui plus spécial dela teinture proprement dite. N’importe-t-il pas de sa-voir comment ces éléments se comportent, lorsqu’onles expose à l’action des divers réactifs pendant lesopérations du dégraissage, de la décoloration et de lateinture, soit par voie d’immersion, soit par voie d’im-pression directe ou par l'intermédiaire des mordants ?

N’importe-t-il pas encore, pour l’un et l’autre, d’ap-profondir les propriétés des matières colorantes orga-niques ou minérales ; ne faut-il pas savoir les préparer,les purifier, déterminer leur valeur commerciale etapprécier les fraudes auxquelles donnent lieu les tran-sactions dont elles sont l’objet? Aujourd’hui la confec-tion seule des extraits de bois de teinture constituel’une des plus importantes industries dont le chimistepuisse désirer connaître les secrets.

Nous aurons à distinguer dans l’art de la teinturedes principes que la science a posés, que l’industrieaccepte et dont elle ne s’écarte pas; ces principes for-ment un corps de doctrine reconnue par les fabricants,que les notions scientifiques professées dans tous lescentres industriels ont rendus familiers aux idées deprogrès.

La teinture ne sc pratique pas seulement sur lesfibres en laine, ou flocons, ou fils ou tissus, pour l’obten-tion des colorations uniformes. Souvent elle doit con-duire à la reproduction de couleurs dans lesquelles onfait intervenir les procédés de teinture proprementdite, et ceux de l’impressiou, lorsqu’on applique parles voies mécaniques, ou des réserves ou des enlevages.Nous aurons donc à considérer dans leur ensemble lesdiverses méthodes employées à l’impression des tissus.Ici nous aurons à faire apprécier les diverses phasesdu mordançage, des réserves, des enlevages, combinés

avec les opérations du fixage des mordants, de l’avi-vage des couleurs et de leur fixation.

Nous terminerons cet article par un examen aussicomplet que possible des moyens d’essai que fournit lascience à l’industrie pour la guider dans la recherchedes méthodes employées dans la fabrication ou dans lateinture.

d’ai pensé qu’il était convenable, pour faire com-prendre l'importance des industries que nous allonsétudier, dégrouper des chiffres qui permettent d'appré-cier d’une manière exacte les progrès qu’ont réalisés,depuis le commencement de ce siècle, les industriesdu coton, du lin, du chanvre, de la laine et de la soie ;progrès auxquels assurément ne sont pas restés étran-gers les perfectionnements apportés dans l’art de lateinture et de l’impression pendant la môme période.A ces deux industries nous associons celles qui concer-nent le blanchiment et la confection des matièrestinctoriales.

Rien qu’il ne rentre pas dans notre cadre de traitere.r professo des diverses phases par lesquelles passentles diverses matières textiles pour prendre la forme defils ou de tissus, nous pensons devoir extraire desrapports officiels contenus dans les travaux de la Com-missionfrançaise près l’Expositionde Londres,en18o1,des chiffres exacts qui fixent d'une manière bien posi-tive l’influence qu’exercent sur la classe ouvrière, surson bien-être, et sur la circulation générale des capi-taux, les industries du blanchiment, de la teinture etde l'impression sur étoffes. Ces industries reçoiventdirectement et successivement les fils et les tissus,consommés rarement sans avoir été blanchis, apprêtés,

I teints ou imprimés.

| Le programme très-étendu que nous venons d’ex-! poser nous donne toute latitude pour développer sansrépétitions oiseuses des faitsconnus, les progrès réalisésdans les diverses branches qui, par leur ensemble, cons-tituent l’art de la teinture. Cet article sera donc com-plété, pour ceux qui désireront en faire un tout presquesynoptique, par la lecture des deux premiers volumesdu Dictionnaire des Arts et Manufactures. Nous auronssoin, du reste, de renvoyer aux articles déjà parus,pour plus amples informations. Nous aurons , parcette méthode, toute possibilité d’intercaler avec ordreles nombreuses observations, tant théoriques quepratiques, qui ont pris place dans la science et dansl’industrie depuis ‘1855, et qui ont trait, soit au blan-chiment, soit à la teinture proprement dite, soit à l'im-pression. soit encore à la préparation mécanique ouchimique des matières tinctoriales. Nous commence-rons par l'étude des faits commerciaux qui nous sem-blent propres à démontrer l’importance des industriesqui s’occupent des matières toxtiles. Nous la feronssuivre d’observations nouvelles sur les propriétés doces matières considérées au point de vue chimique. Ladécouverte de nouveaux principes propres à dissoudreces matières pourra un jour jeter les plus vives lu-mières sur la nature des phénomènes de la teintureproprement dite.

§ I nus MATIERES TEXTILESConsidérées dai}s leur développement industriel et leurrapport avec les operations de la teinture.

Coton. — L’industrie du coton, originaire de l’Inde ,ne s’introduisit que lentement et tardivement en Eu-rope , d’abord par les Maures qui,dans le dixième siècletentèrent de la naturaliser en Espague. De nouveauxessais furent faits dans le quatorzième et le quinzièmesiècle en Italie et dans les Pays-Bas, mais sans qu’ilen résultat aucune industrie de quelque importance.

C’est en 1 o69 que la première balle de coton fut im-portée dans le Uoyaume-Uni : en 1041 la fabricationétait complètement installée sur une grande échelle à