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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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teint uni:.

TEINTURE.

Manchester . En 1678, ou y tissait environ 900.000 ki-logrammes de coton par an. Mais, à cette époque déjà,de nombreuses réclamations s’élevaient contre* l’intro-duction des tissus de coton des Indes ; on demanda laprohibition qui ne put ètredécrétée qu'en 1700 : à l’om-bre de cette protection, l’industrie se développa telle-ment qu’en 1861 elle représentait700 millions de francsd’exportation, et 600 millions de francs de consommationintérieure. En France à la même époque cette même fa-brication ne représentait que 50 millionsd’cxportation,mais 580 millions de consommation intérieure. Dansce premier chitî’rc figurent beaucoup de tissus de co-ton teints ou imprimés. Ainsi, pendant 1849, les toilespeintes figurent pour 900,000, et en 1850 le meme ar-ticle figurait pour une somme de 1,488,5»0 francs.

La consommation par habitant de France en 1790était 1 /5 de kilogramme, lorsqu’en Angleterre chaquehabitant disposait de 1 kilog. 1/2.

JJ enquête de 1834 a constaté que 34 millions de ki-logrammes entraient à cette époque dans les manufac-tures françaises et qu’ils arrivaient au consommateurpour une somme de 600 millions. En Angleterre 1 25millions de kilogrammes sont rais en œuvre, 72 mil-lions sont exportés, c’est-à-dire 450 millions de francs.

Alors la France spécialisait dans l’industrie coton-nière la perfection du travail, l’amélioration des fils;l’Angleterre au contraire spécialisait la production àbon marché. Dans ces doux voies différentes depuis1816 chacune de ces deux nations avait triplé sa pro-duction et réduit ses prix de moitié. Elles étaient arri-vées au même résultat.

En récapitulant depuis 1816 jusqu’en 1849 les chif-fres qui représentent la mise en œuvre des cotons enEurope M. MimerelfrapportsmTExpositionde Londres)a dressé le tableau suivant comprenant dos périodesdécennales :

En 4816. 80 millions de kilogrammes

4826. 140 dito dito

4836. 246 dito dito

4846. 500 dito dito

1849. 540 dito dito

Ce n’est pas seulement le climat qui détermine l’em-ploi des tissus de coton ; la civilisation exerce aussi soninfluence sur cette partie de la consommation publiqueet cette observation explique l’importance que nous at-tachons à ces documents statistiques. En effet, si le basprix du vêtement de coton est cause de son emploifréquent par le peuple, la souplesse du tissu, la délica-tesse des couleurs qui le teignent, le rendent propreencore à l’usage des classes plus aisées. On en pour-rait déduire, avec M. Mimercl, que le bien-être et larichesse d’une nation peuvent dans certaines limitesse mesurer d’après l’importance de leur consommationen tissus de coton.

A l’appui de cette opinion je reproduis ici le tableauqui résume par nationalité la consommation de chaquehabitant :

Angleterre . . 2 k. 1/2

Belgique ... 2 »

France .... 1 1/2

Zollverein . . . 1 1/2

Autriche ... 4 k. 1 /4

Suisse . 1 1/4

Espagne . ... 1 »

Russie .... * 1/2

Nous observerons relativement à la France que, plusélégante dans ses habitudes, sa population se vêt avecdes tissus plus fins, c’est-à-dire d’une plus grande su-perficie pour un même poids. « Si les habitudes de« l’Angleterre pénétraient chez nous, la consommation« s’élèverait pour chaque habitant au delà de2 kilog.»

En cherchant à faire l’évaluation des salaires attri-bués à l’industrie du coton, on trouve que la massefilée et tissée par année s’élève à 485 millions de ki-logrammes ayant une valeur de 6 francs l'un , ce

qui fait plus de 3 milliards. La valeur des matières pre-mières et des substances tinctoriales est environ de 800millions; il faut déduire la valeur du loyer et l'intérêtdes capitaux engagés. Il reste environ 2 milliards. EnFrance , ou la consommation représente 630 millions,la part des salaires est donc d’une importance considé-rable, environ 378 millions.

L’Amérique et la Russie sont sans doute appelées àchanger cet état de choses, et peut-être dans un avenirassez rapproché. La première possède le coton, et la se-conde jouit de la main-d’œuvre à des prix très-faible?.Aujourd’hui les Américains importent en Chine. pour10 à 12 millions de francs de tissus non imprimés;lorsque leurs tissus imprimés seront plus satisfaisantsils en introduiront beaucoup plus; l’exportation dansles Indes est tellement menacée qu’on a dû protéger lesproduits de la métropole par une différence de 5 pour400 sur les droits qu*its payentà l’entrée. Les produitsanglais payent 5 et les produits américains 10 pour 0/0.

L’Angleterre cherche à conjurer ce danger qu’ellevoit grossir à l’horizon ; elle veut introduire dans l’Inde ,en même temps qu’elle favorise son exportation, lescotons d’Amérique en les naturalisant. Jusqu’ici sesessais sont restés sans résultats, malgré de nombreuxsacrifices ; car il y va du chômage de ses nombreux ate-liers dans un avenir plus ou moins prochain, si par lasuite leur alimentation reposait sur le bon plaisir d’unenation rivale; l’Angleterre ne s’arrête pas devant lesobstacles que lui présente la nature transformant surle sol des Indes les longues soies de l’Amérique en es-pèces à duvet très-court. Elle appelle le chimiste à sonaide et dès 1851 un fabricant anglais présentait à l’Ex-position des produits obtenus avec le lin et possédantl’aspect du coton.

Ce que tente l’Angleterre dans les Indes, la Russie l’essaye dans ses provinces du Caucase. Dès 1849 onfilait à Moscou , en cotons indigènes, presque la dixièmepartie des cotons que l’empire russe tout entier con-somme annuellement.

La France , plus heureuse que l’Angleterre , a l’es-poir de posséder dans sa colonie d'Alger les plus bellesressources pour produire le coton ; c’est assurémentune conquête agricole et industrielle bien capable depayer les sacrifices de sang et d’argent que le payss’est imposés. Ces considérations ont une certaine im-portance ; car la substitution de cotons nouveaux àceux auxquelson a recours aujourd’hui, pour la filatureet le tissage, conduira à des modifications dans lesrapports de ces matières textiles avec les matières co-lorantes. Nous reviendrons sur cet intéressant sujet,en nous occupant de la teinture proprement dite. {VoyezCoton-.)

Lin et chanvre. — Plus de trente années s’étaientécoulées depuis que le filage mécanique du coton avaittransformé l’incUistrie anglaise; des progrès considé-rablesavaicntété signalés dans la main-d’œuvre et dansla qualité du travail, et, de ce côté du détroit, peu dedistance séparait notre industrie de celle de la Grande-Bretagne. Le lin avait résisté ; il restait encore dans ledomaine de la quenouille et du rouet. Cependant lafilature du lin devait ouvrir un nouvel avenir à nosmanufactures elle prix d’un million de francs pour l’in-venteur de la filature mécanique du lin ouvrit les yeuxsur l’importance delà question. M. Philippe de Girard réalisa les conditions du programme, et s’il fut privédes récompenses auxquelles lui donnaient droit et songénie et sa persévérance, il ne faut en accuser que lespréoccupations qui pendant les années 4 812 et 1813absorbaient la France et son gouvernement.

Avant comme après Philippe de Girard , on avait pro-posé divers systèmes en vue de la filature mécaniquedu lin; mais quelques-uns d’entre eux n'avaient pourbut que d'appliquer à la filature mécanique du lin les