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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

l’ornière et ne repose plus sur des privilèges ; prenantson point d'appui sur les besoins du pays, elle devientune cause de prospérité.

La troisième période commence vers 1818. Les ma-nufacturiers adoptent sur une grande échelle l’emploides machines, qu’ils substituent à la force matériellede l’homme. 11 en résulte dans la main-d’œuvre unediminution considérable , une baisse de prix qui dé-veloppe la consommation dans une proportion à lasuite de laquelle deux crises successives apprennent auproducteur à régler sa marche do manière à ne pluss'exposer à de nouveaux désastres.

La quatrième époque commence en 1830. Elle em-brasse une longue période pendant laquelle s’effectuele développement régulier de toutes les branches de lafabrication. Les progrès de la teinture et l’influence dugoût viennent se joindreau perfectionnement desoutils,et permettent d’ajouter aux produits français des qua-lités nouvelles.

L’histoire des progrès de l’industrie de la laine enFrance sc lie entièrement à l’histoire de la productionde lalaine brute. Yersle milieu du dix-huitième siècle,la France n’occupait que le septième rang, si l’on clas-sait les nations par ordre du mérite des laines qu’ellespouvaient produire ; elle venait après l’Espagne , laHollande, l’Angleterre, la Saxe , le Paîatinat et leDanemark . Elle tirait de l’étranger en 1780 la moitiéde la laine qu’elle mettait en œuvre. Les laines d’Es-pagne étaient particulièrement employées dans lesfilatures d’Elbeuf, Louviers, Sedan. Reims, Abbe-ville, Amiens, Rouen. En 1782 la France en reçutpour 14 millions de francs; en 1812 sa production s’é-levait à 81 millions de francs. Depuis cette époque, il y adéveloppement non-seulement en quantité mais encoreen qnalité. Le croisement de nos races avec les racesespagnoles a relevé nos produits jusqu’h parvenir autroisième rang. Aujourd’hui nous possédons des lainesmagnifiques, et nous n’importons plus que le cinquièmedes laines mérinos que le filateur demande pour léstransformer.

En 1851 on pouvait évaluer à 40 millions les mou-tons de toute nature qui vivent en France . Chaquetoison pèse en moyenne, y compris celles des agneauxlavés à dos, 1 k ,800, soit 72 millions de kilog. de laineà raison de 3 fr. 50 c. le kilog., ce qui fait 252 millionsde francs pour toutes qualités.

La moyenne de l’importation des années 1849, 1850,et 1851 est de 55 millions, soit en tout 307 millions.En admettant, ce qui est assez exact d’après une sérienombreuse de prix de revient, que la valeur de la lainebrute ne soit que le tiers de la valeur d’un tissu quel-conque au moment où le consommateur Rachète, lenombre total des tissus de laine fabriqués en France s’élèverait h 921 millions aux époques considérées. Onlivrait alors à l’exportation 116 millions ; il resteraitdonc pour la population le chiffre de 805 millions ; cechiffre, pour de nombreuses raisons, ne peut être con-sidéré que comme un minimum.

En Angleterre, d’après les relevés officiels, dans lamême période, la laine représentait une valeur crééeégale à 925 millions, c’est-à-dire à peu près la mêmeque chez nous.

Nous croyons devoir terminer cet aperçu par l’ex-posé de quelques chiffres qui représentent le développe-ment des exportations. Mais il convient, pour pouvoircomparer les chiffres que donnent nos douanes à ceuxfournis par les douanes anglaises, de réunir aux tissusdo laine les exportations qui résultent du trafic destapis et de la bonneterie.

La moyenne des exportations françaises des années1827 à 1836 pour les tissus de laine divers, y comprisles tapis et la bonneterie en général, a été de 38 mil-lions ; les exportations des mêmes produits peudant

l’année 1851 se sont élevées à 122 millions 500 millefrancs. Le progrès réalisé pendant 2ü ans a donc été220pour cent.

Les exportations de l’Angleterre ont été en 1830 de118 millions, en 1851 de 246 millions 500 mille francs.C’est seulement 110 pour cent., c’est-à-dire que laproportion d’accroissement a été double pour la France de ce qu’elle a été pour l’Angleterre. Nous exportonsmême en Angleterre surtout en tissus de mérinos ettissus de nouveautés.

On suppose, d’après des chiffres officiels, que l’in-dustrie des lainesreprésentait,vers 1852, 146 millions,distribués en France sous forme de salaire par annéede 300 jours à raison de 1 fr. 25 c. par journée de10 heures de travail. (Voyez Laine.)

Soir. — L’importance de la teinture dans ses rap-ports avec la soie donne une valeur toute spéciale auxquelques chiffres que nous présentons ici.

On évalue à 3 millions de kilog. la quantité de soiegrége annuellement mise en œuvre en France . La va-leur de cette matière, variable chaque année, peut êtrefixée, terme moyen, à 55 fr. le kilog.; c’est donc unevaleur de 160 millions qui sc trouvent servir de basepremière aux confections de soieries et de rubans.

Sans vouloir suivre avec M. Arlès Dufour toutes lesalternatives de malaise et de bien-être qu’ont subiesles fabricants de soieries depuis le quinzième sièclejusqu’à nos jours (Rapport surl’Exposition de Londres ,travaux de la commission française, 1854, Paris ), nousconstaterons que depuis 1848 jusqu’à 1852 l’industriedes soies a été des plus florissantes. Le nombre desmétiers dépassait alors 60,000. Cette situation excep-tionnelle tient à ce que plus de la moitié de ses pro-ductions s’exportant, elle souffre relativement peu descrises et même des révolutions intérieures, pourvuque ses débouchés extérieurs restent ouverts.

Les 60,000 métiers qui travaillent pour Lyon sontdispersés dans l’agglomération lyonnaise, le départe-ment du Rhône et les départements voisins.

Les agitations politiques ainsi que les questions demain-d’œuvre ont fait porter loin de la ville les métiersà tisser, même les métiers mécaniques; cela s’expliquepar la valeur des matières premières qu’elle emploie,et qui élève bien autrement que pour le coton, la laineet le lin le capital qu'exige l’établissement des grandesusines.

On peut assurément évaluer à 375 millions par anpendant les années 1850, 1851 et 1852 la productiondes articles dans lesquels la soie domine.

§ IL DES MATIÈRES TEXTILESÉtudiées au point de vue de tours propriétés physiques etchimiques.

Maintenant que nous sommes convaincus de l'im-portance des industries auxquelles se rattache, parde nombreux liens, l’art de la teinture, nous devons,sans aller plus avant dans l’exposé des diverses con-sidérations fiscales, économiques ou autres, qui pour-raient s’y rattacher, indiquer d’une manière complèteles notions que nous possédons sur les propriétés phy-siques et chimiques des matières textiles employées etdésignées dans le chapitre qui précède. Cette étude,pour laquelle nous éviterons les répétitions et de troplongs détails en renvoyant le lecteur aux articles spé-ciaux concernant chaque matière textile en particulier,nous initiera promptement à la théorie de l’art delàteinture, à la pratique de l’une des industries les plusdignes d’intérêt. Elle nous permettra de comprendreles différences que présente la teinture en flocons, lateinture en écheveaux et la teinture en tissus. Ellenous fera saisir enfin les modifications qu’on remarquedans les procédés pratiques appliqués aux étoffes dosoie, de laine ou de fil et de coton.