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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

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position par une surface inerte connue le mica, leverre, est très-faible, tandis qu’au contraire elle estbeaucoup plus forte avec l'intervention d'un tissu decoton. D’ailleurs, on a fait une observation capitale quitrouve sa place ici. Lorsqu’on évapore une dissolutiond’alun cubique dans une capsule, un verre de montre,par exemple, il se dépose de l’alun cubique. Mais sil'on a fait plonger dans la dissolution un tissu de cotonavant l’évaporation, on obtient, indépendamment descristaux cubiques, des cristaux d'alun octaédrique. Lestissus ont donc enlevé, sans autre influence, une cer-taine quantité (l’alumine. Quant à ce qui concernel’existence des sachets, sacs ou canaux, et leur rem-plissage par l’oxyde, on n’en comprend pas bien lapossibilité, puisque dans l’impression les sels d’alu-mine sont appliqués visqueux et épais. Sous cetteforme, ils ne chassent que bien imparfaitement l’airdont les tubes sont remplis. L’objection prend une gra-vité plus grande encore en présence de ce fait, qu’onapprête avec l’empois d’amidon, auquel on ajoute unecertaine quantité de sulfate de cuivre, les pièces qu’onveut teindre en bleu de cuve, afin d’économiser une por-tion d’indigo. Dans ce cas, l’apprêt devrait être lin obs-tacle à la teinture, car il remplit les pores des fibres ; ilparaît au contraire les favoriser.

À ce fait nous pouvons ajouter plusieurs faits ana-logues. Lorsqu’on veut obtenir le rouge turc, on com-mence par saturer de préparations huileuses les toiles àteindre ; on les plonge ensuite dans des compositions as-tringentes, comme une décoction de noix (le galle, desumac, etc., avant de faire intervenir le sel d’aluminequi doit s’emparer de la matière colorante de la ga-rance.

Lorsqu’on dépose à la surface d’une toile de cotondu sulfate de plomb, qui est, comme on le sait, inso-luble dans l’eau, ce sel ne contracte aucune adhérenceà la fibre ; mais on peut le fixer par un simple passagedans l’eau de chaux. Le sel n’a pu cependant pénétrerdans les pores de la fibre, en devenant soluble.

Enfin, beaucoup decouleurs qui n’ont avec les étoffesque peu d’adhérence, même quand on les présente aveccertaines préparations, s’y fixeut avec une grande éner-gie lorsqu’on fait intervenir l’oxyde d’étain. Cet oxyde,de même que les corps gras et les corps astringentsdont on fait usage dans la fabrication du ronge d’Andri-irople, ne devrait-il pas, s’il n’y avait pas d’autre actionque celle du corps vésiculaire, gêner la coloration, loinde lu favoriser?

Dans le cas (le couleurs imprimées, le microscopefait voir que la surface seule est teinte; et ce quiprouve qu’il en est ainsi, c’est que la couleur disparaîtencore par l’emploi des rongeants épaissis. Si la cou-leur avait pénétré les fibres, l’acide épaissi pourrait-il,on s’introduisantdans les cellules, dissoudre la matièrecolorante? Il y a, d’ailleurs, une limite dans l’épais-seur à laquelle il convient d’appliquer la couleur; tropd’épaisseur donne une nuance qui manque d’éclat etde transparence.

Toiles sont les preuves que M. Persoz oppose auxidées de simple action capillaire : il formule lui-mêmesa pensée, qui ne s’éloigne peut-être que par les ex-pressions de celle de M. Chevreul, dont le nom se re-trouve chaque fois qu’on parle de teinture; c’est celuide tous les chimistes modernes qui, par ses fonctionsaux Gobelins, devait le plus approfondir cette étudeintéressante. Ses travaux sur ce sujet sont devenusclassiques.

Opinion de M. Chevreul. — D’après l’illustre acadé-micien,-les phénomènes de teinture se rapprochent deceux qu’on considère comme dépendant des forces mo-léculaires, causes de l’action chimique; il démontreque ces phénomènes sont du nombre de ceux que l’on

constate, lorsque deux ou plusieurs corps sont eu .con-tact, et que leur combinaison ou juxtaposition s'effec-tue d’une manière lente. Nous n’insistons pas puisquenous avons déjà mentionné l'art de la teinture d’aprèsla définition même de cet illustre savant.

Opinion de M. Persoz. — M. Persoz, formulant sapensée, déclare que la fixation des couleurs sur lesétoffes n’est due qu’à l’attraction. Pour arriver à cettedémonstration, il établit quelques considérations géné-rales sur la fixation des matières colorantes, puis ilpasse en revue les principaux phénomènes d’attraction,dans le double but de faire remarquer les différencesqu’ils peuvent offrir, et de découvrir ceux qui présen-tent le plus d’analogie avec la fixation de telle ou tellecouleur. Nous empruntons à son traité de l’impression,presque textuellement, l’exposé qu’il fait lui-même deson opinion.

« Le règne organique et le règne inorganique, lepremier surtout, fournissent un grand nombre desubstances qui possèdent la propriété de teindre lesétoffes, soit qu’elles constituent des couleurs par elles-mêmes, soit quelles entrent comme éléments dans descomposés colorants plus compliqués; mais pour rece-voir une application, ces substances simples ou com-posées doivent réunir, si ce n’est par elles-mêmes, dumoins par l’intervention de corps convenablement choi-sis, deux qualités essentielles : la première, celle d'élreinsolubles ou peu solubles ; la seconde, celle de résister leplus possible à l’action destructive de l’air et des rayonssolaires. La première de ces qualités est indispensable,car vient-elle à faire défaut, il y a coloration de l’étoffe,mais il n’y a pas teinture, dans l’expression restreintedu mot; un simple lavage à l’eau suffit pour faire dis-paraître la couleur. La seconde ne l’est pas au mêmedegré, puisqu’elle dépend de la stabilité qu’on désiredonner aux couleurs déposées sur le tissu.

« L’indigotine, la carthamine, la curcuinine, le per-oxyde de fer, l’oxyde de chrome, le sulfure d'arsenic,le sulfure d’antimoine sont des matières colorantes parelles-mêmes. Quand on interroge l’expérience sur lesmoyens de les faire adhérer aux tissus, au point qu’ilsfassent corps avec eux, on trouve qu’il est de toute né-cessité ou de former ces corps sur l’étoffe même, enmettant en présence de celle-ci les éléments qui lesconstituent, et dont un, au moins, doit être soluble, ou,si ces couleurs sont préalablement formées, de les faireentrer dans une combinaison soluble dont on imprègnele tissu pour les mettre ensuite en liberté, de telle sortequ’elles soient en contact immédiat avec lui, lors-qu’elles passent de l’état soluble où elles se trouventdans leur combinaison, à l’état d’insolubilité qui leuiest propre, lorsqu’elles sont isolées. ».

L’indigo blanc est •soluble; l'air le transforme en-suite en indigo bleu qui n’est plus soluble. La couleurrouille s’obtient au moyen du sulfate de protoxyde defer, qui se décompose à l’air, en formant de l'oxydede fer hydraté. La carthamine et les sulfures d’arsenicet d’antimoine se préparent aussi sur l’étoffe même.Pour toutes les autres matières colorantes, le principeest donc le même ; la garance, dont le principe colorantest soluble, n’est fixée qu’à l’état de laque.

Les bois de teinture et l’acide chromique doivent êtredéposés sur l’étoffe à l’état dô sel soluble, puis préci-pités; il n’y a proprement dit d’adhérence que lors-que le composé se forme sur la fibre même. L’usage afait passer en loi que la fibre est imprégnée d’abord ducorps qui présente pour le tissu le plus d’affinité. Onopère la décomposition par le corps qui en présente lemoins. S’il y a peu de différence entre l’affinité desdeux éléments pour la fibre, on fixe indifféremmentl’une ou l’autre. Pour teindre en noix de galle et fer,on plonge sans grand avantage l’étoffe dans la noix de