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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

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de sesquioxyde et oxydation de la matière colorante,puis adhérence par nouvelle combinaison entre la cou-leur et rétoffe modifiées toutes les deux. Générale-ment on admet que le bichromate de potasse agit dansla teinture en oxydant la laine; on pcutcombattre cetteopinion par une série d’expériences :

1® En faisant réagir sur le tissu du permanganate depotasso h chaud ou à froid, ou du ferrate de potasse,et constatant que cette laine ( qu’on considère commeoxydée par la réduction de l'acide métallique), teinteau bain de campeclie avec le chlorure d’étain, no prendpas la même couleur que sous l’action du bichromate;

2° En soumettant le tissu à l’action d’une dissolu-tionJxmillantc d’acide chromique pur, ce qui lui donneune teinte verte (par le fait delà réduction de l’acidechromique, conséquence, selon les autres, d’une oxy-dation de la laine), et démontrant que par la teinture,la laine prend la couleur bronze, au lieu du bleu, quiest la couleur produite par le bain du chromatc em-ployé h la manière ordinaire.

Scion MM. Blockey et Sugdcn, le bichromate ennature sc fixerait sur le tissu (c’est du moins ce queles auteurs pensent, d’après la couleur jaune que prendla laine); et ce serait à la faveur de cette préparationde bichromate de potasse que se ferait la teinture.

M. Barrcswill regarde comme probable que dans lemordançage par le bichromate, qui le plus souvent estacidulé, il y a une légère destruction du tissu, par lefait de la réduction partielle de l’acide chromique, etqu'il sc forme un oxyde intermédiaire de chrome quiveste fixé sur la laine, pour être ultérieurement réduitpar l’oxyde d’étain, et transformé par suite en sesqui-oxyde de chrome, susceptible de s’unir à la matièrecolorée pour former un sel simple de chrome ou peut-être un sel double stanno-chromiquc. L’idée d’oxyda-tion du tissu paraît être abandonnée.

M. lioutarel, chef d’une importante maison de tein-ture àClichy, n’admet pas complètement cette manièrede voir : car une étoffe préparée par le bichromate depotasse, et plongée dans un bain de câmpêche et dechlorure d’étain, prend une couleur bleuâtre, qui, si lebain est assez concentré, finit par devenir rougeâtre.

Pour obtenir une couleur avec du bichromate et ducampeclie, on doit mordanccr en bichromate d’abord,laver, puis teindre en campeclie. En mettant ensemblele colorant et le bichromate, on ne peut teindre. Lapremière expérience faite pour prouver que le bichro-mate n’a aucun effet oxydant lui paraît avoir bien peude valeur; car on semble conclure que si le bichro-mate agissait comme oxydant, il devrait donner lameme teinte que les oxydes de fer et de mauganèse.Or, ces trois oxydes, teints en campeclie, donnent destons très-différents : on doit conclure que la teinture,dans tous les cas, peut être considérée comme résultantde la formation d’une molécule très-complexe.

Lorsqu’on mordance une étoffe en bichromate depotasse, et qu’on la teint ensuite dans un bain decampeclie suffisamment concentré, on obtient du noir,soit qu’on ait empêché la réduction de l’acide chvomi-que en ajoutant de Pacide nitrique dans le bain demordançage, soit qu’on ait, au contraire, favorisé laréduction, en y ajoutant de l’acide sulfureux. Dans lepremier cas, l’étoffe est jaune ; dans le second cas, elleest verte; mais elle donne toujours du noir dans unbain de câmpêche suffisamment concentré. Pourtant,c’est dans le premier cas que la teinture s’opère leplus facilement. Du reste, voici une expérience quiprouve encore le même fait.

On mordance un morceau de laine dans un bain debichromate de potasse et d’acide nitrique; on le lave,et on l’expose encore humide aux rayons solaires, encachant la moitié du tissu avec du papier. La partieéclairée devient verte, la partie cachée reste jaune. On

teint co morceau dans un bain de câmpêche : la partiejaune prend d’abord une nuance plus foncée que lapartie verte, mais bientôt la différence disparaît, et ildevient impossible de distinguer les deux moitiés. Cesdifférences peuvent s’expliquer par les modificationsque subit l’oxyde de chrome dans certaines circons-tances étudiées par M. Fremy. On pourrait supposeravec M. Barreswill que, dans la teinture en bleu pour-pre , le chrome est à l’état d’oxyde ( modificationrouge ou plutôt violette), et que dans la teinture finalenoire, il existe à l’état d’oxyde (modification verto,qui est la plus stable).

Ces observations semblent d’accord avec celles deM. Camille Kœchlin, auquel l’industrie des toilespeintes doit l’application de l’oxyde de chrome. Aprèsavoir constaté queles sulfites alcalins dissolvent l’oxydede chrome, et qu’un excès d’alcali pur ou carbonaten’cmpêchc pas la dissolution, et qu’il la rend beaucoupmoins stable, M. Kœchlin a tiré parti d’une réactiontrès-nette de sulfite de soude sur le chromate de po-tasse. Le sulfite de soude en mélange avec un acidesusceptible de déplacer l’acide sulfureux, décomposépar le chromate de potasse, puis rendu alcalin parl’ammoniaque, produit de l’oxyde de chrome ; cetoxyde peut, suivant les proportions des divers réactifsqui constituent le mélange, se produire insoluble ousoluble, et affecter les diverses couleurs sous lesquellesil est connu : verte, violette ou rouge.

On prépare le sulfite à 13°, nécessaire pour produireces réactions, en soumettant des cristaux de soude àl'action de l’acide sulfureux; on obtient des dissolutionsqui marquent 4l°Baumé, et qui cristallisent quand onneutralise l’excès d’acide; un litre d’une telle dissolu-tion réduit 450 grammes de bichromate de potasse,ce qui correspond à 285 grammes d’acide sulfureux ;on la ramène par une addition d’eau, de manière hmarquer 13° Ikiumé.

Avec 100 parties d’une semblable dissolution desulfite de soude à 13° et

1° 5 parties de chromate acide de potasse, l’ammo-niaque en excès produit une dissolution verte ;

2° 5 parties de chromate et 2 parties d’acide sulfu-rique, l’ammoniaque produit une dissolution verte;

3° 5 parties de chromate de potasse et 4 parties d’a-cide sulfurique, l’ammoniaque donne une dissolutionviolette ;

4° 5 parties de chromate et 8 parties d’acide sulfu-rique, l’ammoniaque forme une dissolution rouge ;

5° 10 parties de chromate et 4 parties d’acide, l’am-moniaque donne un précipité vert ;

6° 10 parties de bichromate et 8 parties d’acide,l’ammoniaque forme un précipité violet;

7° 10 parties de bichromate de potasse et 16 partiesd’acide donnent un précipité violet rougeâtre.

Il est important que l’acide soit ajouté d’abord auchromate : on ajoute ensuite le sulfite alcalin.

Pour la teinture en câmpêche, on fait usage d’unmordant de chrome, qu’on fprme au moyen de bichro-mate de potasse additionné de son poids d’acide sul-furique; on ajoute peu à peu une certaine quantité demélasse ou de dextrinc, pour désoxyder l’acide chro-mique. On prépare l’étoffe à chaud dans ce mélangeétendu d’une proportion d’eau suffisante; pour 56 à60 kilogrammes de coton, on emploie le même poidsde campeclie et l’oxyde de chrome résultant de la dé-composition de 67 grammes de chromate acide dopotasse.

On peut employer avantageusement l’alun dechrome pour effectuer le mordançage des tissus. Ceque nous avons déjà dit des propriétés de l’alun ordi-naire nous dispense d’entrer ici dans de plus amplesdétails.

Les sels de chrome sont employés, surtout aujour-