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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

obtient une teinture qui diffère très-peu do lu précé-dente ; mais ces deux noirs, exposés à l’action do lulumière, sont loin de présenter le même degré de soli-dité. Celui qui contient du jaune est beaucoup plus ré-sistant que celui qui n’en renferme pas. Et cependantles deux matières prises isolément ptésentent à peuprès la même inaltérabilité. Or, si l’on admet que losmatières colorantes absorbent ou réfléchissent inéga-lement les rayons lumineux et que la matière jauneabsorbe ceux qui.détruisent riiématinc, on peut expli-quer, au moins dans certaines limites, les différencesque présentent ces deux noirs.

Il est d’ailleurs prouvé que certains rayons, tels quele violet, par exemple, altèrent très-promptement ungrand nombre de matières colorantes; la lumièreblanche seule avec insolation suffit pour altérer enquatre heures la plus belle nuance de rouge que nousconnaissions, la fuchsine; seize jours d'insolation ladécolorent notablement, un mois la détruit complète-ment. La laine, la soie et le coton teints en fuchsineont moins de solidité que la earthaminc dans les mêmesconditions d’insolation et celle-ci moins encore que lacochenille, surtout lorsque cette dernière est en combi-naison avec le sel d’étain.

Oxygène. — L’oxygène exerce sur les matières colo-rantes, comme sur les matières organiques d’origineanimale et végétale, une action toujours prononcée, maisvariable suivant l’état d’oxydation de celle-ci, suivantencore leur état d’isolement ou de mélange; l’état del’oxygène lui- même exerce une influence variable, carl’action est lente avec l'oxygène libre, active au con-traire avec l'oxygène à l’état naissant, active encore avecl'air lumineux. M. Chcvreul a fait voir en 1837 l’in-fluence de l’oxvgène atmosphérique dans la plupart descas où les étoffes teintes avec les matières colorantesd’origine organique se décolorent par leur expositionà la lumière du soleil, en prouvant que ces mêmes étoffesse conservent des années entières dans le vide lu-mineux. Et tandis que certaines couleurs se détruisentcomplètement, d’autres peuvent se décolorer et re-prendre spontanément leur nuance.

Le bleu de Prusse dans le vide lumineux se décoloreen passant d’abord au blanc, puis aune couleur brunede terre d'otnbre, mais if se recolore en bleu par lecontact de l’oxygène.

On sait aujourd'hui que quelques couleurs, au con-traire, peuvent gagner au lieu de perdre en intensité.Le jaune d’acide picrique sur laine a gagné pendanthuit mois du jaune orange à l’orangé, montant vers lerouge. Sur soie l’effet est moins sensible.

En étudiant l’action de l’oxygène au point do vuele plus général, on voit qu’elle s’exerce tantôt sur unprincipe immédiat colorable , avec lequel ce corps socombine pour former un principe immédiat coloré, tan-tôt, au contraire, cette action s’exerce sur un principecoloré déjà, dont la nuance s’altère, se détruit plus oumoins en se transformant le plus souvent en un pro-duit jaune ou brunâtre.

I/oxygène jouera donc deux rôles éminemmentdifférents: utile, quand il concourt à la formation duprincipe coloré ; nuisible, lorsqu’il altère la matièrecolorée pour en faire disparaître la nuance. Les phé-nomènes qui se passent sans cesse sous nos yeux té-moignent à chaque instant de ce double rôle. Les fleurset les fruits ne nous montrent-ils pas constammentdes colorations variées et vives à certaines époques quidisparaissent dans l’fige caduc. Une opinion fort an-cienne avait regardé l’oxygène comme agent destruc-teur. Une étude approfondie des phénomènes de colo-ration présentés par les matières végétales a démontréqu’au moins sous rinfluence vnnle, influence au resteencore fort obscure, il faut admettre avecFourcroy ;

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1 0 Que l’oxygène en combinaison avec les substancesvégétales-en change la couleur ;

ܰ Que les modifications apportées aux dites couleursvarient avec les proportions d’oxygène absorbé;

3° Que généralement les nuances les plus foncéesdeviennent claires et que l’extrême de celles-ci se trouveêtre la décoloration la plus complète;

4° Que cette dégradation cependant n’a pas lieu danstoutes les matières végétales, comme l’avait annoncéBcrthollet ;

5° Que plusieurs couleurs végétales rougc«, vio-lettes, pourpre, marron, etc., sont dues à des propor-tions diverses d’oxvgène, mais qu’aucune do celles-làn’est entièrement saturée de ce principe ;

6° Que cette saturation complète donne le plus sou-vent des couleurs jaunes, qui sont les moins altérablesde tontes ;

7° Que non-seulement les matières végétales, colo-rées par l’oxygène changent de couleur suivant lesproportions de ce principe, mais qu’elles changent ausside nature et qu’elles se rapprochent d’autant plus del’état résineux qu’elles sont plus voisines de la couleurjaune ;

8° Enfin que telle est la cause de l’altérabilité desrouges, des bruns et des violets tirés des végétaux;car l’emploi du chlore donne un moyen de los fixer, deles rendre durables, en les imprégnant d’une certainequantité d’oxygène, c’est-à-dire en imitant le procédéde la nature.

Pour étudier d’une manière complète l’action del’oxygène sur les matières colorantes, il nous a paruconvenable de diviser la question et de séparer les casoù l’oxygène agit sur la substance isolée de ceux oùl'action se développe au contact des bases salifiables,ou des bases salifiables et do l’ammoniaque.

Le cas le plus simple est celui dans lequel l’oxygènepur est absorbé par la matière colorante isolée. 11 y agénéralement oxydation.

On sait qu’une toile trempée dans une cuve d’in-digo reste jaune verdâtre tant qu’elle n’est pas au con-tact de l’oxygène, mais que dès qu’elle est soumise àL'action de l’air elle bleuit. L’iudisine, matière colo-rante violette, extraite de l’aniline, dérivée de l’indigo,conserve les affinités de la molécule indigotlque etdonne des réactions en tout point comparables. L’indi-sine à l'état soluble est incolore ou légèrement verdâtre ;elle passe au violet pur par l’exposition à l’air. L’oxy-gène est bien évidemment dans ces deux cas la cause dela coloration. Il n’agit qu’tfn enlevant l’hydrogène querenferment les matières colorées ou non colorées. Lebois de Campêehe mouillé perd sa couleur naturelle quitourne à l’orange pour sc transformer en une substancerouge violacée qu’on nomme campêehe préparé.

La garance qu’on expose à l’air prend une couleurplus foncée que lorsqu’on la conserve à l'abri de l’air ;les sucs de pastel, de betterave, de sumac, se foncenten couleur lorsqu’ils vieillissent, par suite d’une ab-sorption d’oxygène. La couleur est d’autaut plus foncéeque la dissolution est plus ancienne.

Quelques couleurs ne s’altèrent on ne se forment quelorsque l’oxygène intervient en présence de matièresalcalines. L’hématine, principe colorant du bois doCampêehe, la brésiline, principe utile du bois de Brésil ,la carminé, matière colorante de la cochenille, la ma-tière colorante bleue de la violette, les matières jaunesqui colorent les fibres textiles ne présentent pas de co-lorations au contact dos alcalis* en dehors du concoursde l’oxygène; mais ces matières prennent de suiteleurs colorations caractéristiques aussitôt qu’on faitintervenir le concours de l'air. Quant à la garance, ellese transforme en une matière peu soluble qui ne prendplus d’adhérence avec l'oxyde de fer : on comprenddéjà le parti que l'art de la teinture a dit tirer de ces