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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

Matières peu solubles .—Après avoir divisé la matièretinctoriale, on la traite par l’alcool-jusqu’à ce que cevéhicule n’enlève plus aucune partie soluble. Uneportion de la matière colorante se dépose par refroidis-sement; le reste est soumis à une distillation qui per-met de recueillir l’alcool et de séparer un résidu chargéde sucre et de matière grasse qu’on éloigne par des la-vages successifs à l’éther et à l’eau chaude. Le principecoiorantiTapparaîtd’uîlleurs avec ses caractères propresque lorsqu’on l’a fait cristalliser plusieurs fois dans l'al-cool etqu’on l’a sublimé, s’il supporte sans s’altérer l’ac-tion de la chaleur. On peut commencer par épuiser la ma-tière par l’éthcr et l’eau avant de la traiter par l’alcool.Cette méthode permet de substituer l’esprit de bois,l’acétone, l’acide acétique ou l’acide chlorhydrique àl’esprit-de-vin. Si l'on fait usage d’acide, il faut nel’employer qu’à l’état de concentration convenablepour ne pas détruire le principe qu’on cherche à sé-parer.

Matières solubles. — Lorsque le principe qu’on veutisoler est soluble dans l’eau, le procédé le plus simpleconsiste à traiter par l’eau froide ou tiède les matièrestinctoriales convenablement broyées et à plonger dansla liqueur conservée dans des vases bouchés une peauverte gonflée pour absorber le tanin que renfermentgénéralement les infusions aqueuses. La liqueur dé-barrassée de la matière astringente est précipitée parl’acétate de plomb basique ou le protoclilorure d'é-ta‘n qui se combinent avec la matière colorante. Leprécipité lavé defit ensuite être traité par l’hydrogènesulfuré qui forme du sulfure métallique, tandis que lamatière colorante est dissoute avec ou sans modifica-tion par l’excès d’acide ; on la retire par concentration,évaporation dans le vide ou à l’air libre, suivant lespropriétés de la substance.

Lorsque la matière résiste à l’action de l’acide sul-furique concentré , il est assez rationnel de traiter lamatière tinctoriale par un mélange de quatre volumesd’acide sulfurique concentré et un volume d’alcool ; oncomprimé le magma résultant de la réaction pour enextraire un liquide qui se trouble par l’addition del’eau en déposant la matière colorée, peu ou point so-luble dans ce véhicule acidulé On purifie la matièreainsi préparée par des cristallisations et sublimationsrépétées. En traitant de la sorte l’indigo, la garance,le quercitron, la garnie, le kermès, la cochenille, onisole une matière colorante, l’acide sulfindigotique,l’alizarine, la lutéoline, la carminé.

Toutes ces méthodes ont pour but d’isoler la ma-tière colorante pour la soumettre aux études du chi-miste, lorsqu’il désire en connaître les diverses pro-priétés. Mais quand on n’a que peu de matières colo-rantes on procède par voie de teinture, on arrive delàsorte à faire ressortir les différences que présentententre eux les divers principes colorants; on soumetaux principaux réactifs des échantillons d’étoffes delaine ou de soie teints avec les matières qu’on veutdéfinir. Cette méthode est surtout précieuse pourl’étude des matières qui se fixent directement sansintermédiaire ; elle donne des résultats précis danstous les cas, quand on tient compte des réactions ducsà la libre, aux matières quelle contient, aux subs-tances qui ont servi d’intermédiaire pour donner lateinture.

Extraits aqueux. —■ Nous ne croyons pas devoir insis-ter sur ce point que ces méthodes, applicables avec fruit,pour permettre d’isoler dans les laboratoires les subs-tances tinctoriales qu’on veut soumettre à l’étude endéfinissant aussi complètement que possible leurs élé-ments constitutifs, ne pourraient être, aujourd’hui dumoins, du domaine de l’industrie. Un jour viendra oùdes méthodes, môme coûteuses maintenant, prendrontrang dans les fabriques. Mais on se borne généralement.

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pour beaucoup de celles dout le principe est solubledans l’eau à les traiter par ce véhicule. On concentreainsi, dans un liquide peu considérable, le principe utilede ces matières tinctoriales ; les bois de teinture princi-palement sont ainsi débarrassés d’une grande quantitéde substances sans valeur. Depuis longtemps on prépareà Paris et dans les environs des extraits que le com-merce accepte comme un progrès très-sérieux, quoiquela décoction 11 e contienne pas encore les principes àl’état de pureté : la teinture et surtout l’impression ontle droit d’exiger davantage.

Nous pourrons abréger ici ce que nous aurions à direde la préparation des extraits parce que le premier vo-lume de cet ouvrage a donné sous le titre entrait desrenseignements circonstanciés et précis. Nous auronsà présenter seulement quelques observations en ce quiregarde surtout leur application et les avantages qu ’011en peut tirer.

Ainsi qu’on le sait, la préparation des extraits com-prend trois opérations distinctes.

On commence par réduire les bois, les écorces, lesracines, les graines à l’état de poudre assez ténue pourque ces matériaux puissent abandonner facilement à. l’eau les substances solubles dont ils sont chargés ; lesbois sont avec les écorces les matières premières aux-quelles il est indispensable de foire subir cette division ;elle se fait à la main ou par des moyens mécaniques ;la première méthode, trop coûteuse, est abandonnéepresque partout, surtout pour des fabrications quelquepeu considérables.

On procède ensuite à l'épuisement de la matière ré-duite en copeaux ou plus finement broyée, s’il y a lieu.On emploie la décoction dans l’eau bouillante ; on au-rait une grande économie à faire des lavages métho-diques à chaud en faisant en sorte que le bois neuf soittraité d’abord par une solution presque saturée, tandisque, au contraire, le bois épuisé se trouverait en contactavec de l’eau pure, pour enlever les dernières traces dematières colorantes. Cette installation, presque impos-sible pour les teinturiers qui préparent eux-nièmes leurdécoction, devient, au contraire, très praticable dans lesétablissements qui fabriquent des extraits; ainsi com-prise, cette disposition systématique présenterait desérieux avantages.

Dans une fabrique des environs de Paris , cinq géné-rateurs, d’une force de 150 chevaux, alimentent unemachine, d’une force de 10 chevaux, qui met en mou-vement deux varlopes circulaires ; les copeaux sontplacés dans des tonneaux rangés en batteries sur deschantiers exhaussés. Les quatre batteries contiennent300 tonneaux ; chaque tonneau reçoit à volonté des jetsde la vapeur qui traverse les copeaux, échauffe la masseet se condense en partie sur le bois, en partie aussi surune capsule plate en cuivre qui fait fonction de cou-vercle. Un robinet placé dans la partie inférieure per-met d’écouler le liquide chargé de matière colorante : oule verse après un repos suffisamment prolongé dans lacapsule, où la concentration s’effectue sous l’influencede la chaleur et de l’évaporation à l’air libre.

La concentration termine la fabrication des extraits ;elle s’effectue dans des chaudières chauffées à la va-peur. Les extraits concentrés à 30° Baume sont trans-vasés dans des pipes placées debout sur des chantiers,dans une pièce isolée servant de rafraichissoir où ilsse déposent ; on soutire les liquides froids pour lesverser dans des barils bien joints et solidement cer-clés; ils sont généralement expédiés dans cet état.Parfois on concentre davantage ; on obtient ainsi desextraits durs qui se prennent en masse; mais, aumoins pour quelques matières, l’augmentation de ladépense conduit à des produits inférieurs, et, dans cecas, il n’y a profit ni pour le fabricant ni pour le cou-' sommatcur.