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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

l’un ou l’autre doit subir en raison des altérations quele temps ou les circonstances dans lesquelles les ma-tières tinctoriales ont été placées ont fait éprouver àcelles-ci. La science offre au consommateur diversesméthodes précieuses pour reconnaître le degré de pu-reté des matériaux qu’il met en œuvre et la richessecomparative des éléments dont il a fait acquisition :d’après les unes, on évalue par un procédé physique ouchimique la valeur réelle de la matière colorante con-tenue dans une substance donnée; d’après les autres,au contraire, on se livre à des essais pratiques exécutéssur une petite échelle, qui décèlent la quantité de lamatière vendue, son éclat, sa richesse et sa solidité.

Principe du colorimètre. — 11 est évident que deuxsubstances tinctoriales de meme espèce, mais inégale-ment chargées de principe colorant, donnent, employéesà poids égal avec des volumes égaux de dissolvants , descolorations d’intensités proportionnelles à la quantitéde matière colorante qu’elles renferment. Pour appré-cier la différence qui.existe dans l’intensité de deux li-queurs colorées, M. IL Labillardièrc introduit les li-queurs dans des tubes gradués sur la meme échelle, illes place dans une boîte disposée convenablement, ilétend d’eau la plus forte jusqu’à ce qn’ello soit ramenéeau ton de la plus faible; il détermine ainsi le rapportqui lie les deux matières colorantes en essai.

Voici textuellement, d’après M. Labillardière , ladescription de l’appareil et la manière de s’en servir.

« Le colorimètre se compose de deux tubes de verrebien cylindriques, de 14 à 15 millimètres de diamètre,et de 33 centimètres de longueur environ, bouchés àleur extrémité, égaux en diamètres et en épaisseur deverre, divisés dans les cinq sixièmes de leur longueur,h partir de leur extrémité bouchée, en deux partieségales en capacité, et la seconde portant une échelleascendante divisée en 100 parties; ces deux tubes seplacent dans une petite boîte de bois par deux ouver-tures pratiquées l’une à coté de l’autre à la partie su-périeure, et près d’une des extrémités à laquelle setrouvent deux onvertures carrées du diamètre destubes, pratiquées en regard de leur partie inférieure,tandis qu’à l’autre extrémité se trouve un trou circu-laire par lequel on peut voir la partie inférieure destubes en plaçant la boîte entre son œil et la lumière, etjuger très-facilement par cette disposition la différenceou l’identité de nuance de deux liquides colorés intro-duits dans les tubes.

« Après avoir traité ou dissous comparativement dansl’eau ou toute autre liqueur convenable, on n’introduitde ces dissolutions dans les tubes du colorimètre quejusqu’au 0 de l’échelle supérieure; on les place ensuitedans la boîte par les deux ouvertures pratiquées à ceteffet, et après avoir comparé leur nuance, si l’ontrouve une différence, on ajoute de l’eau à la plus fon-cée, et si l’on agite ensuite le tube après avoir bouchél’ouverture avec le doigt, si après cette addition d’eauon remarque encore une différence, on continue d’enajouter jusqu’à ce que les tubes paraissent de la mêmenuance. On lit ensuite sur le tube dans lequel onajoute l’eau le nombre des parties de liqueur qu’il con-tient. Ce nombre, comparé an volume de la liqueurcontenue dans l'autre tube (100), indique le rapportentre le pouvoir colorant, ou la quantité relative desdeux matières tinctoriales, et si, par exemple, il fautajouter à la liqueur la plus intense 25 parties d’eaupour l’amener à la même nuance que l’autre, le rap-port en volume des liqueurs contenues sera dans ce cascomme 125 :100. et la qualité des matières colorantesrelative sera représentée par le même rapport puisquela quotité de ccs matières est proportionnelle à leurpouvoir colorant. »

Cette méthode exige certaines précautions, suivant

la natnre de la coloration du liquide rouge, jaune oubleu ; le grand reproche qu’on peut lui faire, c’est d’exi-ger que les matières mises en expérience soient dansun même état et d’une grande pureté. Quelquesexemples vont en fournir la preuve; évidemment ceprocédé ne peut accuser les différences réelles présen-tées par des mélanges de principes colorés différents;on sait que certaines colorations d’intensité considé-rable se détruisent par un simple phénomène physiquelorsqu’on les mélange. On serait exposé sans contredità ne pas croire chargée de cobalt une liqueur qui pour-rait en contenir beaucoup si l’oxyde de nickel s’y trou-vait simultanément mêlé dans des proportions déter-minées. On sait que c’est sur ce même principe querepose la décoloration des verres à vitres par l’oxydede manganèse; le verre naturellement coloré parl’oxyde de fer en vert clair perd cette nuance si l’onintroduit une coloration rose par une addition d’oxydede manganèse.

Procédés chimiques. — Les procédés chimiques quipeuvent remplacer avantageusement la méthode ducolorimètre offrent une plus grande exactitude que cedernier moyen d’essai. Les uns sont directs, les autresindirects.

Les moyens directs reposent sur l’emploi de mé-thodes qui ressemblent à celles qu’on suivrait pour pré-parer à l’état de pureté les matières utiles. Suivant lescaractères de la matière, on la fait dissoudre dans unvéhicule convenable (eau, alcool, éther, acide acétique,suivant les cas) ; on filtre, puis on évapore pour peserle résidu qu’on regarde comme proportionnel à la va-leur réelle de la substance tinctoriale brute ou purifiée ;ou bien on fait une décoction de la matière en essai ;on traite la dissolution limpide par un sel de plombon d’étain qu’on lave et qu’on pèse pour le brûler, afinde tenir compte, par le poids des oxydes de plomb oud’étain qui restent, de la quantité de la matière orga-nique disparue. Cette dernière est regardée commeproportionnelle à la richesse de la matière en expé-rience.

Ces méthodes, disons-le, ne sont pas rigoureuses ; lapremière détermination est inexacte, car il peut y avoiraltération du produit coloré ; d’ailleurs on dissout avecla matière colorante le sucre, la gomme, les matièresgrasses qui lui sont associées; la seconde, erronée demême, ne peut donner que des indications approxima-tives; car le tanin, les phosphates, silicates, etc.,et d’autres matières étrangères, sont précipités commeles substances qu’on veut doser par les sels d’étain etde plomb. Nous ferons le même reproche à la méthodequi consiste à traiter par un véhicule convenable jus-qu’à complet épuisement un poids égal de chacune desmatières à titrer, et à comparer les poids des résidusdesséchés au même point, à 100° par exemple, dansune étuve de Gay-Lussac. On commet ici l’erreur deregarder comme matière colorante toutes les partiessolubles qui sont associées à cette dernière.

Les moyens indirects reposent sur deux principesdifférents :

a. On fait une dissolution de la matière contenuedans un poids convenu de substance ; on la décolorepar une liqueur titrée de chlore ou de chlorure dechaux. Connaissant le volume de chlore nécessaire pourdécolorer complètement une dissolution connue de lamatière colorante pure, on apprécie la richesse de l'é-chantillon soumis à l’essai.

b. On incinère un poids déterminé de la substancedont on veut apprécier la valeur ; on compare le poidsdu résidu au poids que donne la matière normale. Ousuppose que les végétaux venus dans un même ter-rain, ou que les insectes provenant d’une source iden-tique doivent laisser unr même quantité de cendres.